‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 35 sur 110 · JURIDICTION ARBITRALE DES EVEQUES · texte numérisé non relu

JURIDICTION ARBITRALE DES EVEQUES

politique chrétienne suivie par l'Ktat romain. Constantin leur accorde certains droits juridiques : il les place à côté des citoyens pour être arbitres de leurs diiîérends. Ce genre de médiation, conseillé par saint Paul, a maintenu la paix entre les fidèles de la primitive Église ; grâce à la faveur du peuple, il s'agrandit aujourd'hui : il suffit qu'une des parties veuille déférer une affaire à l'évêque pour que les tribunaux laïques en soient dessaisis ^ L'évêque s'interpose, en outre,

parents dans la misère, voir S. Basile. P. G., 31. :267; S. Ambroise: P. L. 14, 736 et 769 : lois de 331 et 374. C. Théod. V. vu, 1 et C

Just., Vin. LTI. 2.

Sur les médecins publics, Lallemand, II. S4.

Sur l'esclavage, voir Wallon : Histoire de Vesclavaçie, Itl-, 1879. 296, sq. et aussi Code Théod. IX. 12. 1 : V. 7, 1. Sur les affranchissements dans les églises, C. Théod. IV, 7, 1 : Sozoméne, I, 9 : Code VII, 13, 2-4: L 10. 1. — Noter, d'autre part, que la législation relative aux curiales. aux corporations ouvrières et aux colons, laquelle a été imposée par une crise économique très grave, raffermit indirectement l'esclavage en créant de nouvelles classes sociales ou la liberté individuelle est fortement restreinte [C. Théod. XII, 1-19 : IX. XL, 3, o, 9, 7-9 : XIV. in. 20 ; C. Just. XI, ix, 5 et L, 2. — Voir Wallon, Lallemand, Cuq. Fustel de Goulanges : Recherches sur quelques probl. d'histoire. En 320, Constantin interdit aux curiales de se faire prêtres [C. Théod. XVI. 2-3, 6; XII. I. 104, 115, 121 .années 384, 380. 390).

Après S. Paul, le concile de Gangres reconnaît le droit de propriété du maitre sur l'esclave, canon 3 (vers 340); après Paul, les évêques sapent les idées qui supportent l'esclavage. Lallemand. II, 71.

• Code Théod., I. 27. 1, — Voir Ilumbert : article Episcopalis audientia, dans Daremberg-Saglio. Noter que le jugement de l'évêque doit être exécuté sans aucun compromis [Sozomène, I, 9 ; de Pouilly : Mémoires de l'Acad. des Insc. et Belles-Lettres. 39. 309].

Les pupilles sont placés sous la protection de Tévéque [L, 27 et 30. C. J., de ep. aud. — Troplong Bayle, S9j. Voir encore S.

94 L'Ér.LISE IMPERIALE : LA VIE CHRETIENNE

(Mitre 1(^ maître et les esclaves, entre les pères et les enfants ; il protège les pupilles, il veille à ce (piils soient pourvus de tuteurs et de curateurs; il se substitue insensiblement au « défenseur de la cité ». Le préfet du prétoire Probus résume ainsi ses «conseils à un jeune consulaire envoyé en Ligurie : « Conduis-toi (( non comme un juge, mais comme un évèque. »

Saint Ambroise, évèque de Milan, est resté le type de ces prêtres qui sont à la fois hommes (Tl^glise et hommes d'État; il incarne (Tune manière symbolique Faction de l'Église sur l'Etat. « Sans titre ofticiel, on le voit, au temps de Gratien et de ses successeurs, tantôt consulté pour la rédaction des lois, tantôt intermédiaire entre une fraction du Sénat et le consistoire impérial, tantôt choisi comme ambassadeur dans les cas désespérés : tour à tour conseiller prudent, négociateur babile, dominateur des foules, protecteur des princes. » ^ïais toujours, lorsqu'il règle les intérêts des hommes, c'est l'intérêt de Dieu qui l'inspire. Il diriire Gratien et Valentinien, annule l'influence de rimpéralrice Justine, toute dévouée aux Ariens ; sans

Grégoire de Nazianze : Ovat. 18: Epist. 70-49: Louis Galtier: Du rôle des évéques dans le droit public et privé du Ims empire. 18'J3.

Noter que les defensores cicitatis, créés vers 365 afin de défendre le petit peuple contre le fisc, doivent être chrétiens; ils seront choisis par l'évèque et les curiales ; les évéques n'ont pas revêtu leur fonction, mais, en fait, ils les ont bientôt sujjplantés. [Ciid. Just. 1, Lv, passijn : Fustel : Inv. f/erm. 3U, sq]. Sain! Basile multii)Iie les démarches j)our obtenir des remises d'impôts, etc.. [Allanl: S. Hasite, So-loT (18".i9)].

SAINT AMBROISE 9r.

pactiser avec les usurpateurs, qu'ils s'appellent Maxime ou Arbogast, il sait se faire respecler par eux. Nulle crainte ne l'empêche d'accomplir ce qu il juge être un devoir. L'empereur peut parler : « quand il « s'ao-it d'une question de foi, c'est l'évèque qui est le «juge de l'empereur chrétien et non l'empereur de « l'évèque... L'empereur est dans l'Église, et non au- « dessus d'elle. » Théodose subit son ascendant : « Avant de connaître Ambroise, disait-il, je ne savais « pas ce que c'était qu'un évoque. )> C'est qu'Ambroise se sent responsable devant Dieu de Tempereiir victorieux comme du plus humble tidèle : évèque de Jésus- Christ, peut-il faire acception des personnes ? A Thessalonique, un jour, le peuple se soulève parce qu'on a emprisonné son cocher favori; le gouverneur est blessé à mort, plusieurs magistrats lapidés. Théodose s'emporte. Sur les conseils de Rufin, le maître des offices, et malgré les supplications d'Ambroise, il ordoiuie un massacre général où 7.000 habitants périssent. L évèque, à cette nouvelle, refuse de voir l'empereur; il l'excommunie. La loi de Dieu est faite pour tous ; mômes punitions atteignent tous ceux qui la violent '.

* Ambroise est né sans doute à Trêves vers 340: son père était préfet du prétoire pour les Gaules. En 374, Valentinien lui confie le gouvernement de lÉmilie et de la Ligurie avec Milan pour capitale : comme il veut apaiser une émeute où Catholiques et Ariens se combattent à l'occasion d'une élection épiscopale, tout d'un coup le peuple l'acclame évèque : il n'était pas baptise. 11 accepte, se fait baptiser, donne sa fortune aux pauvres, étudie. Son rôle doctrinal grandit peu à peu : son rôle politique est plus grand encore. « Il refuse deux fois à l'impératrice Justine la

90 L Kr.LISE IMPKRIALE : LA VIE CHRETIENNE

l.a loi do Dieu s'étend à tout, aux actes publics comme aux actes privés ; les crimes d'Ktat sont des crimes. Et le maître du monde se conduit en llls soumis de l'Église. C'est bien l'heure où peut s'exercer avec force l'action de la foi chrétienne sur l'empire romain. Les deux ennemis d'autrefois sont vraiment devenus deux alliés. L'empereur ne doit pas seulement assurer à la

basilique l'oroia, et, à défaut de c«'lle-ri. la basili(iuc neuve (luelle exij^'eail pour les Ariens (385 et 380) ; il s'oppose à la loi (jui rendait la liberté aux adhérents du concile de Riniini, et interdisait, sous |)eine de mort, aux Catholiques, toute résistance ; il brave les menaces d'exil et récuse les juges qu'on voulait lui donner ; il subit enfin des tentatives d'assassinat » [Largent]. Après la mort de sa mère, Valentinien II subit plus que jamais l'intluence d'And)roise (qui a intercédé pour lui auprès de Maxime, 383, 387 1. Imi 388, Ambroise décide Théodose « à retirer un édit qui ordonnait aux chrétiens de Gallinique, en Mésopotamie, de rebâtir une synagogue [P. L., 16, llUl]. En avril 390. Théodose fait massacrer la population de Thessalonique qui a tué le gouverneur liotheric afin de délivrer son cocher favori; Ambroise lui impose i)enitence ; Théodose l'accepte [La scène pathélicpie de l'église est une pure légende, qu'ignore Paulin et (\nn brodée Théodt)ret i Van (^rti'oy : Les vies grecques de S. Amhroise et leur source : et Anal. bol. XXIII (1904), 418]. Ambroise meurt le 4 avril 3'.)'.

Outre ses lettres, il a écrit des Commentaires de l'Kcrilure ( llc.raemeron : de Paradiso ; Enurr. iu XI] psalmos ; E.rposil io erangelii s. Lucdui], des traites moraux [de officiis] ou llu'oriques[</e f'ide, de ^pu Sco]. Il a prononcé les oraisons funèbres de son frère Satyrus, de Valentinien II et de Théodose. Sur sa doctrine voir in/'ra, j). 174-17-). — Lire ses œuvres dans P. L. 14,15, 16 ; et dans le Corpus de Vienne où elles ont commencé dv paraître.

Voir Allard. 257 : Duchesne : Tillemont, X, 1705; de Broglie : op. liiud., y et W ; Fœrstcr : Ainhrosius. Dischof ron Mailund . Eine Ihir.sfelluuf/ seines Lehens und Wirkens. Halle, 1884: Schanz : Geschichle der roetnis. JAUeralur, IV, 1, Die Litteratur (1er \ ierleti lahrhunderts. lUOl : :.»S6-33i* (capital pour Ihistoire liltérairei ; et Amhrosiutui, scritli. ... publicali nel XV ('(Mitenacio délia morte di S. A. Milam». lvS'.i7.

Page 1