LE> APOSTAT- REPENTIS
communion^ mais on voulait attendre que la crise eût cessé et que les évoques aient pu s'entendre. Ce délai sembla trop long aux intéressés ; ils s'agitèrent, ils
apitoyèrent les confesseurs, ils gagnèrent à leur cause cinq prêtres, dont un certain Xovatus ; ces prêtres
homme d'autorité. Parfois même il i)arais5ait letro à l'excès... Cette physionomie compie.xe avait pourtant son unité. Au témoignage du diacre Pontius qui l'avait vu longtemps de près. Cyprien était, par-dessus tout, « un homme d'un génie providentiellement équilibré »... En effet, l'impression dernière dans l'étude de son caractère comme de sa politique, c'est un heureux équilibre de qualités très diverses » [Monceaux, II, ^37-23-.tj.
Cyprien a beaucoup écrit. Voici, d'après Monceaux. II, 258. dans leur ordre chronologique, ses principaux ouvrages : avant 249, ad Donafum: 2*9-2.50, de hahifu virrjinum, teslimonia ad QuiHnum : quod idola dii non sinl ; epistola», 1-40 : — 2.01-2.52 : de lapsis, de ca/holicce ecclesiœ unilale. de dominica oralione : ep. 41-60 : — 253-254 i?) : ad De/nelrianiim, de mortalilate ; de opère et eleemos;/nis ; ep. 61-68; — 255-258 : de bono palienlise : sententise episcopovum: de zelo et livore : de exiiortatione nuutyrii ; ep. «j'.J-Sl. — Ces ouvrages sont, soit des écrits apologétiques, défendant le Christianisme ou attaquant le Paganisme, à l'exemple de Tertullien et de Minucius Félix, soit des écrits qui visent principalement les fidèles, attaquent la coquetterie des femmes ou l'envie, prêchent la prière, la résignation, l'aumône.
Sur la théologie de Cyprien, — moins personnelle que son itccent. — voir infra, p 37-42.
Sur Cyprien en général, consulter Peters : Det' heil. Cyprian, 1877; Fechtrup : Dev heil. Cypr'ian, 1878, Munster; Freppel : .^'. C>/prien et l'ér/lise d'Afrique au lll' siècle, 1865. 3'^ éd.. 181J0. Paris: Benson : Cyprian, lus life, his lime, his v:ork. London. 1897; Monceaux : Hist. litt. de l'Af'r. chrétienne, II, 1902: Bardenhewer : Geschichte der altkirlichen Litteratur. II, Freiburg, 1'j03. 394. sq. : liarnack : Geschichte der altchristlichen Litteratur. l et II, 2.
Principales éditions : Fell et Pearson, Oxford. 1686; Maran. Paris. 1726 [reproduite dans P. L.. 4, 3 et 5]. La meilleure édition d'ensemble est celle de Hartel, Wien, 1868-1871, 1 volume en 3 parties. [Voir la collection de H. Ilurter : .S. ^s'. Patrurn Opusc. Selecta, 1, 4, 5, 11.]
36 l'k(1LISE impériale : la vie chrétienne
consentirent à célébrer les saints mystères pour ceux qui pouvaient produire un billet de recommandation délivré par un martvr. a C'était l'usage que des recommandations de ce genre fussent prises en considération par les évoques et servissent à abréger pour les pécheurs le temps de la pénitence canonique; mais il nétait pas dans Tordre » que ces indulgences détruisissent la discipline. Cest pourtant ce qui arrivait; les confesseurs traitaient lévéque de très haut; leurs recommandations ressemblaient fort à des ordres. La situation était très tendue. Cyprien sentit le besoin de faire intervenir léglise romaine, qui nhésita pas, du reste, à approuver très explicitement sa conduite. Mais ses adversaires suivirent son exemple : ils députèrent à Rome Novatus, et Xovatus gagna à ses idées plusieurs prêtres romains, le plus savant d'entre eux, notamment, Xovatien. La querelle dégénérait en schisme : Xovatus et Xovatien expédiaient des lettres à toutes les églises. Il fallait en tinir. Corneille et Cyprien réunirent deux conciles, à Home et à Carthage, décidèrent que les apostats seraient admis à la pénitence et réglèrent à quelles conditions. Xovatien, amené à préciser sa position, fort indécise à l'origine, adopta une attitude rigoriste : anathèmc perpétuel aux déserteurs, tel fut le mot d'ordre de sa secte. Elle rallia ladhésion de Marcianus, évèque d'Arles, etdeP'abius, évéque d'Antioche, sans compter plusieurs communautés de Syrie, d'Arménie et dLgypte. La question parut même si grave que Firmilien, d'accord avec
LE SCHISME NiJVATIEN 37
Hélénus de Tarse et Théoctiste de Césarée de Palestine, résolut de réunir un grand concile à Antioclie ; par bonheur, Denys d'Alexandrie lit prévaloir auprès d'eux les idées de Corneille et de Cyprien : les progrès du novatianisme furent enrayés, et la conduite de ri{glise désormais fixée ^
' Sur l'affaire de la réintégration des apostats, voir Duchesne. I. 40:2, sq. que je résume ici. L'absence de Cyprien contribue à expliquer l'arrogance des coupables. Parmi les confesseurs, on remarquait un certain Lucien, qui se disait mandataire d'un certain Paul, martyr. « Commnnicet ille cum suis, écrivait-on à l'évéque. Le ct/m suis était aussi large que le conimunicet était peu poli » ( Duchesne I. Avec Novatus, un des chefs de la cabale carthaginoise était le riche laïque Felicissimus. Lorsqu'il est excommunié, fin 250, et que Novatus part pour Rome, la situation de Cyprien est menacée : le prêtre et confesseur romain Moïse, qui a pris son parti, vient à mourir en janvier ou février 2hi ; d'autre part, le siège de Pierre est libre, on prépare l'élection d'un nouvel évêque, et Novatien est candidat. Par bonheur pour Cyprien, Novatien est écarté et c'est Corneille qui est élu, mars. :2ol. [L'église romaine était sansévéque depuis janvier 230, martyre du pape Fabien. C'est vers juin 2.30 que Cyprien a recouru à Rome.]
Cyprien n'était pas au bout de ses peines. Novatien et sa con Ire-église, Felicissimus et ses partisans — les Infelicissimi comme on les appelait — échouèrent sans doute lorsqu'ils voulurent détacher de lui l'épiscopat d'Afrique : seul consentit à les suivre un évêque déposé, Privât de Lambèse ; et le concile de Carthage du 15 mai 252 parvint à rallier la plupart des lapsi autour de l'évéque légitime. Mais, à Rome. Felicissimus semble avoir fait « chanter » le pape Corneille ; il le menaçait de publier des lettres infamantes pour Cyprien, et Corneille consentit à négocier. De quoi, Cyprien se montra très froissé [ep. ji9J. été 2.o2. La persécution de Gallus qui commençait, l'exil de Corneille à Cività Vecchia rapprochèrent les deux pontifes et les deux églises. Cyprien félicitait Lucius. le successeur de Corneille, d'avoir confessé la foi. « Toute la correspondance de S. Cyprien témoigne de l'union entre les deux sièges de Rome et de Carthage. do leurs fréquentes rclalions. et du respect particulier des Africains
L'union de Carthagc et de Rome avait affermi la paix et sauvé l'unité ; leur désaccord dans la question du baptême des hérétiques faillit compromettre ce résultat. Partout, après la persécution, se dissolvaient les communautés iiérétiques ; leurs membres demandaient
pour l'éij^Iise do Rome, « l'é^jUse principale {princi palis) d' oit procède Vunite sacerdoUde (ep. o'J, J4) » [Diicliesne. I. 418]. C'est la formule d'Irénée transmise à Cyprien par Torlullien. Voir Turmel : Hist. du doi/me de la papauté, p. 94.
Pour plus de détails, voir Monceaux : op. laud.. II. 2ti-36. 41o2. On connaît trois conciles de Carlhage relatifs à cette affaire : ils se sont tenus en printemps â.il [pardon aux Ubellatici. pénitence aux sacrificali, à moiiis qu'ils ne soient mourants], mai i^j2. fin 2.o;). — Voir aussi Hcfele-Leclercq. I, :2. 105. sq. D'après Duchesne. 1, 419, le concile dAfrique se réunissait régulièrement au moins une fois l'an, au printem[)s (sauf les temps de persécution'.
En Espagne, environ ce temps, on connaît une affaire analogue à laquelle Carthage et Rome furent aussi mêlées. Deux évéques espagnols renégats de Merida et de Léon. Uasilide et Martial, voulurent reprendre leurs sièges, avec lappui de quelques collègues et du |)ape l-.tienne, qu'ils avaient tronq)é. La majorité de l'épiscopat espagnol s'adressa à Cyprien qui convocpia à Carthage un concile de 37 évéques : la déposition des deux indignes fut cordirméo [Cypr., ep. (jSJ.
Harnack attribue à Sixte II une homélie contre Novatien assez violente (Chron., II. 387). — Peut-être celui-ci est-il mort martyr au tem|)s de Valérien [Socrate, IV, 28]. Dès 2'10, c'est un des prêtres romains les plus considérés. Pendant, la vacance du siège pontifical [janvier 2o0-mars 251], c'est lui (pii écrit deux des lettres adressées à Cyprien par l'église de Rome. Nous avons conservé de lui un de spectaculis., un de bono pudicitiœ, un Lrailc de la Trinilé, autrefois attribué à Terlullien dl est imi)rimé dans Migne P. L.. 3. 861-870), une lettre de cibis iudaicis, où les réminiscences de Sénè(iue ne sont pas rares [Landgraf et Weyman : Xovalianf< epislula de cibis iudaicis. Arcliiv. fur lateinisclie Lexikographie und Grammatik, XI, 2, (1898), 221 : et Philologus, ;i2, 728].
[Il est ceitain que les Tractafus Orif/enis de libris ss. scrip/uranoii n'ont pour auteur ni Origéne, ni ISovatien, mais Grégoire d'Elvire.]