CHAPITRE PREMIER
Objet de cet ouvrage. — Prêtre illuminé du siècle dernier. — Premiers efforts dés Sociétés bibliques. — Propagation des Ecritures. — Leur traduction en dialecte ternaculars. — Opposition du patriarche. — Arméniens allant en pèlerinage à Jérusalem. — Conversion de trois ecclésiastiques. — Lettre du roi à Constantinople. — Peshtimaljian et son école. — Préparation de l'Esprit. — Probabilité de piété dans l'Église. — Le peuple est prêt pour la réforme. — Évidence de l'œuvre de l'Esprit de Dieu.
Notre but est de retracer les principaux événements de la réforme qui se continue dans l'Église arménienne, et qui, espérons-le, ne cessera que lorsque cette Eglise sera complètement purgée de ses nombreuses erreurs et sera rendue conforme à l'Église de Jésus-Christ.
Cette réforme, comme on le verra, a été commencée et conduite au point où elle en est surtout par le moyen des missionnaires de la Société américaine. Le fidèle exposé de leur œuvre met sous nos yeux le sombre tableau de la dépravation humaine. On ne pouvait, en effet, s'attendre à ce que Satan abandonnât sans lutte un terrain dont il était en possession depuis tant de siècles.
En montrant l'œuvre de Dieu, nous devrons aussi signaler l'opposition de l'homme ; en même temps
que ce travail du Saint-Esprit dans les âmes pour leur révéler leur état de péché, nous aurons à dérouler les efforts désespérés du grand adversaire et de ses suppôts pour entraver cette réformation.
Il y a quatre-vingt-dix ans environ, vers 1760, sortit d'un quartier de Constantinople un prêtre arménien nommé Debajy : c'est à lui que revient l'honneur d'avoir, dans les temps modernes, fait le premier effort pour opérer une réformation dans l'Église arménienne. Il écrivit un livre où il exposa librement les erreurs les plus grpssières de son Église. Il connaissait passablement l'histoire de Luther et de la Réformation, et c'est en termes clairs qu'il approuve le réformateur : ceci, en tenant compte de l'ignorance et des préjugés répandus en Orient sur ce sujet, témoigne d'un haut degré d'intelligence et d'une grande indépendance d'esprit. C'était un homme doué d'entrain, de gaîté, d'un heureux naturel, et il censurait, avec la même habileté, et le peuple et le clergé, les tournant au besoin, l'un et l'autre, en ridicule pour leurs grossières contradictions dans leur foi et dans leurs pratiques religieuses. Il en appelait toujours à la Bible, soumettait à cette pierre de touche chaque principe, chaque cérémonie ; cette conduite montrait à la fois son respect pour l'autorité de la Bible et sa connaissance de ses enseignements. Son attention était tournée surtout vers la conduite des prêtres et des évêques et les superstitions du peuple ; cependant il ne
fait nulle part allusion à la doctrine de la justification par la foi, ni à la nécessité d'une influence divine pour opérer une véritable conversion. A en juger par son livre, on peut dire qu'il n'avait pas éprouvé lui-même l'action du Saint-Esprit, et cela nous explique pourquoi il recueillit si peu de fruit de ses travaux. L'ouvrage ne fut jamais imprimé, et durant de longues années resta dans l'oubli. Cependant, de son temps, quelques individus en conservaient secrètement des copies qui, au commencement de la réforme actuelle, furent providentiellement remises au jour, et aidèrent à fixer l'attention du peuple sur les principales erreurs de cette Église. Peut-être les efforts de ce prêtre firent plus pour préparer la réforme arménienne que les faits connus ne peuvent le constater.
Dès 1813, les Sociétés bibliques anglaise et russe s'intéressèrent si bien à l'état spirituel du peuple arménien, qu'elles furent les plus actives à répandre les saintes Écritures dans cette nation. On y trouva une traduction complète de la Bible, faite au IV e siècle par des Arméniens dans leur langue; mais les "exemplaires en étaient très-rares, et par conséquent très-chers. A cette époque, la Société biblique russe la fit imprimer à Saint-Pétersbourg; et vers le même temps, la Société biblique de Calcutta, auxiliaire de la Société biblique anglaise et étrangère, la mit aussi sous presse. En 1815, l'édition russe était complètement tirée à cinq mille exemplaires, tandis
que celle de Calcutta, de deux mille exemplaires, ne fut achevée que deux ans plus tard. La Société biblique russe publia peu après une édition de deux mille exemplaires de l'Ancien Testament seulement. Le comité de la Société biblique anglaise dit, dans son Rapport de 1814, que l'impression du Testament en arménien avait opéré un grand réveil chez ce peuple, surtout en Russie, et que les Arméniens avaient vivement manifesté le désir de posséder ce trésor inestimable. Il y a de bonnes raisons de croire que la distribution des saintes Écritures, au milieu de cette nation si dispersée, donnera sous la bénédiction de Dieu les meilleurs résultats. Il faut se rappeler que l'empereur Alexandre prit un intérêt sérieux aux efforts de la Société biblique, et fut dans un temps un puissant instrument pour faire répandre les saintes Écritures dans tout son empire. Une cause favorisée par l'empereur devait devenir une cause populaire; et en effet, nous trouvons des archevêques, des évêques, des gouverneurs, des généraux au nombre des patrons et des soutiens de la Société biblique ; entre autres Eprem (Ephraïm) le katoghigos, chef temporel de l'Église arménienne, résidant à Echmiadzin, dans le territoire russe, fut un des vice-présidents de cette Société. On possède encore une lettre de lui au président de la Société biblique russe, où il recommande fortement l'œuvre, et particulièrement les efforts à faire pour mettre la Parole de Dieu entre les mains
du peuple. Hersés de Tiflis, archevêque arménien, fonction qui a remplacé l'office du katoghigos,a fait un don de six cents roubles pour cet objet, et engagé les ecclésiastiques à suivre son exemple.
Pendant Tannée 1818, la Société biblique anglaise et étrangère acheta à Venice, collège catholique arménien de l'île Sainfr-Lazare, mille cinq cents exemplaires du Nouveau Testament en ancien arménien, pour les distribuer à prix réduit et même gratuitement parmi le peuple arménien. Plus tard, on en tira du même endroit un plus grand nombre encore pour les mettre en circulation, surtout chez les Arméniens-Turcs. On fut tellement encouragé dans ces travaux, que la même Société, en 1823, fit imprimer à Gonstantinople une édition de cinq mille exemplaires du Nouveau Testament en arménien, puis trois raille exemplaires des quatre Évangiles seulement. Ces volumes furent rapidement répandus par les soins des docteurs Patterson et Handerson chez les Arméniens des provinces transcaucasiennes de Russie, puis en Russie, par le zèle du révérend James Connor, de l'Église de la Société missionnaire, et des révérends Henri Leeves et Benjamin Barker, esq., agents de la Société biblique anglaise et étrangère. Dès Tannée 1822, les Rapports de la Société font souvent mention des services rendus par les missionnaires américains pour répandre la Parole de Dieu parmi les Arméniens et les autres nations de l'Asie occidentale.
Un nouveau champ d'activité s'ouvrit devant ces Sociétés. En effet, l'ancien arménien n'était pas compris du peuple ; les instituteurs des écoles, une partie des prêtres et des diacres, et tout le haut clergé, avaient seuls fait une étude spéciale de cette langue, et se trouvèrent heureusement préparés à profiter de cette traduction de la Parole de Dieu. Ainsi, comme on le verra en avançant dans cette histoire, la réformation commença par ceux qui étaient chargés d'enseigner; mais, pour atteindre le peuple, la Société biblique russe fit, en 1822, une édition du Nouveau Testament en arménien-turc; et l'année suivante, la Société biblique anglaise en fit une en arménien vulgaire. Une partie des Arméniens habitant la Turquie ont complètement abandonné l'usage de leur langue maternelle, et parlent maintenant le turc; et c'est spécialement en vue d'eux que l'on publia les saintes Écritures en langue turque, avec des caractères arméniens. Ces deux traductions, bien que défectueuses, furent abondamment répandues, et il n'y a pas de doute que le divin Chef de l'Église n'en ait fait un instrument béni dans les premiers temps pour préparer les esprits à recevoir l'Évangile. La traduction turque, après avoir fait beaucoup de bien parmi les Arméniens de Turquie, vient d'être remplacée par une autre version bien meilleure, publiée sous les auspices de la Société biblique anglaise et étrangère, et distribuée par les soins des missionnaires américains.
Jusqu'à ce moment, les ecclésiastiques arméniens n'avaient fait aucune opposition conuue à la circulation de la Bible parmi le peuple ; quelques-uns, même des plus haut placés, l'ont favorisée. Mais lorsque messieurs Leeves et Barker, agents de la Société biblique anglaise, demandèrent, en 1823, au patriarche arménien de Constantinople la permission de faire imprimer le Nouveau Testament en arménien moderne, langue que presque tout le peuple comprend, celui-ci refusa positivement son autorisation, et menaça, si on entreprenait ce travail, de défendre l'usage de ces Nouveaux Testaments, et même de punir ceux chez qui l'on pourrait en trouver. A cette époque, presque tout le clergé arménien consulté s'opposait au projet d'une pareille traduction. Ici percent l'esprit et la politique du clergé arménien, sur ce point comme sur tant d'autres semblable à celui de Rome.
Le premier champ de mission de la Société américaine pour l'ouest de l'Asie fut la Palestine, en 1819. Jusqu'alors les Arméniens n'avaient attiré l'attention d'aucune société missionnaire, et quoique le comité américain songeât à l'extension de son champ missionnaire sur les contrées qui bordent la mer Noire, il ne fut aucunement question de la nation arménienne. Il est vrai que dans la Palestine entière il y avait à peine une poignée de ces nationaux, et cependant nous devons rapporter deux
événements qui sont liés à cette mission, qui plus
tard eut la plus grande influence sur l'œuvre faite au milieu d'eux en Turquie. Déjà, en 1821, M. Parsons, dans sa première visite à Jérusalem, trouva des pèlerins arméniens avec lesquels il eut une conversation intéressante sur des sujets religieux. Profondément touché des bonnes dispositions de ces gens, il s'aventura à leur suggérer l'idée de recevoir des missionnaires américains en Arménie. Nous les recevrons avec plaisir, dirent-ils, nous et tout le peuple. M. Fisk, qui avait accompagné M. Parsons jusqu'à Smyrne, écrivit peu après à Boston pour recommander d'envoyer des missionnaires en Arménie. Par une coïncidence singulière, avant que rien eût été communiqué de cette affaire, quelques frères actifs de la Société de Boston demandaient la même mesure à un autre comité. Depuis ce moment, tant en Orient qu'en Amérique, on n'a jamais perdu de vue l'idée d'avoir une mission en Arménie.
Le second événement fut la conversion à Beyrouth de trois ecclésiastiques arméniens : premier fruit des travaux de nos frères dans ces contrées. Deux de ces ecclésiastiques étaient des évêques, et l'autre un vartabed, ou prédicateur, de mérite. L'on peut penser que tous trois, par les lettres qu'ils écrivirent tant à Constantinople que dans les autres parties de la Turquie, ont beaucoup contribué à préparer l'esprit de leurs compatriotes pour cette intéressante œuvre, qui depuis lors a fait de grands
progrès. Ces trois ecclésiastiques s'appelaient Dyonisius, Hagop et Krikor. Depuis longtemps les deux derniers sont morts ; Dyonisius, prophétiquement surnommé par les missionnaires Carabet, c'est-àdire précurseur, a survécu pour être témoin des merveilles que Dieu a opérées parmi ses compatriotes depuis sa propre conversion.
Nous touchons maintenant au point où un seul anneau lie ces événements anciens avec la mission moderne et proprement dite en Arménie. M. King, en quittant la Syrie, en 1825, adressa aux catholiques romains une lettre d'adieu, où il exposait pourquoi il ne pouvait pas devenir catholique. L'é- • vêque Dyonisius traduisit cette lettre en arménien, et on en envoya une copie à des Arméniens de distinction à Constantinople. Cette lettre produisit un effet extraordinaire sur l'esprit de tous ceux qui la lurent; il s'ensuivit une réunion dans l'Église patriarcale arménienne où cette lettre fut lue, en comparant les citations aux Écritures. Tous reconnurent que l'Église avait besoin d'une réforme. De là naquit la fameuse école de Peshtimaljian, établie dans le ressort du patriarcat de Constantinople, et destinée surtout à former le clergé. 11 fut décidé que dorénavant quiconque n'y aurait pas fait un cours régulier d'études ne pourrait êtfe consacré prêtre dans la capitale.
Peshtimaljian était sous plusieurs rapports un homme extraordinaire. La nature l'avait doué d'un
esprit actif et pénétrant, d'une mémoire étonnante ; il était toujours en quête de nouvelles connaissances; ce qu'il apprenait n'était jamais perdu. C'était un critique versé dans l'ancienne langue arménienne ; il connaissait à fond la littérature de sa nation. Quoique laïque, il se familiarisa avec la théologie de l'Orient et des Églises romaines ; il se tint au courant des actes de leurs conciles et apprit l'histoire générale de l'Église depuis les temps les plus reculés. Il avait aussi étudié la Bible, et pouvait avec beaucoup de facilité et d'exactitude citer toutes les parties de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dégoûté des superstitions de son Église, et surtout du caractère vil de la majeure partie du clergé, ayant eu connaissance des écrits de quelques incrédules français, il paraît avoir vécu pendant quelque temps sous l'influence de l'idée que toute religion repose sur un mensonge. Toutefois, il revint bientôt à la persuasion que la Bible est la vraie Parole de Dieu et le seul guide de la foi. L'on croit que pendant de longues années la religion fut pour lui plutôt une affaire de recherches et de spéculations intellectuelles, sans qu'il en éprouvât la divine influence. Il ne parlait qu'avec ménagement des erreurs de l'Église arménienne, surtout en présence de ses dévots. Mafc il conduisait silencieusement et sans ostentation ses élèves dans une nouvelle route d'études et d'investigations, et même avant de s'en douter, ceux-ci en étaient venus à penser que PÉ-
glise peut, non-seulement se tromper, mais qu'elle est déjà dans Terreur. Tel était l'état des choses lorsque commença l'œuvre des missions parmi les Arméniens de Constantinople. Plus tard, lorsque l'Évangile pénétra dans quelques esprits, et lorsqu'il vit ses meilleurs élèves invoquer les doctrines évangéliques, il s'alarma et les avertit de n'aller ni si vite ni si loin. D'abord il tourna en ridicule l'idée d'une réforme importante en Arménie par la simple prédication de l'Évangile.
En vérité, à cette époque on aurait pu dire de lui ce que Luther avait dit d'Erasme : Il avait plus à cœur l'œuvre des hommes que l'œuvre de Dieu.
Mais s'il commença comme Erasme, il finit autrement. Il reconnut plus tard que ses élèves ne faisaient que développer ses propres principes, et depuis lors il encouragea toujours, bien qu'en secret, ses disciples à poursuivre leur œuvre de régénération. Il fut l'ami des missionnaires et eut toujours avec eux des rapports amicaux, mais réservés, de peur d'exciter des soupçons. Jamais il n'eut le courage de se dire franchement évangélique. Toutefois, jusqu'à sa mort, il n'y eut pas de rupture ouverte entre nos frères et les Arméniens ; on ne saurait mesurer l'heureuse influence exercée par Peshtimaljiaii pour préparer les esprits à recevoir l'Évangile. En effet, tous ceux qui furent convertis par les premiers travaux des missionnaires américains à Constantinople, et bon nombre de ceux qui
le furent plus tard, étaient sortis de son école.
Ces causes, non moins que celles que nous pouvons ignorer, préparèrent le terrain arménien à re-
lu
Jà
Américains. Cela est vrai, surtout de la capitale. Il y a plus de vingt-cinq ans que l'évêque Dyonisius et le vartabed Krikor, qui tous deux avaient beaucoup voyagé en Asie Mineure et en Arménie, et avaient résidé à Constantinople, affirmèrent aux missionnaires de Beyrouth que l'esprit du peuple arménien était tourné d'une manière remarquable vers le pur Évangile, et que si on envoyait des prédicateurs au milieu d'eux, il n'y avait aucun doute que des milliers d'individus ne fussent prêts à recevoir la vérité telle qu'elle est en Jésus-Christ. L'expérience a pleinement justifié cette assertion. L'Évangile a été prêché en Turquie aux grecs et aux juifs aussi bien qu'aux Arméniens ; mais il s'en faut beaucoup que les premiers se soient montrés disposés à le recevoir aussi bien que les seconds. Pour la plupart des juifs, l'Évangile n'a paru qu'un « scandale », et pour les grecs, « une folie », tandis que pour les Arméniens, il s'est montré le Pouvoir et la Sagesse de Dieu.
On pourrait demander si tel étant l'état de choses, on ne peut pas supposer qu'il y eût parmi les Arméniens bon nombre d'hommes pieux avant l'arrivée des missionnaires. Sans doute les Arméniens, comme nous l'avons vu, possédaient la Bible; la minorité d'entre eux la lisaient pour leur propre
compte, et bien qu'ils fussent en même temps élevés au milieu de préjugés contraires à la Parole de Dieu, personne n'oserait affirmer que le Saint-Esprit n'ait jamais conduit quelques âmes à s'appliquer les vérités du salut. Nous pouvons même citer un cas semblable, celui d'un vieillard encore attaché à bien des superstitions de son Église, et toutefois ayant le cœur constamment tourné vers Dieu. H paraissait très-consciencieux, et ses affections tournées vers les « choses d'en haut et non vers celles de la terre.» Il parlait des choses célestes avec la facilité d'un homme depuis longtemps habitué à leur contemplation, et il semblait dédaigner tous les biens de la terre. Il mourut à quatre-vingt-cinq ans, heureux de croire que la mort était un gain éternel . D'autres cas semblables, ignorés de nous, peuvent être connus de Dieu; toutefois, nous croyons qu'ils ne sont là que de rares monuments de la foi, où le bois, le
chaume et la paille s'élevaient sur le fondement d'or et d'argent, et l'on peut dire que de tels individus ont été sauvés comme à travers le feu. Nous ne connaissons pas un seul cas de véritable conversion, fruit des enseignements de l'Église arménienne seule, abandonnée à elle-même.
En général, le terrain que nous avons trouvé le mieux préparé, était la simple conviction que quelques-unes de leurs doctrines étaient fausses et leurs observances vaines, ou une disposition candide à écouter les explications propres à renverser leurs
erreurs, et enfin une promptitude admirable à recevoir l'enseignement de la Parole de Dieu, et à agir en conséquence immédiatement, en se débarrassant tout à coup de la brillante friperie des superstitions humaines, tissées et respectées pendant des siècles.
Le peuple, abandonné à lui-même, était presque partout prêt à recevoir la Parole avec plaisir; c'était même le cas de quelques prêtres de paroisse quand ils n'avaient rien à craindre de leurs supérieurs. En exposant les causes qui ont ainsi préparé les esprits, nous n'avons d'autre but que de faire ressortir l'action de la Providence disposant les événements en vue de cette race arménienne à cette époque particulière, et de faire remarquer aussi l'action toute puissante de l'Esprit-Saint se combinant avec ceLle de la Providence pour produire les effets désirés sur les esprits et les cœurs de ce peuple. On peut dire à l'égard des Arméniens que « l'accomplissement des temps » est venu lorsqu'on voit les prédicateurs de l'Évangile accourir de l'Occident au milieu d'eux pour les appeler à la Parole, au service et à la gloire de Christ ; et plus nous avancerons dans cette histoire, plus il nous sera évident que Dieu a agi dans ce peuple, et par sa Providence sur les événements extérieurs, et par son Esprit dans le secret des âmes, encourageant ainsi cette brillante espérance qu'un jour ce peuple deviendra à son tour le semeur des bienfaits temporels et spirituels du christianisme sur les nations environnantes.