POMTIQUE RELIGIEUSE DE CONSTANTIN
Arius; il espère ainsi rétablir la paix et l'unité. Que ne ferait-il pas pour rendre à l'Eglise ces biens essentiels ! « Je ne comprends rien, écrit-il à ce moment, à toutes « les choses que vous avez décidées... au milieu de (( tant de troubles et d'orages. Je crains que la vérité « ne disparaisse dans ces violences... Vous ne nierez (( point que je sois un tidèle serviteur de Dieu, puisque « c'est grâce au culte que je lui rends que la paix « règne sur la terre, et que son nom est béni même « par les Barbares, qui auparavant ignoraient la vé- (( rite. Ces Barbares devraient bien nous servir à nous c( de modèles, car, par la crainte qu'ils ont de notre (( pouvoir, ils observent la loi de Dieu, tandis que « nous, qui professons plutôt que nous n'observons la (( sainte foi de l'Église, on dirait que nous ne faisons « jamais que les choses qu'inspirent la haine et la dis- (( corde et qui tendent à la ruine et à la discorde. » Empereur et chrétien, Constantin voulait la paix et l'unité ; il n'a pas hésité à faire agir la puissance de l'Etat lorsque ces biens primordiaux étaient compromis, lorsque leur ai)sencc faisait souffrir l'Eglise et l'empire.
La politique des tils de Constantin ^ fut essentielle-
' Constantin mourant partage l'empire entre ses trois fils (337) et ses deux neveux. Ses trois fils gardent tout: Constantin II, la Bretagne, la Gaule, l'Espagne, la Mauritanie; Constance. l'Asie, la Syrie. l'Egypte, la Thrace : Constant, l'Italie. l'Afrique, la péninsule des Balkans. Constantin attaque Constant.il est battu et tué, 340; Constant est détrôné et tué. 350 : l'unité est rétablie au profit de Constance. Constance est un soldat énergique, auto-
ment la même que celle de leur père : mêmes principes chez eux, mêmes défiances chez l'un d'eux à lendroit dAlhanase envisagé comme un agitateur dangereux et puissant. Constance le bannit une seconde fois, le remplace sur le siège d'Alexandrie, fait confirmer sa déposition par un concile. Constant croit que son frère se trompe et que sa politique est mauvaise, non dans son principe, mais dans son orientation ; sur l'avis du pape Jules, il lui fait des représentations, il le décide à arrêter les poursuites commencées contre les amis dAtlianase et à laisser celui-ci retourner dans son diocèse; s'il ne parvient pas à réconcilier les deux partis rivaux, il empêche la guerre de renaître jusqu'à sa mort ^
L'action de Constance, redevenu libre alors, se fait de nouveau sentir dans le même sens qu'autrefois ; les ennemis d'Athanase sont encore les maîtres. Sirmium, en Pannonie,est devenue la résidence de l'empereur, la
ritaire. mais élroit d'idéos et irrésolu : c'est un arien convaincu. Il mourra en 361 et sera remplacé par le seul de ses cousins qu'il n'ait pas fait assassiner, Julien l'Apostat.
' Concile d'Antioche, 341, in encaeniis. Hefele-Leclercq, 1, i\ 702, et Duchesne, II, ti\ n. — Les Ariens, — ou eusébiens (du nom de leur chef Eusèbe) n'y sont qu'en minorité, mais ils y feront la loi. Après la mort d'Eusèbe, 342, on peut croire que, grâce à Constant, la pacification va se faire, sinon à Sardique (Sofia) 343, du moins à Milan 344. Les Occidentaux condamnent IMiotin, sinon Marcel : si les Orientaux ne veulent pas condanHici- Arius. du moins ils laissent Athanase rentrer à Alexandrie, 21 octobre 346; Ursace et Valens se soumettent au pape. — La chute de Constant, renversé par Magnence 18 janvier 3i)U, et assassiné, rend leur liberté à Constance et aux Ariens.
POLITIOUE RELir.IEU-E DR COX-TA>T.E 81
capitale de l'empire ; elle apparaît à ce moment comme la métropole religieuse du monde. C'est là que se réunissent en 351, les adversaires de l'ennemi d'Arius; ils rédigent un vague symbole de foi qui se garde bien de condamner l'hérésiarque proscrit à Xicée^ Et c'est sur CCS bases qu'ils veulent rétablir l'unité et la paix. Athanase, naturellement, refuse de se soumettre ; Constance le fait déposer encore par des évéques, ses créatures. Comme ses amis voient dans sa cause la cause de l'orthodoxie, et refusent de souscrire à ce jugement, l'empereur les exile : Eusèbe de Verceil, Lucifer rie Cagliari. Denys de Milan, Libère de Rome, Osius de Cordoue, Hilaire de Poitiers subissent la peine du bannissement, et Athanase, pour sauver ses jours, doit fuir au déserL
Constance croyait avoir la paix ; il se trompait. Débarrassés d'Athanase et des évéques fidèles à Nicée, les évéques ariens se divisaient entre eux. Les uns voulaient que le Fils ne fût même pas semblable au
' Concile et première formule de Sirmium, Ilefele-Leclereq, L 2, 852 Cliver :iol-352i.
- Leurs chefs sont .Etios, diacre d'Antioche. Eunomios, évèque de Cyzique, et ses collèîJrues Acace de Césarée. Ursace de Singidunum. Yalens de Muisa. Ces divisions se font jour après la fuite d'Athanase au désert, ob6. — Eusèbe de Nicomèdie. puis de Constantinople (:j;J8-o42). le vrai chef de larianisme primitif, a disparu. ,Etios, qui mourra en 307, était d'abord un médecin épris d'aristotélisme. Eunomios, son disciple et secrétaire deviendra évèque sous Julien et mourra en 395 [nous avons quelquesuns de ses écrits. P. G., 30. 8;J5]. Acace succède à Eusèbe comme évèque de Césarée i34Û-36G). Voir Batiffol : Liit. Qrecque. 282, sq. : Duchesne, II: Tillemont, Loofs, etc.
Père (àvôuo'oç) ; d'autres admettaient ({u'il lui lut .sv^mblable par la volonté et par les œuvres (ôuo-.oç) ; d'autres encore exigeaient qu'il lui ïùi semblable même par la substance (otjLo-.ouaio;) : voilà ce qu'avait gagné Constance à combattre la foi de l'Église en Videntité substantielle du Père et du Fils (ouLoo'ja'.oç). Constance flotte entre ces écoles opposées ; et la paix ne revient pas ^ Il se décide à la fln en faveur des semi-ariens qui admettent la similitude du Père et du Fils quant à la substance. L'Etat s'approprie leur formule (358) ; ceux qui refusent d'y souscrire sont envoyés en exil ; deux conciles sont convoqués à Rimini et à Séleucie afin de restaurer l'unité. Le concile de Rimini résiste, repousse la similitude, professe ^^(;/e?ii^■^e substantielle du Fils et de son Père. Constance sévit ; il compose lui-même,, à Nice en Thrace, un symbole nouveau enseignant une très vague ressemblance entre les deux premières personnes de la Trinité; et ce symbole, il l'impose par la ruse, par la menace, par la violence, aux Pères de Rimini ; il dissout le concile de Séleucie
' C'est à ce moment, printemps 357, quand Constance tâche de fléchir les évèques, que Libère a la faiblesse de signer la j)remière formule de Sirmium, trop prudemment implicite, et de rompre la conmiunion avec Athanase : il achète ainsi son retour il Rome, 3o8. Voir Duchesne : Libère et Forlunatien (Mélanges.., École de Rome... XXViil, 1908, 31-78).
La seconde formule de Sirmium exprime l'idée que le Fils n'est même pas semblable au l'ère, 357 [Hilairc : de syn. 11 ; Athanase : de syn. 28] : elle est l'œuvre d'Ursace et Valens. Elle rencontre de vives résistances, et suscite le parti semi-arien <liasile d'Ancyre) qu'encouragent Athanase et Libère. — A la fin, Basile d'Ancvre retourne Constance et fait exiler J-^tios et Eunomios.