‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 39 sur 110 · LA PAPAUTE ROMAINE · texte numérisé non relu

LA PAPAUTE ROMAINE

tement qu'un évêque déposé par le synode de sa province peut toujours interjeter appel au pape : et que, si le pontife ne ralilie pas la première sentence, il duit faire reviser le procès par les évèques d'une province voisine et en contier l'instruction à un légat. Damase lance les premières décrélales ; il justifie la présidence de l'église romaine par ce fait qu'elle est l'église de saint Pierre^. Mais Antioc lie devient la rivale de Rome : elle groupe autour d'elle lépiscopat oriental dont le point de vue, en toutes choses, diffère du point de vue des évèques d'Occident; elle s'appuie sur les évèques courtisans. La rivalité des deux moi-

' Voir le De alealovibus qui est l'œuvre d'un pape iMiltiade ? d'après Sanday et Miodonskii, et surtout le projet de décret de S. Damase, en 382: Didyme. S. Épiphane et S. Chrysostome.

Voici les papes du IV^ : Marcel, 308: Eusèbe, 309; Miltiade, 311-314; Silvestre 1,314-335: Marc, 336; Libère, 336-366: Damase, 366-384: Sirice, 384-399. — L'authenticité des canons de Sardique, 3, 7, 8, 18, 19, a été établie, contre Friedrich [Sitzber. Munich, ph. hist. Kl.. 1901, III] par Turner [Journal of theol. Studies, 1903. 370]. Au concile d'Arles, 314, le pape se fait représenter pour la première fois. En 341, le pape se plaint qu'on règle en dehors de lui l'affaire d'Athanase [Apol. contra ar.. 21- 35]. Deux légats le représentent à Sardique. Jules sait toujours jouer un certain rôle, et quand Valens leur manque, les semiariens de Lampsaque recourent au pape Libère, 354. Mais, [Duchesne, II, 660] si « la déposition de Paul de Samosate fut notifiée à l'église de Rome comme à celle d'Alexandrie, elle n'avait pas eu à s'en mêler. Elle ne joua qu'un faible rc>le au concile de Mcée. Athanase, déposé par le concile de Tyr, ne parait pas avoir eu l'idée qu'un appel à Rome pourrait rétablir ses affaires. » 11 y a lieu de noter l éclipse de la papauté pendant la controverse arienne : les empereurs décident en maîtres. — Il semble que Damase ait tiré la papauté du rôle secondaire auquel la réduisaient les empereurs: Sirice accentue ce relèvement. Voir Tarnel : lUst.du doqine de la papauté . Paris. 1908.

114 L Ef.LlSE IMF'l-aiALK : LA VfE CllUKTIKNNE

tiés (lu munde c lire lien s'accentue, il n est pas vrai (le (lire quelle naisse avec la fondation île Constantinople. Constantinople n'est que riR'ritière dAntiochc et le centre naturel des éviHpies de cour; lévt^'que de Conslanlinople, i)ar la ioi"ce des choses, devient l'homme de 1 empereur. Et, de l'ait, en 381, celui-ci lui fait donner la seconde place dans lÉglise, immédiatement après JY'xèquc de Rome. Les querelles ariennes n'attestent pas seulement linlluence ecclésiastique de l'empereur, véritable évéque du dehors ' , — qui, de fait, ])rime les évoques et le pape ; — elles révèlent encore la lutte de l'épiscopat oriental L^roupé autour d Antiocheet de Constantinople contre l'épiscopat occidental soumis à liOme, et défendu en Orient par Alexandrie. Athanase et Théophile, que soutiennent les moines dont ils se sont faits les panégyristes, cherchent à faire prévaloir, avec leurs formules, leur iniluence et leurs amis : ils sont hostiles à saint Grégoire de Nazianze, et ils s'attachent à écarter du siège de Constaiitino])le saint Jean Chrysostome. L'ardente rivalité des églises trahit la force de leur personnalité et l'exubérance de leur vie : il est vraiment merveilleux que la foi ne se soit pas déformée au cours de leurs querelles-.

' Eubt'be : Vila ConsL, IV, 2i. 1». G.. 50, IITJ-IIT::.

- Colle lioslililé do l'Orionl à l'égard de i'Occidonl ol de la l>ai)aulé romaine ôclale en pleine lumière dans lalïairo du schisme d'Antiocho. 362-393. Lucifer ordonne ovèque d'-\ntioche le nicéen Paulin, landis que la plus jrrando partie de la ville se rallie autour de Mêlèce. arien anoméen (pii a rompu avec ses anciens amis, s'est ralliù au.\ théories de Basile d Ancyre, puis

HOSTILITE DE L ORIENT ET DE I. ri(:;:iDEM ll'.j

Le développement ecclésiastique est en rapport avec le développement religieux, comme l'efïet avec la cause : quels sont donc les progrès du royaume de Dieu ? Les soldats de Jésus travaillent de deux manières à l'étendre ; ils vivifient la foi chez ceux qui l'ont reçue avec la vie et ils lui conquièrent de nouvelles âmes. L'rpuvre de saint Jean Clirysostome en Orient etl'œuvre de saint Martin dans les Gaules sym])oliscnt ce double apostolat.

à celles des Cappadociens, sans vouloir accepter pourtant la communion d'Athanase. Par lintermédiaire d'Apollinaire et de Vitalis, Paulin obtient lappui du pape Damase : Damase, Âthanase, puis Pierre veulent imposer Paulin aux Orientaux. Basile de Césarée et les Orientaux veulent imposer Mélèce à Damase et à rOccident. Ce qui les divise, au fond, ce n'est plus la question doctrinale : ils sont d'accord, au fond; c'est la question disciplinaire : le pape veut l'hégémonie, tandis que l'Orient, s'il n'ose pas la réclamer parce qu'il sait le privilège de Pierre, réclame en fait l'autonomie : n'est-il pas le berceau de l'Église? Ces prétentions contraires expliquent le caractère protocolaire du duel ecclésiastique de Basile de Césarée et de Damase, 372- 379. L'Orient capitule un moment devant la papauté [concile d'Antioche, 379]. parce que désarmé par la mort de Basile et l'avènement de Gratien en Orient, l'ami d'Ambroise.Mais tout de suite les Orientaux se ressaisissent : ils captent la confiance de Théodose, qui d'abord penchait pour Rome [édit du ::Î8 février 380], et qui les soutient maintenant [édit du 30 juillet 3811: ils défient la papauté, à la mort de Mélèce, 381, lorsqu'ils refusent d'écouter Grégoire de >'azianze et d'élire Paulin : la papauté, il est vrai, attaque stupidement Grégoire de Nazianze, qui, dégoûté, démissionne et s'en va. Au même moment, ils négligent de convoquer le pape au concile de C. P. de 381. dont ils ont donné la présidence a Mélèce .un peu avant sa morti ; et ils déclarent que l'égUse de C.P.a le premier rang après Rome. Damase. Ambroise de Milan, Paulin. Pierre d'Alexandrie veulent riposter par un grand concile réuni à Alexandrie; en fait, le concile se tient a Rome, 38:2. Mais les Orientaux, réunis au même moment à C. P.. refusent ironiquement de venir. [Theodoret, Y, 9]; le pape

Saint Jean Clirysostome, prêtre trAnlioche, puis évèque de Gonstantinople. prêche tour à tour l'Kvangile, par Icxemple et par la parole, dans les deux villes qui se succèdent comme capitales de l'Orient. « C'est un orateur incomparable. 11 donne sa perfection à riiomélie qui, telle quil la conçoit, contient un enseignement très simple du dogme et une prédication morale tirée du texte sacré et qui, satlaquantà tous les vices, apporte aux auditeurs une règle pré-

pxcommunie les consécraleurs de FlavitMi (le successeur de Mélôce et le mailre de Chrysostomei : mais il n'ose pas publier la curieuse riposte qu'il a préparée, le décret qui donne les trois premiers rangs dans l'Ef/lise aux trois églises de Pierre, Rome, Alexandrie. Antioche: sans doute voulait-il organiser à Alexandrie et à Antioche des vicariats analogues au vicariat de Thessalonique. qui lui eussent permis de surveiller effectivement l'Orient. Il n'eut pas l'occasion de prendre sa revanche : il finit par reconnaître Flavien, :593 (concile de Césarécj. Alexandrie, du reste, était pour Rome un lieutenant peu sûr, — qui ne demandait (lu'à passer capitaine. — Voir Cavallera : Le schisme d'An- Hoche. Paris, l'JOo. et A. Dufourcq: /i/wf/e sur tes Gesla martyrum romains, t. IV, Paris, 1909.

Au concile de Gonstantinople de iiSl . on confirme cinq jiatriarcals : Orient (Antiochei, Pont (Cesarée), Asie (Kphése). Thrace (Gonstantinople), l^gypte (Alexandriei [canon 2]. [Tillemont. XV, 702: Duchesne : Culte 23-27]. Sans doute remontentils à Nicée [canon 6] et avant. Aux patriarches sont subordonnés les métropolitains [qui existent, en Orient, depuis la fin du luc siècle]: les patriarches ont le pouvoir d'ordonner les évoques [Hefele-Leclercq. I, 1, ou8-5o9].

Noter que, malgré l'usage qui contraint les évéqucs à la résidence, il y a toujours nombre d'évôques à la cour, c'est-à-dire, maintenant, à Gonstantinople : ils y forment un petit synode permanent, 'Tjvooo^ âvo/,;jLO'j7a. que préside naturellement lévéque de Gonstantinople. Gc rouage ecdosiastitiue naît lors des controverses ariennes : il fonctionne régulièrement dés le temps de Nectaire, 381-397. [Duchesne : Églises séparées, 172- 17'f; Vailhé dans Vacant-Mangcnol, III, 132.]

LA RÉFORME DE> MrcrRS 117

cise pour toutes les conditions de la vie. Jean fait aussi usage d une autre éloquence, à léclat prestigieux, au pathétique puissant, qui rappelle, malgré de notables différences, l'éloquence politique d'Athènes et de Rome. Sa pensée est nourrie de 1 Ecriture, bien plus que des auteurs grecs qu'il méprise : toute sa prédication n'est qu'un commentaire de la Bible. C'est que. plus qu'un orateur, Jean est un apôtre. Grand directeur de conscience, moraliste pratique incomparable, tour à tour insinuant et tendre ou autoritaire et hardi, il s'attache uniquement à prêcher les grands devoirs que la foi chrétienne impose ; mais il les prêche avec une ardeur entraînante, faite pour triompher des résistances les plus entêtées, et une précision dans le détail qui :^ubjugue les âmes et supprime toute hésitation de conduite. Il aime passionnément ses fidèles, c'est pourquoi il fait tant d'efforts pour les corriger. Lorsqu'il trouve sur le trône les mêmes vices qu'il flétrit dans le peuple, il les attaque avec plus de vigueur encore et l'impératrice Eudoxie punit de l'exil les généreuses imprudences et les apostoliques hardiesses de son langage. Saint Jean Chrysostome vit que le monde, devenu chrétien, était demeuré le monde. Il s'en effraya et il entreprit d introduire dans la société tout entière, et non pas seulement dans les églises, la stricte rigueur de la religion de Jésus. Il refusait de distinguer dans l'Évangile le précepte du conseil. 11 aimait à répéter que chaque chrétien doit vivre aussi .saintement que le moine dans sa cellule, sauf le mariage et malL;ré le

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mariage'. Il travailla donc à l'cfoninM' la vio sociale, la vie lamilialc, la vie reli£»ieuse.

L'ennemi de la vie sociale, ces! 1 argent. Jean allaque l'argent, la cupidité, l'avidité, le luxe de la table et de la toilette. Au fond, quoi qu'il en dise, il condamne la richesse elle-même comme le germe de toutes les perversions sociales. Tout le mal vient « de « cett(» froide parole, le mien et le lien » ; tous les hommes, essentiellemeid égaux, ont mêmes besoins et mêmes droits; « c'est donc la communauté qui est « naturelle, ])lut<)t que la propriété ». Le riche doit

' Piipcli : S\ Jean Chrysoslome, Paris, 1900; S. Jean Chrysoafome et les mœurs de son temps. Paris. 1891. No vers 347, élovr avec amour par sa mère Anthusa, formé par le fameux rhéteur Libnnios. Jean se convertit vers 309 et étudie sous la direction de Diodore : diacre en 381, cl prêtre en 3S(j. il prêche à Antioche de 387 à 397 : devenu évèipie de Constantinoplo le 27 septembre 397, intronisé le iîO février 398. il soulève contre lui par la hardiesse de sa parole l'eunuque Eutrope. Timpératrice Kudoxie ; il est déposé, par un concile à leur dévotion (concile du Chêne, A Chalcédoine) en 4o:>, exilé en 401 et meurt à Comanes. 14 septembre 41)7.

Mre ses œuvres dans Migne, P. G., 47-C4 (éd. Monifaucon, 1718-1738). On a commencé cïe le traduire en latin, dès le v* siècle [Anianus] : il a été également traduit en arménien, en copte, en slave. II existe une Iradiiclion française par Bareille, Paris, 187.3-1874, 10 volumes in-4.

Ses œuvres comprennent surtout des ho)iU'lies, ap|)uyées, la l)lupart, sur un texte de rKcrilure : 08 sur la Genèse en 388: (liK'lques autres sur les Rois, Psaumes, (Prophètes : remaniements) : 90 sur S. Mattliieu. en 390 ; 88 sur S. Jean en 3S9 : lio sur les Actes, 400 ; 32 5///' l'I'^p. Rom., 391 ; 74 sirr les Ep. au.r Cor. : M sur l'Ep. Ih'hr. ; autres homélies contre les .luifs et les Ariens ; nombre de sermons de morale (sur les tentalions, la pénit(Mice) : le fameux Panéf/yrique de S. Paul [:= 7 homélies, P. G., 50]. ceux fies Macchabées, des Martyrs, de Diodore, de Théodose,

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