‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 55 sur 110 · LES DISCIPLES D ORIGENE · texte numérisé non relu

LES DISCIPLES D ORIGENE

met à nu la grossièreté et l'immoralité des cultes ésotériquesS Eusèbe de Césarée, Pamphile -, Macaire de Magnésie \. reprennent, en la corrigeant parfois, la synthèse du grand chrétien d'Alexandrie ; son disciple enthousiaste Grégoire le Thaumaturge ' s'inspire ouvertement de ses idées et Didyme l'Aveugle défend avec force, non seulement sa doctrine trinitaire qu'il rectifie, mais encore le Péri Arckon, dont il écrit un commentaire apologétique ■'. — Lac tance et Ambroise

* Son livre De errore prufanarum religionum. écrit vers 347, fait appel au bras séculier : c'est la première fois qu'un chrétien invite l'État à contraindre la croyance. Edition Ilalm, 1867. Vienne. Dans le De nwrtibits persecutorum. on sent naître cette forte haine anti-païenne.

- Prêtre de Césarée, originaire de Ptiénicie. qui fut martyrisé en 309. Rufin nous a conservé, en latin, le premier livre d'une ■A-oÀOY'!a J-ES 'Ûp'.-.'ivoj; qui était dédiée aux chrétiens de Palestine condamnés aux mines ; Eusébe écrivit le G'^ livre, et sans doute a-t-il une part aux cinq premiers. Pamphile combattait en particulier Methodius. Edition dans P. G. 17. Voir infra, p. 207.

^- Macaire, évéque de Magnésie (Carie ?) siège en 403 au concile du Chêne : c'est lui. sans doute, qui écrivit les cinq livres d'une apologie intitulée Movoys^'T,; t) à-oxp'.T-.y.ô; -pô; EÀÀT.va-. C'est un dialogue, où M. réfute les objections d'un disciple de Porphyre. Edition Blondel, 1876, Paris. Voir Duchcsne : De Macario Marjnete et scriptis eius. 1877. Paris; Schalkhausser : Zu den Sclirif tendes M. V. M., l'J07, Leipzig.

^ Né à Néo-Césarée, il s'appelle de son vrai nom Théodore : il étudie à Césarée. sous la direction d'Origéne. en i':33, devient évéque de Néo-César^e vers 240, meurt vers 27o. Son livre le plus fameux est un discours de remerciement ilîctir adressé àOrigène au moment où il quitte Césarée, lU 'Qz'M'/ç/ -co;cif.jvT,T'.-/.ô- Voir supra, p. 43.

^Né vers 310, mort peu avant 4uu : reste |)endant un demi-siècle chef de l'école d'Alexandrie où l'entendront Rufin et Jérôme, où la nommé Athana.se: son érudition était fameuse. Nous sont par-

représentent les mêmes idées en Occident. Lac tance reprend pour son compte la lâche dOrigène. Appelé par Dioclétien d'Afrique à Nicomédie pour y enseigner la rliétorique, il s'y est fait chrétien, peu de temps avant la persécution; ami de Constantin, devenu plus tard précepteur d'un de ses fds, il meurt à Trêves, pauvre et vieux. Dans ses Jnslilutions divines, il se propose dunir la vraie philosophie et la vraie religion, la sagesse des païens et la religion des chrétiens : la sagesse va à connaître, la religion à adorer Dieu, nous dit-il. Mais sa doctrine n'est qu'une juxtaposition de vague théologie et de moralisme : cest la philosophie de Gicéron recouverte d'un vernis clirétien ^ Saint Ambroise est plus original. Il s'est nourri de Cicéron et de Pliilon, il récrit le traité des deDoirs et laisse transparaître dans sa morale F esprit conciliateur qui anime Origène -. L'^'uvre tle celui-ci est toujours

venus en Iraductiun lalinu deux de ses livres, un Coinmenlnire des Ep. Calh., un Irai lé de rLuprit-Saint: il en avait écrit beaucoup d'autres. P. G., o'J. Il resta toujours laïque, il s'était marié. Voir Leipoldt : Didijmus der Blinde. l'.iU"> Leipzig — Sur les Cappadociens, voir in/'ra, ]). 187, sq.

' Les sept livres des InstiluUons divines datent sans doute de 30G-S13 ; on a encore gardé de lui le De ira et le De opi/icio dei. C'est un élève « assagi » d'Arnobe ; il combat les stoïciens et les épicuriens qui s'imaginent que la raison peut saisir le vrai, tandis (|u'elle peut seulement préparer Tàme à recevoir l'Evangile. Les religions et les philosophies des j)aïens sont également fausses ; l'histoire et la morale prouvent la vérité du Christianisme. Voir IMchoji : Laclance... Paris, l'JOl. Voir supra, p. 64, n. t et 07, n.

- Voir .s7/;j/'a p. 94. Homme d'action d'abord, S. Ambroise, lorsqu'il écrit, écrit des ouvrages de morale [l'cnilence.s. Vierr/es,

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vivante ; le principe sur lequel elle repose est également accept«^ par tous les esprits : il s'agit d illuminer IHellénismedes clartés du Christianisme, d'enrichir la pensée humaine des trésors de vie qu'a apportés Jésus, de faire bénéficier la science des données nouvelles qu'a introduites la religion. Avec le concours du Néoplatonisme, l'Hellénisme se fait relisfion ; malo^ré ses efîorts, il se fait chrétien.

Mais la christianisation de la conscience humaine qui se poursuit sur les bases de l'Origénisme n'est pas un bienfait qui compense au regard de certains les imperfections^ de cette synthèse ; la gloire éclatante du confesseur de la foi, 1 hostilité de l'Occident contre rOrient, concourent du reste à susciter et à entretenir la polémique. Diodore de Tarse, savant abbé dun couvent voisin dAntioche, reproche au grand docteur

Devoirs des prêtres ; Commentaires de rEcriture; : il vise l'humanité en général, mais purliculièrement ses contemporains {Tobie . Rrjmain dans lame, il cite Virgile, Varrun, Pline, Sénèque, Cicéron, lorsqu'il commente la Bible: la tradition chrétienne, chez lui, complète, sans la combattre, la tradition romaine, la pénètre de bonté et de tendresse, mais n'en énerve pas la mâle et précise rigueur. ISoter toutefois qu'il est plus net que Cicéron dans laffirmation des devoirs envers Dieu. — Voir Foerster : Amhrosius... 1884. Halle; Thamin : Saint Amb?-oise et la morale chrétienne au IV" siècle. l'aris, 1895 : Boissier : La fin du paganisme, 1, 339; H, :278 : tichermann : Die tiriechischen Quellen des h. A/nôrosius, 19U-, Munich : Niederhubber : Die Eschatologie des h. A. 1907, Paderborn; P. de Labriolle : .ï»'. Ambroise, Paris 1008: Pichon : Littérature lutine, 835. Pour les questions dhis(oire littéraire, voir Schanz.

» Subordinatianisme, prée.vistence des âmes, salut final universel, atténuation du rôle rédempteur et deificateur rlu Verbe incarné.

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l'abus qu'il fait de rinlerprétation allégorique : TEcriture Sainte ainsi étudiée excite toujours l'esprit humain, mais elle cesse d'assurer sa marche '. L'évèque d'Alexandrie Théophile finit par s'associer au mouvement afin de faire pièce à Gonstantinople et aux Orientaux. Saint Epiphane attaque le système tout entier avec un zèle moins éclairé qu'il n'est ardent : il le dénonce à Jérusalem et rompt la communion avec l'évoque Jean II, qui le soutient; ce n'est pas, dit-il, l'étude orgueilleuse des textes bibliques, c'est l'humble piété qui procure la foi-. Saint Jérôme renie son

* Evèque de Tarse vers 378, mort avant 394. 11 exerce une influence considérable [sur S. Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste. etc.] i)ar l'enseignement dont on le charge, à Antioche, vers 350. 11 a écrit un très grand nombre d'ouvrages, qui semblent tous perdus. Dans sa christologie et dans son exégèse. ce terrible ascète (sa maigreur le lait a|)peler le squelette) vise surtout à mettre en lumière le rôle autonome et actif de l'élément humain. Voir infra ce que nous disons des rapports de Tascétisme. du stoïcisme et du ])élagianisme, et de l'école d'Antioche. Voir Bardenhcwer ; Fèves de l'Eglise, II, 151 (1899).

- Kpiphane (315-403), avant de devenir évêque de Salamine. en Chypre, a été formé jiar les moines en Palestine et en P.)gypte et a fondé un monastère. C'est en 394 (|u'il rompt avec Jean H, vers 40-* qu'il fait condamner Origène par les évéques de Chypre et qu'il travaille à le faire condamner à Gonstantinople. [Saint Jérôme a pris le parti d'E|)iphane, dont il admire fort les connaissances linguistiques, contre Origène ; Jean II et Rufin défendent Origène. Voir Brochet : ^'. Jérôme et ses ennemis, Paris. 190G.] On a gardé de lui le Tiavap'.ov, précieuse description de 80 hérésies, P. G. 41-42, rAYXuco.-rô; exposé de la foi orthodoxe. P. G. 43 et d'autres ouvrages secondaires. Voir Jules Martin : >'. Epiphane, la connaissance relif/ieuse (Annales de philosophie chr.. marsavril 1908); Lii)sius : Zur Quellen Krili/c des E., 1865. Wien.

Ce chef des anti-origénistes avait eu un précurseur en la personne de Méthode. é\é(]ue d'Olymjie (Lycie) (pu' mourut mai'lyr

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ancien maître! La paix de 397 n'apaise guère l'agitation des esprits. Elle redouble les années suivantes lorsque Rutîn traduit le Péri Archon, et lorsque le pape Anastase en condamne solennellement l'auteur. On sent que beaucoup d'àmcs s'alarment, non seulement des erreurs quOrigène partage avec plusieurs autres, mais encore de l'esprit audacieux qui anime toute sa doctrine ^.

vers 311. « C'était, jioiir le temps, un fin lettré, lecîeiir assidu de Platon, dont il imitait volontiers les dialogues. Nous avons de lui un Banquet ». où il exalte la virginité : d'autres dialogues sur la résurrection et sur les créatures malmenaient fort Origéne [Voir pourtant Socrate, H. E., YI, 13: Photiiis : Cod. 234-237. et Bonwetsch : Methodius von Olympus, 1891].

' Dans quelle mesure Origène, ses émules et ses disciples, se sont-ils associés à l'œuvre scientifique des Grecs? A ce délicat problème voici un commencement de réponse. Origène connaît la découverte d'Hij)parque que Ptolémée vient de rajeunir : il sait que les étoiles fi.xes sont mues d'un autre mouvement que le mouvement diurne; et il utilise celte donnée nouvelle pour attaquer l'astrologie [Comm. in rien.. III, 1. J. 14: II. P. G, 12. 80]. [Noter que Proclus, en ce seul point, se séparera d'Hipparque.] Dans leurs commentaires sur la Genèse, Basile, Grégoire de Nysse (et Ambroise) se désintéressent complètement, en revanche, des questions d'astronomie et de cosmologie : ils se placent au point de vue pratique de l'enseignement religieux; ils se méfient des polémiques sans issue où les physiciens s'opposent [Basile : in Hexaem, I. 11. P. G. 10. 27-28; 57-58: 73-74]; ils craignent la solidarité de l'astronomie et de l'astrologie, car ils ne peuvent pas ne pas voir que celle-ci domine désormais celle-là [P. Tannery : Recherches sur l'histoire de l'astronomie ancienne, Paris, 18'.)3. p. 280-2811- Ils se contentent de reproduire les théories aristotéliciennes des éléments [tome I, 151-152] et de leurs lieux naturels (sauf Grégoire de Nysse). — Noter qu'^V ce moment s'élève pour la première fois un conflit entre physiciens et théologiens à propos de Gen. 1. 6-7 : pour Epiphane, Jérôme et les anti-origénistes, on doit conclure de ce texte à l'existence d'eaux supérieures supportées par le ciel: Basile

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La pensée chrétienne ne s'avance pas seulement dans ces voies que la philosophie a ouvertes ; on constate encore ses progrès à l'intérieur de la foi. Adoptée par des esprits grecs, la foi s'organise de façon à répondre à leurs exigences méthodiques.

Irénée avait formulé avec force la doctrine du Dieu- Homme, en montrant que la divinité de Jésus était impliquée nécessairement par la déification de riiomme. Présentée aux esprits grecs façonnés par la logique aristotélicienne, cette doctrine devait tendre à se développer suivant deux directions différentes afin de définir tour à tour les rapports de l'IIomme- Dieu avec l'homme et avec Dieu. C'est à ce grand travail que s'acharne la pensée chrétienne, soucieuse denlendre d'une façon plus distincte la réalité mystérieuse de Jésus; la direction de ses efforts atteste avec

lui-mômo abandonne Origèno (qui cxpliciuait lo i)assago allégoriqiiement) ; son ïri^rv Grégoire fait de même : si la coneavité interne du ciel est spliérique. disent-ils, sa lace externe doit être plane, ou creusée de vallées, pour retenir les eaux supérieures [!'. G. 39, o9-6U; 44,89]. Ambroise, à son tour, défend la théorie qu'à suggérée la Genèse : les eaux supérieures ne sont pas précipitées hors de leur lit par la rotation du ciel, parce quelles doivent être suspendues par dessus. Saint Augustin gardera une attitude beaucoup plus prudente et sensée : voir (/e Ge7iesi ad Ult., I. i>0, 39: P. L. 34. 261 et infra p. ii29-232. — Il faut dire que les néo-platoniciens ne sont pas plus curieux que les chrétiens, et que, du reste, depuis le début du Jlb siècle, la science hellène se dessèche el meurt | d'après IMenc Duhem : Soles luauuscrites].

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éloquence riiitlueiice d'Origène; c'est du centre même de la religion qu'elle tente de bannir le plus possible le mystère, c'est de la foi qu'elle veut constituer la science.

Le travail de certains docteurs apparaît à cet égard comme préliminaire au grand œuvre. Saint Cyrille de Jérusalem se tient de préférence à l'écart des nouveautés et explique par les formules consacrées le symbole traditionnel. Ses vingt-trois Cathéchèses forment un cours complet d'instruction religieuse; les cinq premières traitent du péché, du baptême et de la pénitence, de l'ensemble de la doctrine chrétienne, de la nature et de l'oriq-ine de la foi : les treize suivantes expliquent article par article et mot par mot le symbole de foi qu'on enseignait à Jérusalem aux catéchumènes; les cinq dernières, appelées «catéchèses mystagogiques », dévoilent aux nouveaux baptisés les plus sublimes mystères et les initient aux rites hiérosolymitains du baptême, de la confirmation et de l'Eucharistie ^

' Cyrille, né vers 313 à Jérusalem, en devient évéqae vers 348: trois fois exilé par les Ariens — le dernier exil dure li ans, 367-378 ^. il prend part au concile de 381, meurt en 386. C'est vers 348 quil prononce ses Catéchèses (= instructions faites aux catéchumènes qui seront baptisés dans la vigile de Pâques, sur l'Ecriture, le Symbole, la liturgie, tous les jours, sauf le samedi et le dimanche, à partir du premier dimanche de carèmei : elles ont été recueillies par la sténographie. Nous avons encore gardé une lettre à l'empereur Constance : Cyrille (?) lui raconte l'apparition dune croix lumineuse dont il a été témoin oculaire, le 7 mai o5i. — Cyrille est moins un théoricien qu'un témoin de la foi chrétienne au milieu du iv= siècle : on a pu reconstituer le svm-

L'insuffisante précision de ces formules dans les milieux grecs est attestée par la résurrection et le succès du Théodotianisme. Les deux Théodote, on se le rappelle, niaient la divinité de Jésus ; Paul de Samosate, évcque d'Antioche, reproduit leur négation. Jésus est un homme qu'inspire la Sagesse de Dieu (le Verbe) ; le Vorl)e na pas habité en Jésus o0'7iwô(7k, mais xaTà -a'.ÔTY,Ta ; entre le Verbe et Jésus il n'y a qu'une unité de sentiments et de volonté ^réalisée par

bole de foi qu'il onsoigne [Halin : Bibliothek... 4897, 132]. Le rlogme de la Trinité tel qu'il l'expose diffère à la fois des conceptions ariennes et sabelliennes: il démontre la génération naturelle et éternelle du Fils | VII, 5 : XI, 4. lT-18] par le Père, et i] ajoute que, à la divinité du Père particii)e. en même temps que le Fils, rKsj)rit-Saint, sanctificateur et déificateur[VI, 6: VU. 41]: c'est-à-dire que, sans prononcer jamais le terme ô[xoo'j<7io^, il enseigne la consubstanlialité [llarnack : D. G., il', :241, 1]. Du reste, il attribue aux trois i)ersonnes les opérations divines ad exlra. conformément aux tendances de la piété grcc(|ue. — Il affirme maintes fois l'identité de Jésus et du Verbe, insiste sur l'unité ])ersonnelle de Jésus, appelle ^larie Oeotôxoç, raDjielle avec force la conception virginale, mais il affirme en môme temps l'intégrité de la nature humaine du Sauveur. Jésus s'est incarné i)Our nous instruire plus facilement, mais surtout afin d'expier à notre place nos j^échés (XIII, '.V.\^ Rivière : Le dogme de la rédernplion, 1905, Paris, 466). — Quand il touche au i)roblème anthropologique, il insiste sur la réalité du libre arbitre à rencontre des Gnostiques et des Manichéens, et sur la distinction de la raison et de la liberté laissées intactes i)ar la chute (l'homme les avait reçues parce que fait à l'imar/edc Dieu) d'avec la sainteté que l'homme a re(;ue à la ressemblance divine et que la chute lui fait perdre [XVII, -\ 12 : XIV, IU|. — Voir l'édition de dom Toidée, Paris, 47:20, reproduite P. G. :>'i: Tillemont, VIII, 4702, 428 ; Mader : Der h. Cijrillus Bischof von Jer., 1891. Finsiedeln ; Ga'nrol : Les e'glises de Jérusalem. .. au IV" siècle, 1895. Paris, 155; X. Le liachelet : article Cyrille de Jérusalem dans VacantiMangf'Uot, (;l Fursier dans llerzog-Hauck.

PAUL ET LUCIEN D ANTIOCHE 18j

lamoiir. Dieu récompense Jésus d'être resté toujours uni au Verbe en l'armant d'un pouvoir miraculeux et en lui conférant le droit de juger les hommes. Aussi, puisque Jésus n'est pas vraiment Dieu, Paul supprime tous les chants d'églises affirmant la divinité essentielle du Christs

Condamné, destitué, Paul trouve un successeur dans le plus savant exégète de ce temps, Lucien d'Antioche. Lucien accorde aux orthodoxes que Jésus n'est pas un homme, qu'il est uni à un être céleste préexistant. Mais on voit bientôt que cette concession est illusoire. Lucien distingue nettement deux Verbes : le Verbe de Dieu, incréé, éternel, impersonnel, et le Verbe uni à Jésus, le Verbe créé, A070; y-'r.'x^ ; et il appuie sur cette distinction, opposant au Créateur incréé tout ce qui n'est pas lui, même le Verbe-Jésus. La logique aristotélicienne est mise par lui au service de cette doctrine ; sa théologie devient une « technologie » syllogistique -.

' Voir supra, t. IH. 211 let 215, noie li. Paul, ancien sophiste, devient évèque d'Antioche vers 260 : un premier procès tourne à son avantage, 264 : un dernier procès tourne à sa condamnation, vers 268-26'J ; il est alors accusé par le prêtre Malchion. Sa vie privée n'était pas sans reproches. Son halîileté politique était fort connue. C'est Firmilien qui avait été lame du mouvement dirigé contre lui. Noter que Paul refusa dobéir à la sentence du concile de 268; les chrétiens en apj)elèrent à l'empereur païen Aurélien ; Aurélien décida que le véritable évéque à qui devait être remise la maison épiscopale était celui que reconnaissaient les évèques d'Italie et de Rome. Noter encore que le concile de 268 répudia le terme ô;jlooj7'.o;, comme favorisant la théologie modaliste [Duchesne, II. A. I., 470].

- D'après Duchesne. H. A. II. iOU, « Lucien est l'inventeur de

182 L'Ér.LISE IMPÉRIALE : LA PENSÉE CHRÉTIENNE

Un (le SCS élèves, le diacre (rAlexaiulric, Ariiis, reprend les mêmes idées et les développe. Des deux Vcrl)cs distingués par Lucien, Arius supprime le Verbe incréé, éternel, et accepte, quant au reste, les théories anti-chrétiennes : le Fils est une créature, créée de rien, qui est radicalement, et par nature, distincte du Père, puisqu'il ne saurait y avoir deux Dieux ; seulement, elle se distingue de toutes les autres créatures. Le Fils est la créature parfaite : par lui, tout a été créé ; il est devenu Dieu par la grâce du Père et par ses propres progrès ^.

la dortrine qui. sous le nom d'arianisnic, fora tant de bruiJ » ; atteint sans doute par la condamnation de 26S, il fut privé delà communion, puis rétabli dans sa dignité j^resbytérale : il mourut martyr en 312. — « Tne méthode dialectique qui se réclame d'Aristote et une recherche systématique du sens littéral caractérisent les théologiens d'Antioche. » C'est en ce sens qu'on peut jiarler de Vécole d'Antioche : car il n'y eut pas à Anlioche un établissement ecclésiastique officiel analogue au didascalée alexandrin. Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste sont, après Lucien, les chefs de cette école. Après l'arianisme, elle lancera le nestorianisme, contestant toujours l'identité personnelle de Jésus et du Verbe ; et elle ramènera la rédemption à la connaissance et à l'imitation du progrés moral de Jésus. Voir Kihn : Die liedeiitanfi der antiochemschen Scinde auf dem e.reqelischen Gebiele, 18()6. et T/ieodor von Mopsueslia und Jidius A/'r., Fribourg: Harrent : Les Ecoles d^ Anlioche, Paris, IS'JS; Forster : Chrysoslomiis in seinem Verhdllniss zur aniiochenischen Schide, ISG'.J, Gotha; Chase : Chri/sosfom., London. 1887; Flser : Der h. Chr. und die Philosophie, Theol. quart., 18114, t. 7(i.

^ Sur la vie d'Arius et l'histoire politique de l'arianisme, voir supra, p. 70-83. Voici un texte où s'exprime clairement la |)ensée d'.Arius : c'est Arius lui-même qui parle. « Dieu n'est j)Oint I^'re de toute éternité : il fut un temps où Dieu seul existait et n'était point encore Père; |)lus tard seulement, la paternité survint. Le Fils n'a point toujours existé. Tout ])rovient du néant, tout est

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