‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 50 sur 110 · LA TENTATIVE NEO-PLATONICIEXXE · texte numérisé non relu

LA TENTATIVE NEO-PLATONICIEXXE

une école rivale de l'école d'Alexandrie. Une foi ardente le pousse : au matérialisme stoïcien, qui est l'erreur, s'oppose la pure et vraie doctrine, celle que Platon et Aristote ont ensemble élaborée : au fond, leurs systèmes concordent ^ Dieu est IKtre absolu.

' Plotin, né en 205 à Lykopolis en Egypte, se rend à Alexandrie vers 233 avec la pensée de se consacrer à la philosophie. Seul, Ammonius Saccas le contente : c'était un chrétien de naissance [Porphyre. III, dans Eusèbe, vi, l'J. 7] qui avait perdu la foi et qui conciliait dans son système Aristote et Platon. Plotin entre aussi en rapport avec des Chrétiens et des Gnostiques. A la mort d*Ammonius, vers 243, il s'attache à l'armée de Gordien, avec l'espoir d'aller en Inde étudier la sagesse orientale: mais la campagne échoue, et il s'établit à Rome, 244. durant la première année de Philippe l'Arabe : on sait de quelle faveur les chrétiens jouissaient alors. Il mourra à Rome en 27Ù. Ami personnel de l'empereur Gallien (et de l'impératrice Salonina', peut-être la-t-il poussé à faire la paix avec l'Eglise : c'est alors, du moins, qu'il sort de la retraite où il a jusque-là vécu et se met à écrire. — Porphyre. Amelius. Origène le païen sont les plus connus de ses disciples. Il ne se faisait pas payer: il expliquait et critiquait, le plus souvent, les textes des anciens philosophes : il admettait la controverse (c'est ainsi que Porphyre commença par l'attaquer).

A sa mort, Plotin laissait 54 traités que Porphyre publia, sans respecter leur ordre chronologique, en six séries de neuf traités : c'est ce qu'on appelle les Ennéades [traduction française par Bouillet, 1857-1860].

Voir Jules Simon : YÉcole d'Alexandrie. 2 vol. in-S'', Paris, 1845: Yacherot : Histoire critique de l'École d'Alexandrie, Paris. 1846- 1851. 3 vol. in-8°: Ravaisson : Essai sur la Métaphysique d' Aristote. tome II : Zeller. tome V, 418: Chaignet : Psijch. des Grecs, IV et V, 1803.

Comment la pensée religieuse néo-païenne a-t-elle évolué de ce que nous avons appelé le Néo-Pyîhagorisme[tome II, 46-50. 52-57] à ce que l'on appelle le Néo-Platonisme ? quel est le rapport historique, quel est le rapport logique des deux doctrines?

Quant au premier problème, je rappelle que nous savons peu de chose touchant Aristocles et Ammonius Saccas. Mais il est clair que c'est parmi les disciples de Plutarque et d'Apulée qui! faut chercher les chaînons intermédiaires. Le plus important semble

absolument un, absolument iiuléterniiné, puisque toute détermination imi)li(iue limitation. 11 est donc supérieur à la pensée et à la volonté, toute pensée et toute volonté impliquant une dualité du connaissant et du connu, du voulant et du voulu. Les titres qu'on lui donne, le Premier. \'Un, la Bonté, \a Lumière, la Cause universelle, ne sont que de très imparfaites façons de parler. Immuable en lui-même, FUn-Premier engendre de son essence l'universalité des êtres : leur substance propre est le produit de son activité, son activité tient à sa nature même ; il engendre parce qu'il est bon. Ces êtres émanent successivement l'un de l'autre; et comme l'effet est toujours moins parfait que la cause, ils s'écbolonnent du plus au moins parfait. L'Un-Premier se connaît et donne ainsi naissance au second principe, llntelligence, vojç. L'Intelligence est ellemême son propre objet et sous ce rapport son objet

avoir (Hr Niimenius d'Apamée, qui onsoifrnail à la fin du ii^ siècle [Vacherot, I, 318] : il admirait fort Philon ci Platon.

Quant au second problème, on non dira ici qu'un mot. Lo mrdiateur dos Nco-Pythagoriciens est conservé par Numenius. mais celui-ci lui retire son nom de Verbe — qu'ont accaparé les Chrétiens, — : iU'appelle le Démiurge, ou le second Dieu (et Dieu, le premier Dieu conserve ou accentue encore son caractère transcendant, abstrait, ineffable). Numenius conserve et accentue l'es- ])rit religieux des Pythagoriciens : par la méditation mystique et l'e.xtase ascétique, l'homme est capable d'accéder au Dieu suprême. A-t-il commencé de transformer le dualisme pythagoricien en un monisme, tel que celui qui sera con^u par Plotin ? On peut seulement affirmer (pie. k ses yeu.x, le corps n'a qu'une ombre (l-(;.lPP^ — lincorporol est constitutif de l'être (voir Origéno, p. lo.'J), — ou mieux, que la matière est le non-étre absolu : il faut donc se défaire du corps ; dans la mesure, où il est, il est le mal..

LA TRIADE DE PLOTIX J6l

est un : néanmoins cette unité comporte une pluralité (le représentations. Puisque Tlntelligence est inférieure à l'Un, elle ne saurait absorber l'énergie divine qu'il lui communique : celle-ci se divise donc et s'irradie en un nombre considérable d'idées, vocoal oy>iiit;:^ formant le y-ô^aoç voTjTô:. L'Intelligence produit fatalement un troisième principe, lAme du Monde ; l'Ame du Monde prolonge en quelque manière la perfection de l'Intelligence au sein de laquelle elle contemple les idées : mais, en quelque manière aussi, elle déchoit, car elle est disposée à épancher au dehors la pluralité qu'elle contient en réalisant dans le monde sensible l'image des idées éternelles. L'Ame du Monde engendre les âmes particulières, aôyo-. ':--o;j.xt'./.oI, qui informent toutes chose-s ; ces âmes engendrent à leur tour la matière, s'unissent à elle, et produisent ainsi les êtres sensibles. La matière est une pure possibilité d'être, un néant, [xr, ov, et Plotin l'identifie avec le mal orio^inel, -o(otov xa/.ôv ; dans la série des Sfénérations divines, c'est un stade dernier où l'énergie divine, affaiblie par des déperditions successives, n'est plus capable de produire du réel. La pluralité règne dans le monde sensible, tandis que dans le monde suprasensible toute pluralité est contenue dans les liens d'une unité plus ou moins parfaite; l'un pourtant continue l'autre, comme des miroirs diversifient sans l'altérer l'unité tlamboyante du soleil. Le monde sensible est soutenu et engendré à chaque moment par lAme du Monde comme le soleil illumine à chaque

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