LA CONVERSION DE CONSTANTIN
regards; il était témoin du découragement des chefs; en même temps, il se rappelait avec une terreur superstitieuse les opérations magiques auxquelles recourait son rival. La nécessité de s'appuyer sur un secours plus haut lui apparut avec une irrésistible force ; il comprit quil ne pouvait rien s'il n'avait Dieu pour lui. « L'empereur se mit alors à implorer le se- « cours de ce Dieu (qu'adorait son pèrei, le priant, le (( suppliant de se faire connaître à lui, et, dans la crise c( présente, de lui tendre une main favorable ^ >) Sa prière, si intéressée qu'elle fût, était une vraie prière : c'était un aveu d'impuissance et de misère ; si mêlé d'ambition que fût son désir de la vérité, ce désir existait ; si intéressé qu'en fût le mobile, sa conversion était sincère. — Aussi, le jour qu'il passe les Alpes, comme le soleil décline à l'horizon, une croix lumineuse paraît au ciel au-dessus du soleil : elle porte cette inscription : « Par ceci, sois vainqueur. » Et la nuit suivante, le Christ lui apparaît et lui commande de faire faire une enseio^ne militaire sur le modèle de
' Pour comprendre cet état d'esprit et apprécier !a sincérité de Constantin, il est utile de se rappeler l'attitude de Galère demandant aux chrétiens d'implorer leur Dieu pour lui, et celle de Maxi^ min qui fait tuer, au moment de sa mort, les prêtres païens ses conseillers. Et je rappelle encore que les Païens eux-mêmes n'hésitaient pas à expliquer la victoire de Constantin par une intervention de la divinité. En iilo. le .Sénat dédie un arc de triomphe à Constantin : on y lit les deux mots fameux : insfinclu dlvinitalis. C. I., L-, Y[. lO.VJ. Voir Bull, ai-ch. crist., 18)i3, 49, 37 et surtout Boissier : La fin du puf^anisme, I, 7-il ; Duchesne, II, 5G-G1 ; AUard; Burckhardt : DieZeit Konstanlin's des Grosseti, 1880, 2<^ éd., Leipzig.
66 f^ i:i.r.isE imi'kriale : la me chrétienne
l'apparition. Le 28 octobre 312, les troupes deMaxence sont enfoncées au pont Milvius ; le 29, Constantin entre vainqueur dans Home ; et, six mois après, à Milan, il témoigne solennellement de sa reconnaissance envers Dieu auquel il doit la victoire.
L'édit de Milan établit la paix ei inaui^ure lalliance de l'empire avec l'Eglise. Deux religions sont désormais licites, le Christianisme et le Paganisme : « Nous « voulons, dit Constantin, que chacun de ceux qui ont « la volonté de suivre la religion chrétienne le puisse « faire sans être aucunement molesté... Nous avons « donné à ces chrétiens l'absolue liberté de suivre {( leur religion. » Puis, sentant peut-être déjà qu'il y a lieu de rassurer les Païens contre toute crainte de représailles, il ajoute : « Ce que nous leur accordons, (( nous l'accordons aussi aux autres. )> Ce n'est pas tout. Constantin veut cultiver l'alliance de ce Christ dont il a éprouvé la puissance. « En toutes choses, « écrit-il à ses gouverneurs, vous devez prêter votre « assistance à ce corps des chrétiens... Veuille la (( faiseur divine que nous avons éprouvée en de si « grandes choses nous procurer toujours le suc-
' L'édit de Milan date de mars 313 [Ailard. V, 24:2; de janvier 313, llerzberg. III. '20 i : juin 313, Boissier, R. D. M., 1887, IV, 522; nov. 312. Mason, 327-330 et 374: d'après Goyaii : Chron..
3871 Nous n'en avons plus le texte. Seulement, nous lisons
dans Lactance : Mort. Pers., 48 et dans Eusèbe. X, 4, le te.xte d'un édif donné par Licinhis à Mcomédie, le l:i juin .11:^ : cet édit abroge toutes les mesures anti-chrétiennes que Maximin a prises; il reproduit ensuite, en substance, l'édil de Milan, dans ses dispo-
ALLIANCE DE L ÉGLLSE ET DE LEMPIRE 67
L'alliance des deux puissances,, naguère ennemies, établit entre elles des rapports intimes; il en résulte naturellement une lutte d'intluence. Les traditions impériales sont d'abord les plus fortes; puis, c'est le tour des traditions chrétiennes, qui prévalent.
L'autorité de Constantin est telle qu'il ne sent pas le besoin de l'étendre en empiétant sur le gouvernement de l'Église; sa foi chrétienne est assez éclairée et assez forte pour qu'il ne se reconnaisse pas le droit normal de le faire. Mais il a nettement conscience qu'il est responsable du bien public, de la tranquillité et de la prospérité de l'Etat; et il ne sent pas moins vivement qu'il est comptable envers Jésus-Christ, son protecteur, de l'usage qu'il doit faire de sa toute-puissance dans lintérèt de l'Église. Que certains troubles éclatent, et Constantin, pour une double raison, se croira tenu
sitions générales (liberté religieuse pour tous, particulièrement pour les chrétiens) et dans ses dispositions spéciales (restitution immédiate des propriétés ecclésiastiques, en quelques mains qu'elles soient) [voir à ce propos la lettre de Constantin et Lici. nius à Anulinus, proconsul d'Afrique, Eusèbe, x, 5]. Voir Duchesne. H, o4-3U et AUard, liÙ-loO : Heikel [Eusebius, éd., Berlin. I, p. Lxvi] et G. Schnyder : Uédito di Milano [Atti d. pont. Acad. rom. ser. II, vol. 8].
C'est à ce moment, vers 313-314, que Lactance écrit son de morlibus persecatoruni : « il célèbre avec une joie passionnée, presque cruelle, l'écrasement définitif des empereurs païens. Le souvenir des tortures subies jusqu'alors par l'Église se réveille dans l'àme de l'auteur: il rappelle tous ces supplices, et la mort qui presque toujours est venue venger les chrétiens de leurs tyrans. L'aigreur de la rancune et Tivresse du triomphe donnent aux sentiments quelque chose d'impétueux, de sauvage, au stvie une allure rapide et brusque ». — L'authenticité du livre a été établie, contre Brandf, par Pichon : Lactance..., Paris, 1901.
G8 l'église IMPÉniALE : LA VIE CHRETIENNE
d'agir ^ Il obéit à son (k'voir de chef dKtat, soucieux du l)ien pul)lic, lorsque, par une loi de 3^0, il enjoint de n admettre aux ordres sacrés que « les gens de petite fortune ». Les membres des aristocraties municipales, qui, très souvent, sont chargés de percevoir limpôt, répondent sur leurs biens personnels de la somme totale exigée par l'empereur : qu'adviendra-t-il des finances impériales si les vocations ecclésiastiques des riches leur dérobent peu à peu leurs fermes garants ? — 11 obéit à son devoir d'instrument de Dieu lorsque leNovatianisme semble ressuscitera Garthage et que la rancune d'un ambitieux, exploitant la rivalité des confesseurs et de l'éveque, engendre dans toute lAfrique un schisme opiniâtre. Majorinus, puis Donat, groupent autour d'eux les fidèles et les évéques qui ne reconnaissent pas Cécilieii : l'hostilité des deux partis s'exaspère; l'unité et la paix sont compromises. Constantin s'inquiète : il renvoie l'examen de 1 affaire à un concile convoqué à Home : « Il ne vous échappe (( pas, écrit-il au pape Miltiade, que je porte un tel « respect à la religieuse et légitime Eglise catholique, « que je voudrais ne voir subsister entre vous ni « schisme, ni divisions. » 11 écrit au vicaire d'Afrique : « Je confesse à votre gravité que je ne me crois pas « permis de tolérer ou de négliger ces scandales qui « peuvent irriter la divinité, non seulement conln^ le « gein-e humain, mais coiiliH^ jiioi-mème, j)uis(pi(\ par
' .l'ulilisr ici li's noies d'un coins |»iolVi>sr par iM*' Diiclicsiic il l'École des Hautes ÉUides.
POLITIQUE ECCLESIASTIQUE DE CONSTANTIN f)0
« un acte de son bon plaisir céleste, elle ma confié la « terre entière à gouverner; émue contre moi, elle « pourra prendre quelque autre décision. Je ne pource rai donc être réellement et pleinement tranquille, et « me promettre un bonheur complet de la bienveil- « lance du Dieu tout-puissant, que lorsque je verrai « tous les hommes, réunis dans un sentiment frater- « nel, rendre au Dieu très saint le culte de la religion « catholique. » Lorsque le concile d'Arles déclare valide, pour la seconde fois, la consécration de Cécilien, lesDonatistes en appellent à l'empereur, et l'empereur veut se récuser. « Ils demandent mon jugement, s'écrie- « t-il. moi qui attends le jugement du Christ!... Je le (( dis en vérité, le jugement des prêtres doit être reçu « comme si Dieu en personne était assis sur leur triée bunal ; car il ne leur est pas permis de penser et de « juger autre chose que ce qu'ils ont appris par l'en- (( seignement du Christ. » Pourtant, comme l'agitation persiste, Constantin faiblit ; il consent à intervenir directement ; il instruit de nouveau l'affaire ; il proclame solennellement linnocence et la validité de Cécilien ; il bannit les chefs donatistes, il enlève les églises à la secte, il sévit avec sévérité contre les schismatiques. Son devoir envers iKtat et son devoir envers le Christ l'ont peu à peu conduit à faire intervenir le gouvernement impérial dans une affaire strictement ecclésiastique^.
' Sur les sources de riiistoire Donatisto, voir Diichesne. Le dossier du Donalisme tMélanges de l'École de Rome, X. 1890| •
70 L Kr.LISE IMPKRIAI.E : I. VIF. r.lIRÉTIENXF.
Les mêmes sciUiments expliquonl son alliludo dans uno affaire beaucoup plus grave. Le monarchianismc ébionite était ressuscita par un prrtre d Ah'xandrie, Arius. Jésus, à l'entendre, n'était pas vraiment Dieu (i/.T/j'vô; i-)t6;), on ne pouvait l'appeler ainsi que par
la Syllot,'^ Optaliana [Pansinusilii]c:>l ivproduito au lonu'XXVI du Corpus (le Vienne. D^s 3Ûo, semble-t-il, la perséculion s'est apaiséi'en Africpie. mais les esprits reslaienl fort éebaulïés parmi les confesseurs de la foi contre ceu.x cpii lavaient trahie, notamment contre les trudileurs (ceux qui avaient livré les Kcriluresi : on rangeait i)armi eux Purpurins, évêque de Limata. Secundus évùque de Tigisi, Mensurius, évêque de Carihage. Les actes (retouchés) de Saturninus et Dativus montrent que les confesseurs avaient rompu la conmiunion avec les traditeurs.
Sur ces entrefaites, en Mi, meurt Mensurius; son diacre. Cécilien, est élu par le j^euple de Carthage et sacré aussitôt par Félix, évêque d'Aptonge et par deux autres évoques [Optât : lie sc/iism. don., I, iSl. Mais Cécilien s'est compromis avec Mensurius : il a été chargé par celui-ci de réfréner le zèle des fidéh's ii l'endroit des confesseurs. Une cabale se monte, que dirigent deux prêtres, Botrus et Célestius, et la riche et dévote Lucilla : environ 70 évéques s'y rallient, entre autres Donat. évêque des Cases Noires. Un concile dépose Cécilien, parce qu'il a été consacré par un Iraditeur, Félix d'Ai)tonge, et élit à sa place Majorinus, un clerc de Lucilla, 312. Mais Constantin ne reconnaît qu(» Cécilien. et lui donne ra|)|)ui du proconsul Aquilinus et du vicaire Patricius, avril 313.
C'est alors (ju'il reçoit une requête d»i parti de Majorin : (|uo raffaire soit soumise à des évéques. L'enq)ereur choisit Hhelicius d'Autun. Maternus de Cologne cl Marinus d'Arles (jue présidera le j)ape Miltiade : Cécilien est convocpié à Rome, devant ce tribunal, avec lu évêtjues de ses amis et 10 de ses adversaires [Fusébe. X, 5]. D'accord avec Constantin. Miltiade a ajouté quinze évéques italiens aux trois juges primitivement désignés. — L'enquête tourna à la confusion complète de Donat. octobre ^13.
C<»mme l'agitation africaine persiste — de 308 à 311. lAfrique s'est détachée de l'empire — , Constantin convoiiue le concile d'Arles, 1«' août 314 : celui-ci maintient la décision de 313. décide d'écarter les traditeurs du clergé, mais reconnaît leurs ordina-
l'a FI- AIRE ARIENNE 71
ligure ( !jL£-o/Y.) ; le Verbe était la première des créatures de Dieu, il avait été créé par lui pour devenir à son tour le créateur du monde ; donc, « il y eut un « moment où il ne fut pas » t,v -o-tî '"r.i ov/. rv; donc, « encore il est (fait) de ce qui n>st pas » i; ov/. o/tojv
tions pour valides; du reste, les doeuments officiels seuls seront reçus pour établir le crime.
Quand on en appelle à lui, Constantin finit par recevoir l'appel. On enquête sur B^élix dAptonge : les documents, falsifiés par un agent donatiste, sont rejetés; finalement l'empereur appuie Cécilien et recourt à la force. 31G : en 317, l'évéque donatiste d'Advocata est tué. 1». L. 8,7:j2 :Mélanges... 1899.60]. En Numidie. à la fin de 3:20, un scandale éclate qui déconsidère les chefs donatistes : l'évéque donatiste de Constantine, Silvain, est convaincu par son diacre Nundinaire d'être un voleur, aussi bien que le fameux Purpurius. Mais rien n'y fait : les Donatistes sont les maîtres et prennent aux Catholiques les églises que l'empereur leur a tout exprès fait bâtir. Le Donatisme s'organise en une Eglise particulariste • elle vivra longtemps. « Les prêtres donatistes recrutaient une milice sainte dont les membres, munis d'un fort gourdin, dénommé leur Israël, protégeaient efficacement leurs basiliques où ils montaient la garde, en rossant au besoin les Catholiques assez osés pour les attaquer, ou simplement assez malheureux pour leur déplaire. » — Voir aussi Allard, 163-167 : je lui emprunte les passages de Constantin que je cite.
On constate ailleurs des agitations du même genre. Contre Pierre d'Alexandrie, qui témoigne d'une certaine bonté pour les taillis se dresse le rigoriste évèque de Lycopolis (Haute-Egypte), Mélèce. Pierre meurt martyr, Mélèce meurt dans son lit : ce qui ne l'empêche pas d'organiser en Egypte une contre-Eglise qui s'intitule « l'Église des martyrs » [Duchesne. Il, 97-100]. — Même situation à Rome. Le pai)e Marcelliu avait fait triste figure en 30i : son successeur Marcel est au contraire combattu par les apostats qui le forcent à s'éloigner. 308 ; ils élisent à sa place un certain Heraclius. qui parvient aussi à chasser Eusèbe, successeur régulier de Marcel. 309 ou 310. Ce n'est qu'en 311, avec le pape Miltiade, que l'église romaine retrouve la paix [Duchesne, II, 92-124 et Bonwetsch dans Hauçk. IV' 788].
72 I- Kr.LISE IMPERIAI-E : I.A VIE CHUKTIENNE
ï'j-Jy. Cotte (loclriiio nrlail (Hi'uiic conihiiiaisoii iiouvolle (le vieilles erreurs ; 1 évèijiie Alexaiidi-e la cou- (laniiia. Klle lit portant du elieiiiiu'. Constantin s'émut. u Uendcz-moi mes jours tranquilles et mes nuits sans « inquiétude, écrit-il à Alexandre. Comment aurai-jo « l'esprit en repos tani (pie le peuple de Dieu, le « peuple^ de mes frères dans le service de Dieu, est di- « visé par un injuste et profond dissentiment? » A j)eine a-t-il terminé la guerre contre son beau-frère révolté, il s'occupe aussitôt de ce qu'il jtige être son devoir : rétablir l'unité dans le troupeau du Christ. Il convoque en un concile tous les évoques de son empire ; lorsqu'ils se sont réunis à Nicée (Bithynic), au
' Ariiis est né vers 250. Il s'associe (lal)ord au schisme de Mél^ce; vers 308, il l'abandonne et est Ordonné diacre j)ar l'évè(iue IMeire. Mais il se l)rouille avee Pierre (jui lexeonimunie [Sozoméne, 1, lo]. Le nouvel évè(iue d'Alexandrie, Aeliillas. accepte sa soumission. 311. l'ordonne prèlre et lui confie l'importante paroisse de Bancale. En juin 311. lorsque meurt Achillas et (juAlexandre est élu à sa |)lace. Arius joue un rùle : mais on ne |)eut le préciser. « Grand et maigre, assez Agé déjà pour que saint i^pi|)han(! puisse lui donner l'épithète de vieillard, d'un extérieur grave el de monirs austères, instrint et diale<-ticien habile, il avait le talent de s'insinuer dans les esprits i)ar une parole douce et persuasive. » Ses ennemis l'ont accusé uniformément d'orgueil el d'astuce. [Le Bai-liciel, apiul Vacanl-.M;mgenol, 1. ITvSO].
La conlroverst^ éclata entre 318 et 3:î(t. D"ai)rés Socrate, Arius aurait reproché à son évécjue Alexandre d'insistei' sur l'unité de la Trinité au point de verser dans le SabiMlianisme. Daprés Sozoméne, Arius ajuait de lui-nu'me commencé de prêcher sa doctrine en des entretiens particulieis. .\lexandre le lui interdit, puis il le fit juger |)ar un concile de plus de 100 évé(pies (vers 320), Arius « fut anaihématisé avec ses partisans, les deux évéques Second et Théonas, les cin(| prêtres Achilles, Aithales, (larponi's. un ;iiilri' \iiii-i tl S;iiin;ilrs. cntiri... six diacr'cs... ».
r.ONSTAXTIN ET LE^ EVEQUES 73
nombre de deux cents environ, il loin' adresse un discours de bienvenue, se proclame « leur frère dans le « service de Dieu » et confesse que « les divisions de « l'Église lui ont paru plus terribles et plus redou- « tables qu'aucune guerre ». I! intervient personnellement dans le feu des discussions, il recommande à plusieurs reprises la modération et la concorde : un même symbole formulant la foi est accepté par la presque unanimité des évèques. Comme ce symbole condamne Arius, Constantin exile Arius et brûle ses écrits. La paix de lÉglise est rétablie ; le Christ est satisfait ; l'empereur peut dormir tranquille. Prenant congé des évèques, il leur recommande d'éviter les disputes qui prêtent à rire à ceux qui guettent tou-
Arius écrit alors à son ancien condisciple Eiisèbe, évèqiie de Nicomédie, lequel est très influent auprès de Constantia, sœur de Constantin. Eusèbe de Mcomédie approuve ses idées, écrit de tous côtés pour lui rallier des adhérents : d'autant que le savant Eusèbe de Césarée épouse lui aussi, à peu près, la doctrine arienne. En même temps, à Alexandrie même, les vierges chrétiennes font une ardente campagne en faveur d'Arius. — Alexandre riposte : guidé déjà par son diacre Athanase, il rédige une lettre précise sur cette affaire, la fait approuver par son clergé et l'adresse à l'épiscopat chrétien [f. G., 18, 574]. — Arius se rend alors en Palestine, puis en Bithynie, expose son système dans une lettre à Alexandre, dans un livre intitulé le Banquet, et dans des hymnes populaires ; un concile organisé par les deux Eusèbe l'autorise à reprendre ses fonctions à Alexandrie [0. Seeck. i'nlersuch. zur Gesc/i. des nicaen. Konzils. — Zt. ft. KG., 1806, 3i(J] : Constantia le protège. Alexandre recueille les déclarations de l'épiscopat.
Telle est la situation lorsque Constantin bat Licinius, annexe son empire et se heurte à cette agitation. — Voir l'article cité de Le Bachelet : Duchesne, II, 1:2.5; Ile/ele-Leclercq., I, 1. 335- 378; Gwatkin : Sludies of arianism chiefl'j referinfi to the cliuracler and chronolofjy.... London, 1900. t^é(\\\.
jours, pour calomnior la loi divine. « C'est à ceux-là « qu'il faut penser, ajoute-t-il, car nous pouvons les « gagner si tout ce qui se fait parmi nous est irrépro- « chable K »
' Le concile «lo Niréc a durr du '20 mai au 25 août 325. Constantin est arrivé on juin ou juillet : les i)reniiéres sessions ont été occupées par Icxamen de la thèse arienne [le symbole dit de Nicée aurait été promuly:ué le 19 juin d'après le C-/i/'o»/co?î i'rtscluile. — Goyau : Ckron., 4IU]: on fixa ensuite la date de Pâques, juillel-aoùto2-i; enfin on régla la question du schisme mélétien (en le condamnanl). [La date de Pâques devait être calculée par les soins de léglise d'Alexandrie et annoncée à rKglise par l'église romaine : on ne s'occupera })lus désormais, comme faisait jusque là Antioche, de demander aux Juifs quand tombe le 14 nisan, c'est-à-dire la pleine lune, date de la Pâque juive, qui précède la fête chrétienne ; celle-ci devra encore être ])lacée après l'équinoxe du printemps, 21 mars.]
Le concile d'Antioche de o24 est a|)Ocry])he (Schwartz. dans les Nahrichten de Gottingen, 1903, 171 : Duchesne : II, 137, n. 2: Ilarnack, dans les Comptes rendus de Berlin, 1908, 477).
Sitôt arrivé à Nicomédie, Constantin a écrit à Alexandre et à Arius pour les inviter â la concorde [Eusèbe : Vita Const., ii. 6i] : et il a demandé à l'évêque de Cordoue, Osius. qui a confessé la foi dans la persécution, d'intervenir personnellement [Leclercq : EupaQne chrétienne. 90-120]. Comme Osius échoua. l'em|)ereur, peut-être sur son conseil, convoqua un concile œcuménique [Turmel : Constanlin et la papauté, Revue catholique des l-^glises. 1906, 79: Eusèbe : Vita Coml., ni, 0]. Il est soucieux de lunité.de la paix et delà foi, mais « incapable de s'intéresser aux choses métaphysiques. Le christianisme dont le gouvernement avait jjrésentement besoin, c'était la religion de ri'Ure Suprême [summa divinitas). concrétisée dans la foi au Christ révélateur et sauveur, et dans l'observation des préceptes religieiix et moraux que l'Kglise incukiuait en son nom. Quanta alambicpier la sinnma divinitas et ses rapports intimes avec le Christ, cela i)ouvait être un objet d'étude pour des personnes privées... : mais à quoi bon les produire en pu])lic. et surtout avec cette insistance qui provoque roj)i)osition et l'ait naître les querelles» [Duchesne, If. 139].
Il vint de 220 à 250 évêtjues : nous avons des listes de t:20 noms (dont 14 chorévèques) ; Eusèbe qui était présent dit