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CHAPITRE VI

Les banquiers et les marchands. — Mépris pour le clergé. — Nomination de deux comités. — Révocation du patriarche. — Nomination d'Asdoaadzadoar. — Son caractère. — Un vicaire éclairé. — Accroissements de l'Église. — Vie spirituelle. — La prière. — Un vartabed convaincu. — Conversion d'un ascétique. — Auditeurs venus de l'intérieur. — Assemblée mensuelle de prières. — La première mission indigène. — Sollicitude en faveur des Juifs. — Quelques femmes à la recherche de la vérité. — Nouveaux collaborateurs. — Demande de livres. — La traduction de l'Ancien Testament achevée. — Amour de la Bible. — Un livre anti-protestant. — Des ennemis changés en amis. — Influence du séminaire. — Défections. — Progrès à Brousse. — Un évêque persécuteur. — Impressions évaogéliques à Trézibonde. — Un prêtre réveillé à Erzeroum. — Violence de l'évêque. — Encore des ennemis changés en amis. — Nouveau mouvement à Nicomédic. — Recherche du salut à Smyrne.

I^a querelle entre les banquiers et les marchands, dont il a été question à la fin du chapitre précédent, eut des conséquences assez importantes pour qu'il convienne de s'y arrêter un instant. Nous avons dit à quel propos elle éclata ; mais la véritable cause était l'esprit dominateur et les habitudes dictatoriales de quelques-uns des banquiers. Les marchands, ne voulant plus se soumettre à cette direction toute officieuse, mais absolue et irresponsable, obtinrent de faire nommer par le peuple un comité ou conseil, composé de vingt-quatre membres et au-

quel devrait être, à l'avenir, confiée l'administration de toutes les affaires importantes de la communauté arménienne. Un moment de calme suivit cette nomination; mais bientôt après, quelques banquiers, unis à quelques membres du clergé, dressèrent contre les vingt-quatre conseillers une liste d'accusations que le patriarche lui-même présenta à la Porte. Une de ces accusations était tellement grave qu'elle devait provoquer de la part des Turcs une prompte intervention. D'après elle, le comité populaire n'aurait projeté rien de moins que de se placer, lui et la population arménienne tout entière, sous la protection de la Russie. Aussi les vingtquatre conseillers furent-ils sur-le-champ jetés en prison. Dès que le bruit s'en fut répandu, quatre ou cinq mille Arméniens, se précipitant vers la Sublime-Porte, demandèrent à grands cris qu'on relâchât leurs représentants, ou qu'on les emprisonnât tous. Le grand vizir répondit à ces gens que rien n'avait été fait que sur les accusations de leurs propres banquiers et de leur patriarche. Là-dessus le peuple s'écria qu'il ne reconnaissait l'autorité ni des banquiers, ni du clergé, mais uniquement celle du sultan. Alors le gouvernement crut que la prudence lui faisait un devoir de céder, et les prisonniers furent relâchés. Mais le peuple, enhardi par ce succès, demanda la déposition immédiate du patriarche. Aussitôt les évèques et les vartabeds furent mandés à la Porte, afin que les marchands pussent

choisir parmi eux celui qu'ils voudraient avoir pour patriarche. Mais tous crièrent qu'aucun de ces ecclésiastiques ne leur convenait : « Ce sont, disaientils, des hommes méchants qui ne vivent qu'en extorquant l'argent des pauvres. Nous ne voulons d'aucun d'eux. Qu'on nous laisse le temps de penser à cette affaire. » Alors l'assemblée fut congédiée et le clergé se retira couvert de confusion. « Voilà, disait-on dans la foule, à mesure qu'ils en traversaient les rangs, voilà nos oppresseurs!... Quiconque marche avec eux court à sa ruine... Que personne ne remette le pied dans l'Église arménienne, sous peine de damnation, aussi longtemps que ces gens y resteront... Ce sont des imposteurs. . . , les voleurs du peuple, etc. , etc. » Et durant quelques jours, la corruption du clergé fut le seul sujet dont on s'entretint. Le patriarche Stephan avait sa part dans ces injures. « Nous l'avions cru meilleur que les autres, disait-on, et nous l'appelions une colombe, mais il se trouve à la fin qu'il n'est, comme les autres, qu'un vautour. 11 a livré son peuple entre les mains des mahométans. Et si celui-là est le meilleur, que peuvent être les autres ? »

La lutte se prolongea plusieurs mois, avec des alternatives de triomphe et de défaite pour chacun des deux partis, jusqu'à ce qu'enfin un ordre péremptoire du sultan vint y mettre un terme. 11 fut enjoint aux deux partis de se réconcilier et de choi-

sir dans leur sein un certain nombre d'hommes qui participeraient, avec le patriarche, à l'administration des affaires de la communauté. Plus tard on convint de nommer deux comités, l'un pour les affaires ecclésiastiques, l'autre pour les affaires civiles, fonctionnant tous les deux sous la présidence du patriarche, et c'est l'organisation qui subsiste encore aujourd'hui.

Peu de temps après, le patriarche Stephan fut révoqué de ses fonctions. Le peuple et les banquiers durent procéder à son remplacement ; mais ne pouvant s'accorder à choisir un homme quelque peu éminent, ils finirent par nommer un vieil évêque des plus obscurs. Cet homme, nommé Asdoaadzadoar, avait toujours eu des habitudes fort excentriques et paraissait déjà sur le point de tomber en enfance. Cette élection, si absurde en elle-même que personne n'y aurait songé sans l'impossibilité de s'entendre, favorisa la diffusion de la vérité dans le pays. Les Arméniens semblèrent dès lors penser que le mieux était de n'avoir rien à faire avec leur patriarche, de sorte que s'il arrivait à quelqu'un de parler de mesures rigoureuses à prendre contre la propagation des idées protestantes, on lui répondait presque toujours par ces mots : « En quoi ces choses nous concernent-elles ? Que chacun "reste libre de faire comme il l'entend. »

En outre, le vicaire donné au nouveau patriarche ne fut rien moins qu'un des ecclésiastiques exilés,

en 1839, comme suspect de protestantisme. Cet homme, autrefois évêque de Trébizonde, avait, dans cette ville même, ouvert les yeux sur les erreurs de son Église. Son élévation au poste de vice-patriarche le surprit autant que nous. Mais en cela aussi se montra le doigt de Dieu. Très-peu de temps auparavant, le nouveau vicaire avait demandé à la mission de l'employer à titre d'écrivain.

Les frères, ainsi mis à l'abri de la persécution, ne cessèrent pas pour cela de prier et de travailler. Ils « marchaient dans la crainte du Seigneur » et ils « étaient multipliés par la consolation du Saint- Esprit. » Cette époque fut pour l'Église un temps de paisible et de solide accroissement, et comme les jours d'épreuve avaient tourné à son bien, de même encore les jours de paix furent pour elle, par la bénédiction du Seigneur, des jours de triomphe et de prospérité. Au printemps de 1842, un des missionnaires écrivait : « Jamais encore l'œuvre qui se fait parmi les Arméniens ne s'était présentée sous un aspect aussi encourageant. La vérité se répand dans toutes les directions, et elle paraît prendre si bien racine dans le pays que si, dès à présent, tous les missionnaires étaient forcés de le quitter, il y resterait après eux, non-seulement de la semence jetée en terre, mais encore une multitude d'épis, poussés et développés à divers degrés, depuis celui qui n'offre encore que des feuilles jusqu'à celui qu'un grain tout formé couronne déjà. » Les

frères -indigènes faisaient chaque jour de remarquables progrès dans la vie spirituelle, et surtout ils déployaient un merveilleux esprit de prière. Sans autre suggestion que celle de leur cœur, on les voyait souvent se réunir entre eux pour implorer la bénédiction divine sur l'emploi des moyens de grâce, ou bien, le dimanche après la prédication, rester auprès de nous pour prier dans le même but. Si, dans l'auditoire, quelqu'un leur avait paru sérieusement impressionné, ils ne manquaient pas de l'aborder, et de l'entretenir ou de prier avec lui. Un dimanche, au séminaire de Bebek, trois jeunes gens pieux, laissés un instant seuls après le service, s'enfermèrent et se mirent à prier. Cet établissement, se trouvant la seule école arménienne 011 fussent enseignées les vérités qu'ils venaient d'entendre, c'était pour eux, dirent-ils plus tard, un devoir sacré que d'offrir continuellement des prières en sa faveur. A propos de cet incident, M. Hamlin écrivait : « Pendant l'été j'ai eu de fréquents rapports avec nos frères indigènes, et tout me porte à croire que l'esprit de grâce et de supplication abonde en eux. » Et ce qui montrait bien la vérité de cette remarque, c'est qu'il était rare que, dans leurs visites aux missionnaires, les frères dont il s'agit se retirassent avant d'avoir proposé de prier en commun.

Les objets habituels de leurs prières étaient une effusion du Saint-Esprit, abondante comme au jour

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de la première Pentecôte chrétienne, et le salut de leurs compatriotes. Rarement ils oubliaient d'y mentionner d'une manière toute spéciale les guides ecclésiastiques de leur nation, et en même temps leurs adversaires et leurs persécuteurs.

Après ce qu'il vient de voir, le lecteur apprendra sans surprise que durant Tannée 1842, l'influence spirituelle de la mission dépassa ce qu'elle avait été les années précédentes . Tout Constantinople résonnait du bruit de ce qu'on appelait : « les nouvelles doctrines, » et c'était à peu près le seul sujet de discussion qu'on traitât dans les réunions d'Arméniens. De plus, r Esprit-Saint opérait en beaucoupd'âmes. Des gens légers devinrent sérieux et se mirent à prier; des mondains commencèrent à s'occuper de leurs intérêts spirituels ; des orgueilleux se firent humbles; plusieurs de nos persécuteurs renoncèrent à leur hostilité, ou même se transformèrent en amis et en collaborateurs. Impossible de ne pas voir en ces choses une œuvre du Seigneur.

Un prêtre, de l'aspect le plus vénérable, allairouver M. Hamlin, pour lui exposer les craintes qu'il avait conçues sur son état spirituel et sur le danger qu'il courait de conduire ses paroissiens dans les voies de la perdition en restant plus longtemps attaché aux formes de son Église. Son agitation était telle, en faisant cet aveu, que bien que la journée fût froide, d'abondantes gouttes de sueur lui coulaient sur le visage.

On vartabed de l'intérieur, s'adressant à quelquelques-uns des frères, leur demanda, tout tremblant, ce qu'il devait faire pour être sauvé. Pour la première fois de sa vie, il se sentait un pauvre pécheur perdu. Après avoir longtemps enseigné les autres, il avouait ne savoir pas le premier mot de la vérité, et il venait demander des conseils à des gens simples et sans lettres, mais auxquels avait été révélée la bonne nouvelle du salut. Et ce ne fut pas en vain. Les frères qu'il consulta lui apprirent que, pour le prêtre comme pour le laïque, il n'y a qu'un moyen d'être sauvé, celui de croire en Jésus-Christ, et par la grâce d'en haut il embrassa ce bon Sauveur pour se consacrer sans retour à son service. Cet homme était le vartabed Bedros, dont le nom reparaîtra plus d'une fois dans la suite de ce récit.

puis des années, parcourait le pays à la recherche de la paix de l'âme, se laissa persuader de faire une visite àM. Hamlin. L'état spirituel de cet homme représentait assez bien celui de toute une classe d'Orientaux. Ne recevant ni de leurs anciennes Églises, ni de celles de Rome, rien qui puisse tranquilliser leur conscience réveillée, ils s'en vont de côté et d'autre cherchant du repos et n'en trouvant généralement nulle part, parce qu'ils ne vont jamais directement à Celui-là seul qui sait donner la paix. Celui dont nous parlons avait, sous la pression de

ce besoin, passé quelque temps dans un monastère de l'intérieur et s'y était livré aux fonctions les plus viles, dans l'espoir de s'amasser ainsi des mérites.

Trompé dans cette attente, il s'était ensuite enfoncé dans les profondeurs d'un désert, où, couvert d'un cilice et ne se nourrissant que des aliments les plus grossiers, il s'était efforcé d'échapper tout à la fois aux vices du monde et aux agitations fébriles de son propre cœur ; mais en cela encore il n'avait trouvé que des mécomptes. Reprenant alors le chemin de Constantinople, il s'était arrêté au parti de se réunir à l'Église arménienne latine, toujours dans l'espoir d'y trouver cette paix après laquelle il soupirait. Attaché ensuite, comme chantre, à une église des environs de la capitale, il s'y adonnait à l'observation la plus stricte des pratiques papales, quand un ami lui conseilla de se mettre en rapport avec les missionnaires américains. A cette? proposition, son âme recula d'abord d'effroi. Nous étions, lui avait-on dit, des hérétiques, des ennemis de la foi chrétienne ; comment avoir la moindre relation avec de tels hommes! Cependant l'ami, revenant à la charge, finit par le décider, après bien des hésitations, à se rendre avec quelques autres, dans la demeure de M. Hamlin. Arrivé là, notre homme s'assit aussi près de la porte qu'il le put, comme pour moins s'exposer à la souillure et afin de pouvoir en tout cas se retirer plus facilement . De cette place, il écouta, d'abord d'une oreille dé-

fiante, la conversation engagée entre les assistants. Peu à peu cependant il s'enhardit, posa quelques questions de nature à amener une controverse, et finit par soutenir, avec la plus parfaite confiance en lui-même, quelques-unes des plus grossières erreurs du papisme. Mais en un clin-d'œil des arguments empruntés à la Bible l'eurent terrassé. Trop loyal et trop respectueux pour ne pas s'incliner devant l'autorité de ce livre, dont pourtant il s'était peu occupé jusqu'à ce jour, il redevint alors un humble et docile auditeur de la Parole. Peu à peu, pour mieux l'entendre, il rapprocha son siège du missionnaire et finit par venir s'asseoir sur le sol, aux pieds mêmes de M. Hamlin, où il resta les yeux fixés sur l'orateur, et la bouche ouverte, comme pour boire à longs traite, dans un muet ravissement, ces vérités éternelles du salut qu'il fallait à son âme. Quoiqu'il les entendît pour la première fois, il les reconnut pour ce qu'il avait si longtemps cherché en vain. En un instant, son cœur fut changé à salut, et aujourd'hui c'est un fidèle ouvrier dans le royaume de Jésus-Christ. — A la même époque, d'autres Arméniens de cette même communauté latine et sur lesquels, par cela seul, nous avions conçu peu d'espérances, furent réveillés et donnèrent des signes de conversion.

* Nos prédications du dimanche devenaient de plus en plus intéressantes et réunissaient un nombre toujours croissant d'auditeurs. Parmi ces derniers se

trouvaient souvent des individus venus de l'intév rieur et quelquefois des points les plus éloignés. Joyeux d'avoir entendu, pour la première fois de leur vie, la bonne nouvelle du salut, ces hommes s'empressaient de la reporter chez eux, et ce fut ainsi qu'elle pénétra dans des villes et dang des villages qu'aucun prédicateur n'avait jamais visités. En février 1842, M. Goodell commença deux services en langue turque, l'un le dimanche et l'autre durant la semaine. Celui du dimanche avait lieu immédiatement après le service arménien, et se faisait en général devant les mêmes auditeurs, car tous les Arméniens connaissent plus ou moins la langue turque, pour laquelle plusieurs ont même abandonné leur langue nationale. Notre réunion mensuelle de prières pour la conversion du monde, offrait aussi l'intérêt le plus vif. Comme elle avait lieu à midi nos amis devaient, pour y assister, abandonner leurs affaires et franchir une distance d'environ deux milles; mais cela n'empêchait pas qu'on n'y vît souvent une trentaine d'hommes adultes : (à cette époque aucune femme ne fréquentait encore nos assemblées), et bien ardentes furent les prières qui, du sein de cette petite assemblée, allèrent chaque mois solliciter, au trône de la grâce, l'effusion du Saint- Esprit sur le genre humain tout entier.

Ce zèle de nos frères pour la conversion des âmes, était un des traits caractéristiques de leur piété. Mais ce qui les préoccupait surtout, c'était

le salut de leurs compatriotes. Sous l'empire de ce sentiment, quelques-uns d'entre eux se réunirent, au printemps de 4842, dans un endroit retiré des côteaux qui environnent la capitale. Là ils prirent, en priant beaucoup, la résolution d'envoyer, à leurs frais, l'un d'entre eux faire une excursion missionnaire dans l'intérieur de l'Asie-Mineure. Leur choix .se porta sur le prêtre Vertanes, qui accepta cette mission, partit peu de temps après pour l'accomplir, et s'en acquitta d'une manière très-utile.

Tout en s'occupant ainsi de « leurs parents et de leurs frères selon la chair, » nos chrétiens ne négligeaient pas les autres races qui vivaient autour d'eux dans l'ignorance de l'Évangile. Presque tous les jours, entre autres, ils avaient avec les Juifs des entretiens où ils s'efforçaient de les amener à Jésus- Christ comme au Messie. Ce fait est d'autant plus remarquable, qu'en Turquie le sentiment qui prévaut dans toutes les classes, à l'égard de la race d'Abraham, est celui d'un orgueilleux mépris.

Citons aussi, parmi les signes tes plus encourageants de cette époque, l'intérêt, de plus en plus vif, (pie les femmes commencèrent à prendre aux choses religieuses. Jusqu'alors cet élément d'influence avait manqué à notre oeuvre, et deux raisons expliquaient cette lacune. C'étaient d'abord la profonde ignorance et par conséquent l'étroit bigotisme où les femmes de ce pays restent plongées, et ensuite leurs habitudes de réclusion. Cet usage nous empêchait de

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pénétrer jusqu'à elles, et, à les supposer bien disposées en faveur de l'Évangile, c'était un obstacle à ce qu'elles fissent un emploi suffisant des moyens de grâce. Mais les prêtres arméniens peuvent, en leur double qualité de confesseurs et d'hommes mariés, franchir cet obstacle. Ceux d'entre eux qui s'étaient unis à nous se prévalurent avec activité de ce droit, et grâce à leurs efforts, nous eûmes, en 1842 et 1843, la joie de voir un certain nombre de femmes s'occuper sérieusement de leurs intérêts spirituels. Depuis ce moment, nous reçûmes d'elles des visites, nous pûmes communiquer avec elles plus librement, et quelques-unes, en petit nombre à la vérité, suivirent régulièrement les services religieux du séminaire. Il en fut de même d'un service spécial que je commençai moi-même à cette époque, en vue de cette intéressante classe d'auditeurs. La congrégation fut d'abord bien petite, mais la voie était ouverte, et dès le commencement même il s'y opéra quelque bien.

Beaucoup de personnes, de l'un et de l'autre sexe, convaincues au fond de la vérité des doctrines évangéliques, s'abstenaient pourtant, par des raisons de prudence, de visiter nos demeures ou d'assister à nos prédications. Mais ceux-là même étaient pour nous des auxiliaires. Ils contribuaient sans bruit, et non sans succès, à répandre la connaissance de la vérité et du salut en Christ . Plusieurs d'entre eux devaient leur réveil uniquement à la lecture de nos

publications; d'autres étaient une récompense accordée aux pieux efforts de nos frères indigènes.

La distribution de nos livres prit en même temps des proportions telles, qu'il devint nécessaire que Ton de nous y consacrât tout son temps. Ce fut M. Homes que nous commîmes à cette branche de l'œuvre, et il y trouva de quoi s'employer très-utilement. Les demandes de livres se multiplièrent tellement qu'au printemps de 1843, il nous fut impossible, vu l'insuffisance de nos ressources pécuniaires, de faire produire à noire presse et à notre atelier de reliure de Smyrne de quoi répondre à tous les besoins. En 1842, nous mîmes en circulation dans Constantinople deux fois plus de nos publications que les années précédentes ; il n'en fut pas vendu pour moins de cinq cent cinquante dollars (environ deux mille huit cents francs). Huit ou dix libraires de la capitale en étaient constamment pourvus, et nous parvînmes à en faire pénétrer non-seulement sur à peu près tous les points du pays, mais jusques en Russie, en Géorgie et en Perse. On nous rapporta que quelques-unes d'entre elles étant tombées entre les mains d'un archevêque arménien des environs d'Odessa, il s'écria qu'on ne pouvait être trop reconnaissant envers les hommes qui avaient , dans l'intérêt de ses coreligionnaires, écrit des livres aussi excellents que ceux-là. Tous ces faits paraîtront singulièrement remarquables si l'on se rappelle que, trois ans auparavant, deux bulles patriarcales

avaient défendu au peuple, sous peine de l'anathême, de recevoir ou de lire aucun des écrits sortis de nos presses !

Les chrétiens évangéliques concouraient avec une grande activité à répandre ces livres. On en vit souvent, même pamii les moins riches, acheter un certain nombre de traités pour les donner aux gens qu'ils trouvaient disposés à les lire. Un des principaux banquiers de la capitale profita, dans le même but, d'un séjour de quelques jours que fit chez lui un magnat de l'intérieur. Il fit consentir ce personnage à prendre avec lui une assez grande quantité de nos publications pour les distribuer, à son retour, dans la ville qu'il habitait.

Il en fut de même à Brousse et à Trébizonde, % d'où un grand nombre de volumes se répandirent dans le pays par les soins des agents natifs.

En somme, l'année 1842 vit sortir du dépôt de Smyrne plus de quarante-quatre mille volumes et traités, dont dix-neuf mille volumes en langue arménienne ou arméno-turque. Ces exemplaires représentaient une quarantaine d'ouvrages différents.

La traduction de l'Ancien Testament en arménoturc, à laquelle M. Goodell consacrait son temps et ses forces depuis plusieurs années, fut achevée en novembre 1841, et publiée à Smyrne au printemps de 1842. Avant la fin do l'hiver suivant, le même frère termina la révision de la traduction du Nouveau Testament. Il serait impossible d'apprécier les ser-

vices rendus à la cause de la réformation par ce travail, auquel vint s'ajouter encore une édition du Nouveau Testament en arménien, revue par M. Adger, et imprimée à Smyrne vers la même époque. La Société biblique britannique et étrangère se chargea des frais d'impression de ce dernier ouvrage, et la Société biblique américaine de ceux du premier.

Le respect et l'amour pour la Parole de Dieu étaient dès lors un des traits caractéristiques de la piété des Arméniens réformés. On en a vu passer des nuits entières à la lire, et chez tous perçait le désir le plus ardent de conformer leurs croyances et leur conduite à ce qu'elle enseigne. Un Arménien, que ses co-religionnaires regardaient comme un oracle dans les matières religieuses, mais qui n'était au fond qu'un sophiste présomptueux et très-hostile à l'Évangile, disait un jour à l'un de nos simples et loyaux amis : « Comment se fait-il que vous autres, gens ignorants, vous ayez tant de choses à dire de la Bible, tandis que les hommes les plus sages et les plus savants ne s'accordent pas sur ce qu'elle renferme, et ne peuvent ni la comprendre, ni l'expliquer? — Ah ! répliqua notre frère, c'est que ce livre a été donné précisément pour des ignorants comme moi. C'est, ajouta-t-il, en serrant avec amour le volume contre son sein, c'est mon livre, et avec le secours du Saint-Esprit je le comprends, malgré mon ignorance. Mais, croyez-moi, il n'a pas été fait pour ces sages du monde dont vous faites partie, et toute

votre science ne vous le fera pas comprendre. Vous n'y parviendrez que si vous renoncez à votre confiance en vous-même, et que si vous avouez n'être qu'un pauvre ignorant. »

Le même prétendu savant qui s'était attiré cette réponse, publia peu de temps après contre le protestantisme, un livre dont on dit que les jésuites payèrent l'impression. Ce fut le premier ouvrage de ce genre, que, comme on le verra, beaucoup d'autres devaient suivre. Le vicaire du patriarche blâma hautement et devant plusieurs témoins cette publication comme très-peu sage : « On ne saurait nier, dit-il à cette occasion, qu'il y a dans notre Église des erreurs et des superstitions que nous serions heureux d'en voir extirpées, et qui le seraient • bientôt sans l'appui que leur prêtent l'ignorance et les préjugés du peuple. Or, qu'arrivera-t-il de cette attaque? C'est, inévitablement, que les protestants répondront et en prendront occasion de mettre encore mieux au jour les plaies de notre Église. »

Cependant, notre séminaire résistait à toutes les attaques que lui suscitaient la jalousie et la haine de ses ennemis. Pendant plusieurs mois, les banquiers, les prêtres, les vartabeds, les évêques, et surtout ceux qui s'intéressaient au collège de Scutari, firent des efforts inouïs pour écraser cette institution naissante. Mais, hélas! ce fut, en dépit de toute cette agitation, le collège de Scutari qu'il fallut fermer, tandis que le nôtre vécut, devint de plus en

plus florissant, et ûnit par voir ses ennemis les plus ardents se réconcilier avec lui. Ainsi un ancien vicaire du patriarche, très-hostile d'abord, envoya son propre secrétaire se ranger parmi nos élèves. Ainsi encore, les habitants du village de Bebek, après avoir une fois essayé de mettre le feu aux bâtiments, devinrent les amis les plus chauds de l'institution, et il en fut de même du prêtre qui avait porté devant le patriarche, contre M. Hamlin, les absurdes accusations dont il a été parlé plus haut. Cet homme avoua qu'il avait agi avec trop de précipitation, d'après des renseignements inexacts, et en fin de compte, il plaça son fils dans l'établissement.

Le nombre des élèves s'élevait, à cette époque, à vingt-cinq, tous nourris dans la maison. L'institution rendait dès lors d'immenses services, nonseulement dans ses rapports avec l'œuvre en général, mais encore en attirant un grand nombre de visiteurs, qui se trouvaient ainsi mis en contact avec l'Évangile, et dont la plupart n'auraient peut-être jamais consenti à entrer dans la demeure d'un missionnaire. Tout en restant un établissement éducationnel, le séminaire devint de la sorte un foyer d'influence évangélique rayonnant au loin dans toutes les directions. En moyenne le chiffre des visiteurs était, durant la semaine, de six par jour, et le dimanche de deux fois autant. Ces derniers assistaient ordinairement au service divin. La plupart étaient de Constantinople, mais on y voyait souvent

aussi des gens de l'intérieur que leurs affaires avaient appelés dans la capitale. Les réunions du culte comptaient parfois jusqu'à vingt ou trente de ces étrangers, parmi lesquels ils n'était pas rare d'apercevoir quelques femmes.

Dans le courant de l'automne 1842, deux hommes, que nous avions mis au rang des convertis, et sur le compte desquels nous avions espéré de meilleures choses, se refroidirent et se retirèrent d'avec nous. La persécution de 1839 les avait déjà trouvés timides et plus enclins à rechercher des protections humaines qu'à confesser Christ courageusement en s'appuyant uniquement sur les promesses du Seigneur. Ils avaient ainsi abandonné Dieu; Dieu à son tour les abandonna et, comme de raison, ils tombèrent. Nous ne désespérons cependant pas de les voir se relever.

A Brousse, la prédication de l'Evangile continuait à attirer l'attention, et à cette époque, cent trentecinq personnes y avaient déjà assisté. Un prêtre, dont la conscience était sérieusement réveillée, venait trois ou quatre fois chaque semaine s'entretenir avec M. Serope, le pieux évangéliste de la station. Un autre ecclésiastique, poussé par les mêmes motifs, lui rendait aussi des visites, quoique moins régulièrement, et deux nouveaux personnages très-intéressants entrèrent à peu près à cette époque en rapport avec la mission. L'un d'eux faisait des tableaux

d'église, mais n'eut pas plus tôt connu la vérité

qu'il prit la résolution d'abandonner un état dont les ressources tenaient à des pratiques idolâtres, et de gagner sa vie d'une manière plus chrétienne. L'autre, natif d'Érivan, non loin du mont Ararat, reporta au loin, en reprenant le chemin de cette ville, des idées religieuses bien différentes de celles qu'il avait eues en la quittant; il avait dans ce voyage appris à connaître véritablement Jésus-Christ comme le Sauveur de son âme. Deux ou trois prêtres des villages voisins paraissaient aussi sincèrement occupés à la recherche du même salut. On peut citer encore, comme un fait intéressant, que deux jeunes gens de Brousse, l'un et l'autre sérieux, et dont l'un surtout nous donnait beaucoup d'espérances, furent appelés à diriger des écoles de village aux frais des habitants eux-mêmes. Ces deux instituteurs exercèrent une influence chrétienne très-sensible, non-seulement dans leurs écoles, mais encore au sein des populations qui les environnaient.

Quelques signes d'opposition parurent cependant menacer alors l'œuvre de la réforme dans cette ville. Un évêque, nouvellement arrivé, commença par donner aux deux instituteurs l'ordre positif de cesser toute relation avec les missionnaires. « Ces hommes, disait-il, sont des impies; ils ne croient ni à. l'intercession, ni à la virginité perpétuelle de la sainte Mère de Dieu, ni à la présence réelle du corps et du sang dans l'Eucharistie, etc., etc. » Il

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interdit également au peuple la lecture de nos publications. Mais il est juste de dire que toute son opposition se borna à des paroles, et qu'en conséquence, elle excita fort peu l'attention du public.

L'influence de la station de Trébizonde avait été considérable, sans que pourtant on y eût pu signaler un grand nombre de conversions. Des vingt ou vingt-cinq personnes qui fréquentaient plus ou moins régulièrement les services du dimanche, deux seulement avaient donné des marques satisfaisantes de piété. Mais cinq ou six autres inspirèrent des espérances, et on pouvait dire de toutes qu'elles écoutaient la Parole de Dieu avec des dispositions sérieuses. Un fait remarquable, c'est que dans le synode local de la communauté arménienne, corps composé de six individus, deux étaient amis décidés de la mission, et qu'on en pouvait dire autant de tous les prêtres, à l'exception d'un seul. On parlait aussi d'un prêtre qui, dirigeant une école importante dans un village des environs, agissait en homme éclairé et se servait de son influence pour favoriser la propagation des saintes Écritures. Quelques individus de la station eurent à souffrir de la part de leurs familles, mais, grâce à Dieu, tous les efforts tentés pour faire intervenir le pouvoir civil dans ces différends, restèrent inutiles. Au printemps de 1843, l'esprit de recherche fit de rapides progrès. Cinq ou six personnes nouvelles se mirent à sonder les Ecritures et à suivre les prédications. Il en résulta quel-

que agitation d'une nature peu bienveillante, et pendant quelques dimanches consécutifs, les frères durent aller, par prudence, tenir leurs assemblées dans les champs.

A Erzeroum aussi, quelques prêtres, dégoûtés de leur système religieux, commencèrent à se montrer désireux « de choses meilleures. » L'un d'eux alla jusqu'à exhorter ses paroissiens à croire et à vivre selon les Évangiles. Plusieurs laïques manifestèrent aussi de l'intérêt pour les choses spirituelles, et au commencement de 1843, cette catégorie comprenait au moins une vingtaine de personnes. Un service religieux, établi dès l'année précédente par M. Jackson, vit en conséquence s'accroître de beaucoup le nombre des assistants. Ces faits étaient quelque chose de tout nouveau pour Erzeroum, qui avait jusqu'à ce moment donné beaucoup moins d'espérance qu'aucune des autres stations. Mais, comme il arrive ordinairement, le succès donna naissance à la persécution. L'évêque du lieu était absent, mais quelques-uns des magnats proférèrent des menaces contre le prêtre, contre l'instituteur de leur école, qui était un homme évangélique, et contre un autre jeune homme attaché au service de la mission. L'évêque, averti par lettres que le protestantisme gagnait du terrain dans son diocèse, se hâta de revenir. Les grecs et les catholiques romains travaillaient de toutes leurs forces à accroître l'irritation. L'évêque fit comparaître devant lui le jeune homme

attaché à la mission et lui enjoignit de quitter la ville dans quatre jours, mais cet ordre ne fut pas exécuté. Le prélat, dénonçant ensuite les missionnaires en pleine église, défendit au peuple d'avoir avec eux le moindre rapport. Le prêtre avait été dès Pabord privé de ses vêtements sacerdotaux, c'est-à-dire suspendu de ses fonctions ; mais quelques jours après, l'évêque le fit venir, l'accabla des plus grossières injures, et donna ordre qu'il fût lié et qu'il reçût la bastonnade ; mais aucun de ses gens ne voulut se rendre coupable d'un tel outrage sur la personne d'un prêtre, ce que voyant, le prélat se chargea lui-même de cette indigne exécution. Le patient compta vingt-cinq coups, après quoi il s'évanouit, de sorte qu'il ne put dire à quel chiffre s'arrêta l'évêque. Quand celui-ci fut fatigué, il fit passer une chaîne autour de sa victime, et le pauvre prêtre passa la nuit en prison. Le lendemain, l'intervention de quelques amis parvint cependant à le faire relâcher, et le jour suivant, ce même homme eut le courage de déclarer à l'évêque, en présence de plusieurs témoins, que malgré le traitement qu'il venait de subir, il continuerait à lire et à enseigner l'Évangile.

Ce fait est d'autant plus triste à raconter que l'évêque qu'on y voit figurer, avait lui-même cher-

ché pour un temps la vérité et avait eu à souffrir pour elle. C'était un de ceux qu'une sentence d'exil avait frappés sous le patriarchat d'Hagapos, en

1839. Mais comme la vérité n'avait pas poussé dans son cœur d'assez profondes racines, il avait suffi de l'épreuve pour l'en extirper, et depuis sa rentrée au pouvoir, peu d'autres ecclésiastiques du pays se sont montrés adversaires plus haineux et plus violents de la foi protestante. On peut bien dire de cet homme que sa dernière condition est pire que la première.

Pendant que ces choses se passaient àErzeroum, le Seigneur accordait d'admirables faveurs à nos frères d'Adabazar. Au printemps de 1842, levartabed leur donna la permission formelle de s'assembler chaque dimanche dans une maison particulière pour s'y adonner à la prière et à la lecture de la Bible. De vingt-cinq à cinquante personnes prenaient habituellement part à ces réunions. Cependant il y avait là aussi des adversaires de l'œuvre, épiant avec vigilance l'occasion de l'entraver. Au printemps de 1853, une visite de l'évêque du diocèse sembla la leur fournir. Ce prélat n'était autre que l'ex-patriarche Stepan. On lui dénonça nos frères comme une secte nouvelle, foncièrement hérétique dans ses croyances et ardente à en répandre de toutes parts le venin. L'évêque prit les noms des principaux membres de cette prétendue secte, et les ayant fait venir devant lui , leur demanda quelques explications. Ils lui répondirent qu'ils ne s'étaient pas séparés de l'Église arménienne, mais qu'ils avaient adopté les saintes Écritures pour unique règle de

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leur foi et de leur conduite ; qu'ils s'efforçaient de sanctifier le dimanche, de s'abstenir du mensonge, des jurements, des blasphèmes, et en un mot de se conformer en tout aux règles posées par Jésus- Christ. Le prélat leur adressa ensuite , dans le but de s'éclairer lui-même, quelques autres questions, puis il déclara qu'il ne trouvait aucun fondement aux accusations portées contre eux : « Ce que vous avez à cœur de faire, ajouta-t-il en les congédiant, est une chose excellente. Plût à Dieu que notre Église entière s'y appliquât également! Retournez donc dans vos demeures et continuez paisiblement à marcher dans la même voie. »

Un peu plus tard d'autres accusateurs, reproduisant à peu près les mêmes griefs , prièrent encore l'évêque de s'opposer aux protestants. « Mais quel est donc leur crime? demanda Stepan. — Ils ne font que de lire le Nouveau Testament et que de prier. — Lire leNouveau Testament ! s'écria alors l'évêque, mais pourquoi ne le liraient-ils pas? Ce livre n'estil pas le seul fondement de notre foi? Ne le recevonsnous pas tous comme tel? Avons-nous une autre loi? Ah ! qu'il serait heureux que sous ce rapport, vous ressemblassiez tous à ces gens ! »

A Nicomédie l'œuvre avait tristement langui pendant quelques mois; mais durant l'été de 1842 on la vit reprendre une vie toute nouvelle. Un des symptômes en même temps qu'un des fruits de ce réveil fut l'accroissement du nombre des assistante

aux réunions de prières qui avaient lieu la semaine. Il s'éleva rapidement du chiffre de six ou huit à quarante ou cinquante. Beaucoup d'âmes s'y montrèrent sérieusement occupées des choses du salut ; c'en fut assez pour que les émissaires de Satan se missent aussi en mouvement. Quelques-uns des frères les plus notables furent cités devant l'évêque sous l'accusation d'hérésie ; mais ce prélat était encore Stepan. Il examina l'affaire et se prononça comme il l'avait fait à Adabazar. Il alla même plus loin, car le dimanche suivant et dans l'église même* il s'exprima en ces termes : « J'ai examiné l'affaire de ces gens (les protestants) et me suis convaincu qu'ils se bornent à se réunir dans le but de lire l'Évangile et les Psaumes, habitude très-louable et que je voudrais voir répandue partout. J'ai aussi examiné leurs livres et je n'y ai rien trouvé de mauvais. Ils sont au contraire excellents. Abstenez-vous donc désormais de leur vouloir du mal, et appliquez-vous plutôt à vivre en paix les uns avec les autres. » -

Un des traducteurs employés à Smyrne commença, dès cette époque, à donner des signes de réveil, et trois Arméniens de Kaiser ieh, de passage dans la même ville, y prirent un profond intérêt à des conversations religieuses. Ainsi la salutaire influence du Saint-Esprit se fit, jusqu'à un certain point, sentir à Smyrne, comme sur à peu près tous les autres points du champ de la mission.

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