CHAPITRE II
Tour d'exploration. — Départ de M. Goodell pour Constantinople. — Entrevue avec le patriarche. — Arrivée de M. Dwight. — Obstacles. — École de prédication. — Rapports avec le clergé. — Peste et guerre. — Première conversion. — Opposition. — Bien tiré du mal. — Ordination de prêtre. — Der Kevork. — Transport de la presse à Smyrne. — Présence du Saint-Esprit. — Haute école. — Arrivée de MM. Schneider et Johnston. — Station à Brousse et à Trébizonde. — Succès à Constantinople. — Rapports amicaux avec le clergé. — Caractère du patriarche et de son vicaire. Opposition à la haute école. — L'évêque Mattéos. — Distribution de livres. — Prêtres à la recherche de la vérité. — Leurs sermons évangéliques. — Manifestation hostile. — Influence romaine. — Caractère de l'œuvTe. — Éducation des femmes.
En 1829, le comité américain des missions étrangères résolut de commencer une œuvre parmi les Arméniens de Turquie. D'abord, il était important de se faire une idée exacte du pays, surtout de l'Arménie. Il fut décidé que le révérend Élie Smith serait envoyé, avec l'auteur de ces pages, pour examiner le champ de travail. Cette tournée, commencée au printemps de 1830, occupa les voyageurs un peu plus d'une année, et procura de nouveaux et utiles renseignements sur les Arméniens et les nestoriens.
A l'entrée de 1831, le révérend U. Goodell, jadis à Beyrouth, alors à Malte, fut chargé de se rendre à
Constantinople, avec sa famille, pour y établir une nouvelle station, en vue des Arméniens. 11 y arriva le 9 juin de la même année. M. Goodell s'était occupé déjà de plusieurs travaux littéraires. Pendant son séjour en Syrie, il s'était familiarisé avec la langue turque, pour évangéliser les pèlerins arméniens allant à Jérusalem; il avait surveillé la traduction du Nouveau Testament en turco-arménien, qu'il fit imprimer à Malte ; il avait aussi commencé la traduction de l'Ancien Testament, dans la même langue. Enfin il avait, pendant son séjour à Malte, traduit et fait imprimer plusieurs brochures religieuses, dans le même dialecte. Peu de temps après son arrivée dans la capitale, il alla rendre visite au patriarche pour solliciter son concours dans l'établissement d'écoles populaires, sur un nouyeau système. Le patriarche le reçut avec une politesse tout orientale, comme il l'avait fait pour M. Smith et pour moi-même ; il promit de nous fournir quelques maîtres d'école, ou prêtres, pour étudier la nouvelle méthode et ouvrir des écoles. Il est à craindre que cette promesse ne fût pas plus sincère que la déclaration qu'il fit en même temps de son amitié pour M. Goodell, amitié si vive, dit-il, que si M. Goodell ne fût pas venu le voir, il se serait certainement rendu lui-même en Amérique pour faire sa connaissance 1
Des circonstances providentielles suspendirent les travaux de M. Goodell auprès des Arméniens :
les Grecs, pendant un an, réclamèrent tous ses soins. Cependant deux Arméniens, devenus catholiques, recherchèrent sa société, et prirent intérêt à l'étude des Écritures saintes.
Le 5 juin 1852, je me fixais moi-même à Constantinople avec ma famille, pour travailler au milieu des Arméniens. Ici les missionnaires rencontrèrent les obstacles ordinaires d'un nouveau champ. Il fallut étudier des langues difficiles, des mœurs nouvelles, et les meilleurs moyens de pénétrer dans les familles et de gagner leur confiance. Des superstitions avaient pris la place de l'Évangile et semblaient obtenir du peuple un respect proportionné à leur antiquité. Mais comment deux étrangers, venus d'un pays lointain, et presque inconnus euxmêmes dans le pays, naturellement suspects, pourront-ils persuader au peuple que sa foi religieuse est fausse, et qu'eux, poussés par un pur motif de charité, ils viennent leur en enseigner Une meilleure, la seule vraie, la seule qui conduise au salut?
Les circonstances semblaient donc nous forcer à diriger notre premier effort vers l'éducation publique. Nous avions une presse à notre disposition à Malte, où le Nouveau Testament et plusieurs opuscules religieux avaient déjà été imprimés dans une langue connue des Arméniens. Mais à quoi servent les livres chez un peuple qui ne sait pas lire? Il nous parut, pour le moment, que le meilleur moyen d'arriver aux familles, c'était les écoles. En même
temps, nous nous sentîmes appelés à faire connaître la voie du salut à tous, selon que l'occasion nous en serait offerte, et suivant la mesure où nous pourrions nous faire comprendre d'eux dans leur propre langue. Et, sur ce point, nous crûmes devoir, sans attaquer la superstition de leur Église, prêcher « Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. » Dès le commencement nous avons agi sur ce principe, que le meilleur moyen de renverser Terreur, c'est d'élever la vérité. Quant aux prêtres, nous nous efforçâmes de soutenir avec eux des relations amicales, et de nous assurer leur coopération dans nos travaux scolaires. Pour cela nous fîmes plusieurs tentatives pour y intéresser le patriarche, aussi bien que plusieurs autres grands dignitaires de l'Église. Le patriarche se déclara toujours prêt à agir dans ce but, mais de fait ne bougea pas, et les autres attendaient toujours pourvoir ce qu'il allait faire; aussi rien ne se fit par eux.
Mais ici survinrent d'autres obstacles imprévus. D'abord arriva la peste, semant l'épouvante et la mort dans le pays. Cette peste fut suivie du choléra, auquel succéda la guerre civile, qui ébranla la capitale et mit le trône en danger. Il va sans dire que toute action sur le peuple fut impossible, pendant la durée de ces malheurs. Nous nous occupâmes, le reste de l'année, de l'étude des langues et de la préparation d'ouvrages élémentaires pour nos écoles.
L'année 1833 s'ouvrit avec des espérances plus brillantes pour la mission. Le nombre de visiteurs arméniens s'était accru insensiblement, quoique pour la plus grande partie ils ne vinssent que par curiosité. Au mois de janvier, il se présenta un jeune instituteur d'une apparence modeste et intelligente. Il s'informa de nos vues religieuses. II y avait en lui un air de sincérité qui nous disposa singulièrement en sa faveur. Dans le courant de la semaine, il renouvela sa visite, et enfin nous ouvrit son cœur. II cherchait le salut de son âme ; il était aussi trèsdésireux de travailler à la régénération de la communauté arménienne. Dès sa jeunesse, il avait eu soif d'instruction. Dans l'année 1829, il devint élève de la fameuse école de Peshtimaljian. II avait commencé par la lecture d'un Nouveau Testament, acheté par son père à bas prix, et jusqu'à un certain point il avait comparé ses enseignements avec les préceptes et les pratiques des soi-disant chrétiens dont il était entouré. Il se mit à consulter son précepteur bien-aimé sur tous les passages obscurs ou difficiles, et fut heureux de trouver Peshtimaljian disposé à l'aider dans ses recherches. L'année suivante, il dévoila sa pensée intime à un professeur de ses amis, qui, après quelque opposition, finit par embrasser ses propres vues. Souvent ils causaient ensemble de ces choses, et priaient pour leur propre salut et pour celui de leurs compatriotes. A cette époque, ils ne se doutaient pas qu'il existât sur la
terre une seule nation qui connût le pur Évangile. Ils attendaient toujours, priant avec ferveur, dans l'espoir que le Seigneur trouverait quelque moyen de dissiper leurs doutes, et de leur faciliter l'accomplissement de leurs desseins. Pendant deux années et demie, ils demeurèrent ainsi dans l'attente, ignorant encore bien des vérités évangéliques, ne pouvant pas même reconnaître leur état de perdition et la grande doctrine du salut par la grâce seule; cependant, mécontents des enseignements de leur Église, et cherchant une base solide d'espérance et de paix. L'activité remuante de l'ennemi hâta la solution de' leurs difficultés. On fit courir dans la ville le bruit que deux missionnaires d'Amérique s'étaient établis dans un village sur le Bosphore et se disposaient à ouvrir des écoles parmi les Arméniens, ostensiblement dans un but religieux, mais en réalité pour propager l'incrédulité. Le résultat en fut une visite faite aux missionnaires par les deux hommes à la recherche de la vérité. Le jeune homme se nommait Hohannes Der Sahagyan. Notre première entrevue avec lui peut être regardée comme faisant époque dans l'histoire de la mission. Il devint bientôt l'instrument le plus puissant pour répandre la vérité; il a persévéré jusqu'à ce jour. Depuis lors nous avons toujours senti la présence de l'Esprit- Saint au milieu du peuple arménien. Le 18 juillet 1833, M. Der Sahagyan et son ami se mirent sous notre direction. « Notre état spirituel, » nous dirent-
ils, « est des plus misérables, et nous demandons votre secours. Accordez-nous vos conseils; nous sommes dans une fournaise ardente, et nous venons vous supplier de nous tendre la main. Voici deux routes : l'une, celle de la paix et du bonheur, qui conduit au ciel ; l'autre, celle des ténèbres, du péché et de la mort, où nous avons toujours marché. Montrez-nous la voie étroite qui conduit à la vie.» Nous rendîmes grâce au Seigneur de leur avoir inspiré de tels désirs, et de nous fournir ainsi l'occasion de conduire à lui de pauvres pécheurs. Nous ne pouvions douter que la Providence ne nous eût appelés à diriger ces deux hommes en vue d'un réveil religieux parmi leurs compatriotes. Un d'eux fut employé comme traducteur dans la mission , et l'autre comme instituteur d'une école pour la jeunesse arménienne. Ces travaux occupaient seulement une partie de la journée, le reste était rempli par l'étude de l'anglais et de la Bible. Ils découvrirent en peu de temps que le vrai christianisme était autre chose que ce qu'ils avaient imaginé. Ils commençaient à craindre d'avoir posé leurs espérances sur de mauvaises bases. Ce furent pour eux des jours de trouble et de douleur ; mais par la miséricorde de Dieu, ils furent bientôt amenés à la lumière de l'Évangile, et à mettre toute leur confiance en Jésus-Christ, comme leur unique Sauveur.
Le premier événement à constater ici est une opposition. L'amour de Christ se manifestera tou-
jours par la vie, et la vie du chrétien irritera toujours le monde. Aussi, par les intrigues des prêtres arméniens et catholiques, notre école fut fermée. Immédiatement après un joaillier arménien, homme considéré et fortement attaché aux doctrines de son Église, fut excité, par deux prêtres de Rome, à témoigner de grandes inquiétudes sur la nouvelle direction prise par ces deux jeunes gens. Ces derniers lui furent représentés comme les instruments de quelques intrigants étrangers, employés pour séduire le peuple et le conduire à une hérésie dangereuse. Le joaillier persuada à Peshtimaljian de citer devant lui les deux coupables. Il se rendit à l'audience et commença lui-même l'interrogatoire, les accusant d'avoir violé leurs devoirs envers l'Église et déshonoré Dieu. Les prévenus se disposaient à se défendre , lorsque Peshtimaljian prit la parole et fit briller aux yeux de l'orfèvre étonné un tel flot de lumière sur les erreurs de son culte idolâtre, que les jeunes gens eux-mêmes en furent émerveillés. On leur accorda ensuite la permission de se justifier avec l'aide de Peshtimaljian, citant les Écritures quand leur mémoire se trouvait en défaut ; et il en résulta que le joaillier, non-seulement fut convaincu qu'ils étaient dans la vérité, mais finit par se déclarer ouvertement pour les doctrines évangéliques. Ce ne fut pas le seul résultat heureux des efforts de notre ennemi le prêtre de Rome. La fermeture de l'école, connue de tout le monde, pro-
voqua une enquête qui dirigea les esprits sur l'examen des différences entre l'Écriture sainte et l'Église arménienne. La conversion d'un autre personnage important remonte à cette époque : celle de M. Sarkis Varjabed, professeur de grammaire l'école de Peshtimaljian , homme estimé pour sa connaissance de l'ancien arménien, doué de qualités solides et qui dans la suite devint éminemment utile comme traducteur attaché à la mission.
Au commencement de l'automne de 1833, les missionnaires furent invités à assister à l'ordination de quinze prêtres arméniens dans l'église patriarcale de Constantinople. Une telle cérémonie ne s'était pas vue depuis nombre d'années, à cause du nouveau règlement qui exigeait des études faites à l'école de Peshtimaljian pour arriver à la prêtrise. Aussi presque tous les candidats étaient-ils comparativement des hommes capables, et même un d'entre eux réputé pour son savoir. Ce dernier paraissait un homme sérieux, et lorsque nous lui fîmes visite dans sa retraite, il fut vivement impressionné de nos remarques sur la responsabilité des ministres de Christ. En prenant congé de nous, il nous demanda de nous souvenir de lui dans nos prières ; et lorsque M. Goodell invoqua sur lui l'effusion du Saint-Esprit, tout son extérieur manifesta l'acquiescement de son àme à cette invocation. C'était, comme nous le verrons plus tard, Der Kevork, dont l'influence a puissamment avancé l'œuvre de la réformation.
Jusqu'à cette époque notre presse était restée à Malte, occupée principalement à l'impression de livres grecs et italiens. Mais alors nous comprîmes que c'était aux livres en turco-arménien qu'il fallait donner la plus grande place parmi nos publications. La presse fut donc transportée en Turquie, à Smyrne, où elle fut mise en activité en 1833 par le Rév. D. Temple, et un imprimeur missionnaire, accompagné de l'évèque Dyonisius, traducteur arménien. Toutefois on ne pouvait attendre un progrès-sans lutte.
Les prêtres arméniens et romains s'unirent et obtinrent du pacha l'ordre péremptoire donné à M. Temple de quitter Smjrne en dix jours. Différents motifs inspiraient les deux partis : la vieille haine du protestantisme et surtout de la presse protestante faisait agir les catholiques. Les Arméniens, de leur côté , étaient scandalisés d'avoir au milieu d'eux un de leurs évêques, marié contre la règle de leur Église, et passé au protestantisme. Un expatriarche, alors à Smyrne, ancien ennemi personnel de Dyonisius, prit une part active dans ces persécutions. Mais cependant après avoir écouté les explications du consul américain, le pacha, qui avait agi sans connaissance des faits , révoqua son ordonnance et se contenta d'envoyer l'évèque à Beyrouth, où il avait autrefois demeuré.
Il devenait tous les jours plus évident que le Saint- Esprit agissait au milieu de nous et que Dieu allait
accomplir une grande œuvre parmi les Arméniens. Une demi-douzaine d'entre eux et quelques grecs avaient l'habitude de se réunir chaque semaine chez M . Goodell , pour écouter ses instructions religieuses . Ces assemblées grandirent en importance et en intérêt.
Le premier lundi de janvier 1834, la réunion fut tenue pour la première fois en langue turque. A la lecture du rapport des missions, tous les cœurs furent profondément touchés et les yeux remplis de larmes. Nos frères indigènes reçurent là un encouragement à poursuivre l'évangélisation de leurs compatriotes. Le nombre de ceux qui fréquentaient la maison des missionnaires s'augmenta rapidement. Les sujets portés changèrent : ce n'était plus les mœurs et les coutumes du peuple américain, ni le progrès des arts et des sciences dans le nouveau monde, ni les pratiques extérieures de la religion qu'on y examinait, mais les graves sujets du salut éternel. Pendant le courant de l'année, deux ou trois prêtres de Constantinople furent réveillés et convaincus de la vérité de la doctrine évangélique. On lut et on discuta la Bible. Bien des auditeurs reconnurent la folie de leurs superstitions, et un petit nombre fut ajouté aux vrais croyants. Les deux jeunes gens dont nous avons donné l'histoire, devenus nos aides, s'occupèrent de répandre la vérité avec un zèle qui produisit les résultats suivants.
Comme toutes les mesures prises jusqu'alors pour
pousser les Arméniens à l'amélioration de leurs écoles n'avaient pas eu d'effet, la mission crut devoir se séparer d'eux, et établit à Péra une grande école normale destinée à fournir des élèves capables de réformer eux-mêmes plus tard leur Église, et à stimuler les efforts des Arméniens par la vue des bienfaits de l'éducation, et enfin à mettre sous leurs yeux une école modèle. Cette école fut ouverte le 27 octobre 1834.
L'arrivée d'Amérique de quelques nouveaux ouvriers donna encore plus d'importance à nos travaux. Le Rév. John B. Adger se joignit à la mission de Smyrne, au mois d'octobre 1834, et s'y consacra aux travaux relatifs aux Arméniens. Deux nouvelles stations furent fondées à Brousse et à Trébizonde : la première par le Rév. B. Schneider, et la seconde par le Rév. T. P. Johnston. La ville de Brousse est située dans l'ancienne province de Bithynie, au pied du mont Ofympe. Elle possède une population d'environ 90,000 habitants, dont 5 ou 6,000 Arméniens.
M. Schneider arriva dans cette ville avec sa famille le 15 juillet 1834. Il y était déjà venu quelque temps auparavant, et y avait laissé M. Hohannes Der Sahagyan pour ouvrir une école lancastrienne parmi les Arméniens. D'après tout ce qu'il avait pu voir dans cette première visite, les Arméniens et les grecs étaient prêts à le recevoir avec plaisir. A son
retour il trouva les dispositions changées par Fin- !
fluence des prêtres. L'évèque grec défendit à son troupeau de fournir des meubles au missionnaire, quoique ce service eût été promis à ce dernier par un des membres les plus influents de la communauté grecque, et les sentiments d'indépendance du propriétaire permirent à M. Schneider de se procurer une maison, en dépit del'évêque.
La classe et son matériel se trouvèrent prêts, mais l'ouverture en fut encore retardée par les intrigues ecclésiastiques. L'opposition la plus forte émanait du vartabed de l'Église arménienne, qui essaya d'intimider le peuple, l'assurant que les enfants envoyés à cette école deviendraient luthériens. On tint quelques réunions où, après beaucoup de discussions, il fut décidé que l'école serait fondée. Le premier jour, elle fut visitée par quelques-unes des notabilités de la ville, accompagnées par le vartabed ; tous en approuvèrent l'établissement, et soixantedix élèves furent enregistrés. Les travaux de M. Schneider furent ainsi dans l'origine partagés entre les grecs et les Arméniens.
Trébizonde fut la seconde nouvelle station. Cette ville est située près de l'extrémité sud-est de la mer Noire; et c'est là que, dit-on, Xénophon et son armée en retraite arrivèrent aux bords de la mer. Elle possède environ 15,000 habitants, dont 1,250 de race arménienne.. Elle doit son importance comme station missionnaire à ce fait, d'être le premier port de mer de l'ancienne Arménie et à l'influence qui en
résulte pour elle sur le reste du pays. M. Johnston la visita pour la première fois au mois de novembre
1834. Par suite de menées cléricales, il ne put pendant longtemps se procurer une maison et en louer une en définitive qu'à la condition d'obtenir un firmande Constantinoplè. Le commodore Porte, ministre des États-Unis, fut obligé d'intervenir, et obtint une lettre du visir qui ordonna au pacha de Trébizonde de veiller à ce que M. Johnston ne fût pas molesté dans le choix d'une demeure ; et ce missionnaire put enfin s'y fixer au printemps de
1835. La peste vint encore retarder pendant quelque temps ses rapports avec le peuple.
Dans la capitale , le nombre de ceux qui osaient ouvertement se déclarer protestants augmentait de jour en jour, ainsi que dans les environs du Bosphore; partout où se trouvaient des Arméniens, des conversations religieuses se multipliaient, et partout se trouvaient des personnes disposées à soutenir que la Bible était un guide religieux infaillible et suffisant; et cela même en présence de quelques bigots. Cette déclaration du psalmiste se vérifiait d'une manière admirable : « Seigneur, ta parole est une lumière, et donne l'intelligence aux simples. » Autant que possible nous évitions la controverse sur les formes et les cérémonies ; et au lieu d'attaquer directement les superstitions de l'Église , nous étions décidés à ne savoir qu'une chose : Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. C'était
merveille que de voir se dissiper les ténèbres, disparaître Terreur, la bigoterie, les préjugés et tomber toutes les barrières devant la simple prédication de la Parole de Dieu. Ce n'est pas à dire que tous ceux qui apercevaient la vérité se prononçassent en sa faveur, pas plus que tous ceux qui reconnaissaient les erreurs de leurs Églises n'étaient pour cela conduits à soumettre leur cœur et leur vie à l'Évangile. Mais enfin c'était un grand point que d'avoir substitué l'autorité de la Bible à celle de l'Église, et obtenu quelques véritables conversions. Parmi elles il faut compter celle du prêtre Kevork, le plus savant des quinze, dont nous avons vu la consécration. Il avait à ce moment à diriger une école de 400 jeunes garçons, soutenue par les Arméniens eux-mêmes, et sans aucun rapport avec les missionnaires. Il commença par adopter la lecture journalière de l'Évangile, et en donna lui-même l'interprétation ; il forma de plus une classe composée d'une vingtaine de ses élèves les plus avancés, pour l'étude critique du Nouveau Testament sous sa direction spéciale.
Une des pièces de la maison de M. Goodell était toujours ouverte aux Arméniens qui désiraient y prier pour obtenir une effusion du Saint-Esprit sur eux et leurs familles. Un des frères indigènes, non marié , établit le culte domestique dans la maison de son père. Nous avons lieu de croire que cet exemple, donné dans l'été de 1835, fut le premier de ce genre parmi les Arméniens. Il créa aussi une
réunion de prières chaque soir avec un petit nombre d'étudiants de la haute école et une classe biblique le dimanche. L'école s'était accrue de trois à trente élèves, et elle était en grande faveur auprès du peuple. On y enseignait l'anglais, le français, l'italien, l'arménien, le turc, le grec, l'hébreu, les mathématiques, la géographie, etc., etc. On y donna des cours sur les sciences naturelles, accompagnés d'expériences. Ils furent suivis par des auditeurs de toutes les classes, nombreux et vivement intéressés.
Jusque-là nous avions conservé des relations amicales, du moins extérieurement, avec les autorités ecclésiastiques. Si elles ne nous firent pas une opposition ouverte, ce n'est pas que les dénonciations des émissaires de Rome fissent défaut ; ce n'est pas non plus que de$ ennemis décidés nous manquassent parmi eux. Mais la cause de leurs craintes venait de la faveur soudaine dont jouissait la Bible auprès des grands et des petits, si bien qu'ils ne savaient jusqu'à quel point ils réussiraient à la combattre, s'ils essayaient sérieusement de s'y opposer. A cela il faut ajouter les dissentiments des prêtres sur la meilleure manière de procéder contre nous. Le patriarche d'alors , nous dit Stephan , était un homme doux et paisible, à qui répugnaient des mesures sévères. Nous étions souvent en rapport avec lui, et il nous traitait toujours avec égard et politesse. Boghos, vicaire du patriarche, trop instruit pour être
bigot, jugea toutefois prudent de manifester quelque résistance à la réformation, mais prudent aussi de ne rien faire ouvertement. Dans une entrevue avec le joaillier dont nous avons déjà parlé, une discussion s'étant élevée sur quelques passages de rÉcriture, ce dernier tira de sa poche un Nouveau Testament pour s'en appuyer aussitôt. Le vicaire le réprimanda pour porter sur lui un tel livre et lui dit : « Si un homme important comme vous prend de telles libertés, que ne fera pas le commun peuple?» Quelques jours après, il dit à un négociant de ses amis, homme à principes évangéliques, bien qu'il ne les manifestât pas ouvertement : « Je vois tout le monde courir après la Bible , et je ne sais ce que tout ça va devenir ; mais s'il doit y avoir un bouleversement dans l'Église arménienne, je ne demande qu'une chose, c'est qu'il n'arrive pas de mon temps. » Au mois de février 1835, il devint tellement inquiet des progrès du protestantime , qu'il envoya secrètement un de ses prêtres visiter notre école. Le prêtre prit par écrit les noms des écoliers, ceux de leurs familles, etc., et par ordre de son supérieur, il retira un de ses fils qui se trouvait au nombre des élèves. Le vicaire lui-même saisit l'occasion de questionner sérieusement un des écoliers qu'il rencontra à l'église, sur ses études et sur les instructions qu'il recevait des Américains, etc., etc. Il est certain qu'alors il méditait de porter un coup décisif, si possible, pour renverser l'école.
Mais il en fut détourné probablement par la considération populaire dont jouissait celle-ci. Quelquesuns des principaux Vartabeds et des évêques de l'Église arménienne, dont plusieurs nous étaient connus depuis des années , se trouvaient alors en rapports amicaux avec les missionnaires. Il n'était pas rare de les entendre dire que la vérité était de notre côté ; il y en avait même qui paraissaient sur le point de céder à son influence. En général cependant ce notaient pas des hommes à principes bien arrêtés, mais prêts à prendre toutes les directions, selon les désirs de quelques hommes puissants qui pouvaient favoriser leur avancement. On comprend donc comment de tels hommes, en possession ou à la recherche d'un poste, pouvaient un jour nous témoigner beaucoup d'amitié, et le lendemain, pour plaire à quelque bigot riche ou important , nous montrer de l'opposition.
On peut citer comme exemple de cette manière d'agir la conduite de Matheos, le nouvel évêque de Brousse. Il avait habité autrefois dans un village sur le Bosphore, et avait été regardé comme un des premiers soutiens de la mission auprès des auteurs de l'Église arménienne , car il avait appris de nous à connaître la vérité. Même après son départ pour Broussè, il nous exprima par correspondance les sentiments les plus affectueux ; et lorsque M. Schneider alla le voir, il approuva hautement l'école récemment établie à Brousse. Et cependant peu de mois
s'étaient passés que cette école était fermée par l'influence de ce même prélat, qui s'efforça par tous les moyens de contrecarrer les opérations des missionnaires. Nous parlerons ailleurs de ses hostilités à Brousse, comme de celles qu'il exerça plus tard sur une plus grande sphère. En raison du triste rôle que cet homme jouera plus tard, il faut que le lecteur sache, dès à présent, qu'il s'agit de la personne si connue du patriarche Matheos, le persécuteur des protestants en Turquie.
Préparer des livres et des traités en arménien moderne et en turco-arménien devint de plus en plus l'objet de notre attention , et le missionnaire imprimeur se rendit aux États-Unis pour surveiller la fabrication des caractères typographiques destinés à la presse de Smyrne, et le comité accorda une somme de 25,000 fr. pour cet objet et pour le matériel d'une imprimerie. M. Sarkis, arménien pieux de Constantinople, savant éminent dans la littérature de sa langue, vint se fixer à Smyrne, comme traducteur en rapport avec notre imprimerie, dirigée par M. Adger.
Tel était l'empressement de ceux qui étaient venus pour s'instruire sur notre direction religieuse, que^vers le commencement de 1836 deux réunions hebdomadaires furent établies à Constantinople par les missionnaires. Bien qu'il ne se passât aucun événement remarquable pendant quelques mois, nous avions presque chaque jour des indices du
progrès de l'œuvre ; il en était comme du travail du levain : silencieux, mais sûr; jamais nos rapports avec les Arméniens de toutes les classes ne furent plus libres ni plus satisfaisants. Nos maisons étaient fréquentées par des prêtres aussi bien que par des laïques ; quatre ou cinq des premiers nous parurent rechercher soigneusement la vérité; un d'eux, attaché à l'Église patriarcale, proposa de son propre mouvement que nous publiassions une édition corrigée du Nouveau Testament en arménien moderne, afin de donner au peuple un libre accès à la Parole de Dieu en langue vulgaire. Il offrit un don de 500 piastres pour cet objet et promit de collecter encore la même somme. Il était doux de voir quelques-uns des vartabeds les plus influents nous encourager dans nos efforts pour l'éducation ; ils visitaient souvent notre école. Une fois un de nos sous-maîtres devant être renvoyé pour sa mauvaise conduite, deux de ces prêtres partirent pour intercéder pour lut, et sur notre promesse de le reprendre à l'essai ils firent appeler le coupable, lui lurent un long discours sur la nécessité de se réformer, et après en avoir obtenu les promesses les plus positives , ils nous le renvoyèrent muni d'une lettre où ils se rendaient responsables pour lui.
Ce n'était plus chose extraordinaire que d'entendre parler d'un évêque ou d'un vartabed comme prêchant ce qu'on appelait des sermons évangéliques, c'estrà-dire qu'au lieu de développer la vie des
saints, jadis comme ils s'efforçaient de tirer leurs instructions des Saintes-Écritures ; cela indiquait un changement, sinon dans les prédicateurs, du moins dans le peuple qui exigeait de telles prédications. C'est ce que prouva la suite. Toutefois on peut citer des exemples de plus de droiture et de plus de franchise. Quelques-uns ne pouvaient pas dissimuler leur haine. Un prédicateur distingué dit un jour en chaire : « Quelques hommes décrient les jeûnes; anathême sur eux, s'ils prétendent que le jeûne n'est pas commandé dans l'Écriture ; qu'ils sachent donc que la première défense donnée à Adam et à Ève fut de manger du fruit d'un certain arbre, ce qui de fait était jeûne. » Une femme présente sortit de l'Église en disant : « Je n'ai jamais entendu nos prédicateurs parler d'autre chose que du jeûne et de l'argent, ils ne prêchent jamais l'Évangile. » Un de nos frères fut accusé publiquement par un prêtre d'incrédulité, et 1b dimanche suivant un vartabed le dénonça à son auditoire comme un hérétique et un infidèle, qui devait comparaître bientôt devant un concile. On trouvera peut-être que c'est renverser l'ordre des choses que d'accuser d'abord un homme en public et de le citer ensuite devant un tribunal pour répondre à l'accusation ; mais en Orient c'est chose tout ordinaire, soit dans l'Église, soit dans l'État. Le concile fut tenu, et bien que l'accusé y déclarât qu'il n'avait aucune confiance en l'intervention des saints et qu'il regardait l'Évangile
comme son guide unique et suffisant, il n'en fut pas moins acquitté. Il avait antérieurement exprimé à un vartabed quelques appréhensions sur le résultat du jugement, et il en reçut cette réponse rassurante : « Vous n'avez rien à craindre, car bon nombre comme vous pensent et parlent selon l'Évangile. » Évidemment l'opinion répandue parmi nos adversaires exagérait le nombre de ceux qu'on appelait les incrédules évangéliques. On parlait de 800 dans Constantinople comme étant prêts à professer nos doctrines et à se mettre en opposition.
L'orage cependant grondait au loin , et nous eûmes la certitude que les adhérents de l'Église de Rome faisaient les efforts les plus énergiques pour exciter les Arméniens contre nous. Jusqu'ici nous n'avons fait aucun effort pour éclairer cette partie delà race arménienne soumise au pape. Elle compte, à peu près, 30 ou 40,000 individus, ayant leur patriarche, avec les dogmes et les pratiques de leur Église. Si tel n'était pas le nombre des hommes vraiment décidés, du moins était-ce bien celui de ceux qui avaient ressenti quelque influence de la vérité ; et au milieu des discussions religieuses, alors si ordinaires dans la capitale, on entendait toujours parler contre les abus de l'Église. Bien que cette opinion sur les forces du parti évangélique ne fût pas fondée, elle n'en servit pas moins à tenir en échec pendant quelque temps ceux qui, sans elle, auraient eu recours à la violence pour renverser notre œuvre.
En juillet 1836, ce prélat crut devoir dénoncer et interdire tous nos livres, y compris le Nouveau Testament. Et, chose étrange, il défendit de recevoir de nous une édition des saintes Écritures en arménien, imprimée à Venise par leurs propres presses, et achetée plusieurs années auparavant par la Société britannique, pour la répandre à bon marché.
Comme nous l'avons déjà dit, il Centrait pas dans nos vues d'attaquer directement les superstitions de l'Église arménienne. Nous a\pns toujours agi suivant ce principe, que le moyen le plus efficace de détruire l'erreur est de semer la vérité. Nous ne fûmes donc point surpris de voir qu'à mesure que le peuple s'instruisait dans la Parole de Dieu, interprétée par lui-môme, les superstitions disparaissaient. Un vieillard vint un jour se plaindre à moi de son fils adoptif qui avait reçu nos instructions, et à qui toutefois nous n'avions jamais parlé de confession ni de jeûne : « Il ne jeûne plus, dit-il, et même il ne serait jamais allé à confesse si je ne l'y avais contraint, et encore quelle étrange confession il a faite au prêtre ! Ne lui a-t-il pas dit qu'il ne pouvait reconnaître d'autre règle de foi et de conduite que la Bible, et qu'il rejetterait tout ce qui n'y était pas conforme : par exemple, le culte des saints et les jeûnes de l'Église, dont l'Écriture ne parlait pas? » Vers cette époque, plusieurs prêtres arméniens se montraient très-indulgents envers les frères évangéliques au sujet de la confession; et ces
derniers, tout en se conformant aux prescriptions extérieures de l'Église, repoussaient l'absolution du prêtre, et ne se rendaient au confessionnal que pour communiquer à leurs guides spirituels leurs vues nouvelles sur l'Évangile.
Une autre fois, à ma visite d'une vaste école, les enfants, à la fin de leur exercice religieux, ayant fait rapidement cinquante à soixante signes de croix, l'instituteur Bedros se tourna vers moi d'un air mortifié et me dit : « Que signifient tous ces signes, et comment ont-ils été introduits dans l'Église? » Il exprima alors son opinion que cette pratique ne fut introduite parmi les chrétiens que comme signe de distinction d'avec leurs ennemis les Juifs et les païens : « Mais, ajouta-t-il, cet usage n'est plus du tout nécessaire , ou du moins il est inutile de répéter le signe. Je me nomme Bedros ; à quoi me servirait de vous répéter cinquante fois : je me nomme Bedros, je me nomme Bedros , etc., etc. »
On peut encore citer comme exemple de consciences réveillées la visite faite, vers cette époque, aux missionnaires , par quatre Arméniens, dans le but de s'éclairer sur certaines cérémonies de leur Église, qui avaient attiré leur attention sans que nous leur en eussions jamais parlé. En même temps que nos frères avançaient dans la connaissance de leurs propres cœurs , nous fûmes surpris souvent d'entendre sortir de la bouche d'hommes, qui jusque-là n'avaient montré que de l'indifférence et de
la mondanité, des expressions manifestant un réveil soudain dans leurs cœurs du sentiment de leurs péchés. Un jour, un individu dit à un missionnaire : « Je suis un grand pécheur. — Oui, répondit l'autre, mais Jésus-Christ est un grand Sauveur et toujours prêt à nous sauver. — Il Ta déjà fait pour vous, répondit l'autre vivement, et je le prie de le faire aussi pour moi. »
Pour donner une idée de l'œuvre en peu de mots, nous ne saurions mieux faire que de reproduire la phrase suivante, écrite par un missionnaire en 1836 : « Au sujet de la grande œuvre de réformation qui marche silencieusement parmi les Arméniens depuis deux ou trois ans, et sur laquelle nous vous donnerons plus de détails par la suite , je me contente de résumer ainsi son caractère : C'est un abandon simple et complet du cœur et de la vie à la direction imique de la Parole et de V Esprit de Dieu. »
L'Évangile avait été déjà annoncé à ces multitudes par des conversations particulières en arménien et en turc pendant plusieurs années, et même un service d'explications se tenait en turc depuis quelque temps. Le premier sermon proprement dit en arménien fut prêché le 9 septembre 1836, devant un auditoire choisi et peu nombreux. Les réunions mensuelles de prières devinrent de plus en plus intéressantes, et l'une d'elles mérite d'être ici mentionnée.
En 1836,. il était de plus en plus évident que les conducteurs de l'Église arménienne réunissaient
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leurs forces pour s'opposer aux progrès de la réformation. En tenant compte de leur position difficile, ces hommes étaient encore plus à plaindre qu'à blâmer. Au lieu de les placer parmi les ennemis incorrigibles de Dieu, nous nous efforcions de leur parler avec bonté et de leur montrer des sentiments de bienveillance et d'intérêt. Aussi fut-il résolu parmi les missionnaires de Smyrne et de Constantinople de consacrer une journée à prier spécialement pour les autorités civiles et ecclésiastiques du pays, et surtout pour ces dernières.
Il était doux de voir que, par l'influence de la mission et de nos frères indigènes , l'éducation des femmes , jusque-là presque entièrement négligée , commençait à fixer l'attention à Constantinople aussi bien qu'à Smyrne. Dans la capitale, on n'avait pas pu encore ouvrir d'école régulière pour les filles; seulement bon nombre de parents s'occupaient de faire instruire leurs enfants en particulier, et un de nos frères évangéliques avait une classe de douze ou quatorze jeunes filles arméniennes apprenant à lire. A Smyrne, la mission en établit, dans l'été de 1836, avec l'approbation de quelques hommes influents de l'Église. Dès la première semaine, quarante filles y vinrent. Toutefois, pour éviter de faire ombrage à quelques esprits jaloux , la mission crut devoir abandonner l'entreprise entièrement à la direction de l'Église, et elle le fit avec plaisir, car il
lui suffisait d'avoir créé l'école et de faire du bien sans conserver aucune autorité.
A Brousse, quelques Arméniens témoignaient de l'amitié aux missionnaires ; mais la grande masse, considérée au point de vue spirituel, était complètement indifférente. Il est vrai que l'évêque Matheos manifesta plus ouvertement son opposition, bien qu'il ne vît pas encore clairement la voie qu'il devait suivre contre nous. Çà et là nous trouvions quelques ecclésiastiques amis. Par exemple, un prêtre d'Erzeroum, ville située à 250 lieues à l'intérieur, demanda à M. Schneider une collection de Nouveaux Testaments en arménien et en turcoarménien pour les distribuer aux pauvres. Ainsi, comme jadis, la Parole de Dieu croissait et se multipliait.