‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 24 sur 110 · LA PERSECUTION REPREND · texte numérisé non relu

LA PERSECUTION REPREND

1ère, les intrigues de la chancellerie lirent le reste. Loracle d'Apollon à Milet dénonça les chrétiens. « L'empereur fit raser la cathédrale de Xicomédie et, le 24 février 303, parut un édit qui ordonnait : 1° la cessation des assemblées chrétiennes ; 2" la destruction des églises ; 3° la destruction des livres sacrés : 4° l'abjuration de tous les chrétiens sous peine de dé^-radation et de mort civile ou dasservissement. » Dioclétien consentait à la persécution, mais il ne voulait pas qu'elle fût sanglante ^. Galère et les bureaux lui forcèrent la main : ils imputèrent aux proscrits l'incendie qui. à deux reprises, éclata au palais impérial. Dioclétien se crut trahi, et, bientôt, les rues de Mcomédie ruisselèrent de sang-.

Les gouverneurs de province, lentement, ouvraient les yeux : c'est à peine s'ils voulaient croire que la persécution revenait ; lentement, ils se mirent en devoir d'abattre les églises, de confisquer les cimetières, de rechercher les livres saints'. Au lieu du contre-

' Lactance : de m. pers., 11-13: Eusèbe, viiu -2: ix, 10. — La démolition de l'église de rs'icomédie date de la veille du jour où fut publié le premier édit.

- « Eusèbe attribue lincendie au hasard, viii, G; Constantin, qui était sur les lieux, à la foudre {Orat. ad .s. cœt., 2b, 2). » Allard : p. 1-3, note 2, Le Christianisme et l'einpire romain. Je lui emprunte les citations du gros texte. — Valeria et Prisca doivent sacrifier ; sont martyrisés Adauctus, Pierre, Dorothée, Gorgonius, Tévêque de Nicomédie, Anthime.

^ Allard, p. 125. Les autorités s'occupent surtout de confisquer les immeubles ecclésiastiques et de rechercher les livres saints. Nous avons encore le très curieux procès-verbal de saisie qui a été dressé dans ces circonstances k Cirta [Gesta apud

58 L Ef.LISE IMPERIALE : LA VIE r.IIRÉTIENXE

ordre que l)eaurouj) adciHlaionl, co furent doux édits nouveaux qu"aj)jK)rta. dans le courant de Tannée, le courrier de Nicomédie : ordre était donné d'emprisonner tous les clercs et de les contraindre à sacrifier sous peine de mort^ Au flébut de 304, enfin, le parti vieuxromain est devenu souverain maître ; un quatrième édit commande à tous les chrétiens, indistinctement, de sacrilier aux idoles. Cette fois, c'est la persécution i^énérale, c'est la (erreur ([ui renail. Mlle u lit les uns (( martyrs, les autres confesseurs, d'autres renégats, « épargnant ceux-là seuls qui j)arvinrentà se cacher ». Parfois, pour aller plus vite, on en tuait plusieurs à la fois : en certains lieux, on compta dix, vingt, trente, jusqu'à soixante et cent exécutions par jour; il y eut môme de vrais massacres, comme celui où périt toute la population d'une ville de Phrygie, dont les habitants avaient embrassé le Christianisme-.

ZeuophiUnn consulnrem, rdilion d'Oplat pnrZiwsa. p. 18(i 188, ou Gobhardt : Aitsgeir. Mûri, aclen., J87: la saisie a vW prali(iiit''0 par le flamine j)erpétiiel Miinalitis Félix chez Tévèque Paul, le 19 mai 303. Monceaux, m, 1)3] ; à Rome, on remplit de terre les cryptes les plus précieuses des catacombes. Un certain nombre d'évécpies livrèrent les Kcritures : tels, Paul de Cirta, Donat de Maxula. les chrétiens d'Aptonge [Augustin : contra Cresc, IH, 30. et Gesta purrjalionis Felicis, P. L., U. 510 et 8, 715]. D autres préfèrent la mort à ce déshonneur: Félix de Thibiuca [Ruinart, 1859, 376: Monceaux, 111,34], Euplus de Calane | A. Dufourc(| : Èhnlpsuv les gesta vuivlyrum romains. H, 177] ; Mcnsurius do Garthage livre à la i)lace des livres hérétiques ; Agapé, Ghionié et Irène de Thessalonifjue les emportent dans les montagnes [Ruinart. 424, ou Knopf, 91.]

• Fusèbe. vni, 0 ; Marh/r. Pal., praef.

' Eusèbc : Mari. Pal . 3 : Optât : desc/iism. bonul. 1, 13; — Voir

LA PERSECUTION' EN OCCIDENT o9

Au bout de deux années, en 306, rOccident respira sous le gouvernement de Constance Chlore devenu Auguste et durant les guerres civiles qui mettaient aux prises Constantin, Maxence et Maximilien Hercule ^ Mais, en Orient et dans les pays danubiens, la guerre redoubla : Dioclétien retiré à Salone était remplacé par Galrre, l'homme de la persécution ; son césar, Maxiiniii Daïa, ([ui gouvernait sous ses ordres l'Egypte et

Eiisèbe, VIII. 11 ; Lactance. v, 11 ; — VoirAllaid, 12'J-13iJ.et Persécution de Diocléllen. I, 276-466 : Dufoiircq : Étude sur les Gesfa marlyrum rohiains. II. 1, a montré que les gestes de S. Maurice et des Martyrs thébéens n"ont aucune valeur historique : de même les gestes de S. Sébastien. — En général, on exigeait que chacun sacrifiât publiquement [Eusébe : Mart. Pal., 3; Optât : III, 8; Bull. arch. crisL, 1876. pi. III, n° 2]. [Allard, l^'J].

Sur les défaillances des chrétiens dans cette crise, voir la lettre de Pierre, évèque d'Alexandrie, écrite au début de 300 [Routh : Rellquiae Sacnte, IV, 53 ; Allard. V, 31-3o].

D'après Eusébe, viii, 6, la persécution fut particulièrement dure en Afrique et Mauritanie. Pour ces pays, « les groupes de trente, cinquante, cent noms de martyrs reviennent très fréquemment tout le long du » férial hiéronymien [Duchesne. II, 47-48]. Voir les actes de Crispine de Théveste, exécutée le 5 décembre 304. Ont été retouchés, d'après Duchesne, les actes des saintes de Tuburbo [Analecla, IX, 110], de S. Mammarius [An., IV, 93], de ^lartienne. de Fabius et de Tipasius. Là-dessus, voir surtout Monceaux, III. 93 sq.

Quelle est la valeur des actes de Tarachus, Probus et Andronicus ?

' Maximien regrettait le pouvoir : d'abord uni à Maxence, il l'attaque bientôt, s'allie à Constantin (307-308) et se tue en 310.

Constance Chlore n'a pas voulu persécuter les chrétiens : il s'est borné à démolir quelques églises. Eusébe : Vita ConsL, I, 15-17; P. G., 20, 932. Constantin sera aussi favorable aux chrétiens que Constance : cf. infra. Il semble aussi que Sévère et Maxence les aient laissés à peu près tranquilles. Z)è.v .'?06', la persécution cessa donc en Italie. Sicile. Gaule. Espagne. Mauritanie. Afrique [Eusébe: Mart. Pal., 13].

la Svric, rpousa l)i(Mil(M sos maximes, o Tn nouvol édit commanda aux j^ouvcm'ikmh's de contraindre les habitants à sacrilier i)uhliqnem(Mit aux dieux. La violence des bourreaux fut (wtrème ; on cite des raflinemcnts de cruauté jusque-là inouïs. » Et la grossièreté des magistrats impériaux égale leur violence : ils apparaissent souvent comme des parvenus de bas étage : on les voit profiter de leurs fonctions pour servir leur cupidité ou assouvir leurs passions; beaucoup de chrétiennes préfèrent le martyre, le suicide même, au déshonneur. A coté de jeunes gens, impitoyablement torturés, on voit, |)armi les victimes, un docteur comme Pamphile, fondateur dune immense bibliothèque chrétienne, des évéques comme Pliiléas : « les abords de Césarée, transformés en un charnier horrible, rassemblent les chiens et les oiseaux de proie. Les carrières de Thébaïde, les mines de Cilicie, de Palestine et de Chypre voient arriver de longues chaînes de confesseurs, aveugles ou inlirmes : on décapite en route ceux qui ne p(nivent marcluM' » ^

' De pai- i'cdit de 300, des liérauls parcouniient les rues et convoquèrent les chefs de famille dans les temples. Les tribuns des soldats firent d'après des ret,Mslres ra|)pel nominal [Kusèbe. M(irt. l'ai., i. cité par Allard, 13:'.-i:!4]. — Iai pevscculhm dura, ah-oce. en Orient et «tans les pays Imllcaniques et danubiens jits. (juau :W avril SU : elle fut interrompue à cette date. inoj)inémenl, par un édit de Galère [La<-tance: Mort. l'ers., 'AA-'M ; Eusèbe. VIII. nj: atteint d'une affreuse maladie dès février illO [Lactance: Murl. Pers. Xi; Tillemont, IV. Jli], Galère avait en vain demandé au.x dieu.x sa j^uérison : il se tournait maintenant vers le Dieu des chrétiens î II eut aussi peu de succès et mourut le .H mai 311 ISchilli-r. II. IS31. l/édil constatait l'impuissance delà

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