‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 56 sur 110 · ARIUS · texte numérisé non relu

ARIUS

Les progrès de l'arianisme demandaient une réédition de la doctrine dirénée. Alexandre, lévèque d'Alexandrie, qui a condamné Arius, n'est pas de taille à le dominer : bien quil connaisse, sans doute, l'œuvre du docteur de Lyon, comme celle aussi dOrigène, il ne sait pas trouver des formules satisfaisantes; s'il affirme la coexistence du Père et du Fils, éternelle et sans commencement, il ne parvient pas à se garer suffisamment du dualisme deux y.\;vn-.7.) etdusabellia-

créaUire et œuvre : le Verbe de Dieu est donc lui aussi venu du néant, el il y a eu un temps où il n'était pas... Puis- Dieu, voulant nous créer, produisit un être qu'il appela Verbe, Sagesse, Fils, pour créer par son moyen... Il y a donc deux sagesses : lune propre et immanente à Dieu : c'est en cette sagesse que le Fils a re(,'u l'être, et c'est seulement parce qu'il y participe qu'il a reçu le nom de Sagesse et de Verbe. La Sagesse a reçu l'existence par la sagesse, par la volonté du Dieu sage. C'est ainsi qu'il y a en Dieu un verbe différent du Fils. Le Fils participant de lui reçoit, par grâce, le nom de Verbe et de Fils ». [T/ialia. Cité par S. Athanase : Oratio I in Arianos, a, P. G., 26. col. 21, A. B., trad. fr. F. Cavallera : Saint Athanase, Paris, 1908, p. 6.] — Voir encore [ibidem, p. 7, P. G. :26, 708 : De Synodis, 16] la déclaration suivante qu'Arius envoie à son évèque. « Nous connaissons un seul Dieu, seul improduiL, seul éternel, seul sans principe, seul vrai, seul immortel..., immuable et invariable, juste, bon : c'est le Dieu de la loi, des Prophètes et de l'Ancien Testament. 11 a engendré un Fils Unique avant les temps séculaires, i)ar qui il a fait les siècles et tout l'univers, il l'a engendré, non en apparence, mais en vérité ; ce Fils s'est constitué par sa volonté immuable et invariable, créature de Dieu parfaite et non l'une [quelconque] des créatures... Par la volonté de Dieu, avant le temps et les siècles, il a été créé, il a reçu la vie et l'être du Père, qui l'a constitué dans la gloire,... lui donnant l'héritage universel... Il n'est pas éternel ou coéternel ou co-improduit avec le Père. Son être n'est pas coexistant à celui du Père, comme quelques-uns l'affirment... » Cf. Harnack : Précis des dof/mes. trad. Choisv, 17U.

nisme (•j-o-iTwo) ; il prélcTC abandonner ses lliéories de la TîaTO'.xr, OsoYov'la et se réfugier dans le mystère. Le second Irénée qu'attendait 1 l'>glise, ce fut un de ses diacres, saint Athanase. Atlianase retrouve la conception maîtresse du grand éveque : Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne dieu; la déification de l'homme, voulue par la bonté de Dieu, voilà l'idée qu'il soutient pendant sa longue carrière. Plutôt que le Démiurge, il montre et il adore en Jésus le Rédempteur : Dieu lui-même est entré dans Ihumanité parce qu'il avait seul qualité pour restaurer en nous le caractère d'enfant divin ; Jésus-Christ est donc Dieu, il n'y a en lui aucun élément créé, il n'appartient d'aucune manière à la création. Dieu étant une unité (|Jtovâ:) et le Fils n'appartenant pas au monde, il faut donc qu'il appartienne à cette unité du principe incréé, qui est le Père ; mais nommer le Père n'est-ce pas en même temps, et par là même, poser le l-'ils ? Le Père est tel, indépendamment du monde, puisque le monde est créé ; le Père est tel, il ne peut être tel que par rapport à soi. Le Fils est, par conséquent, y^'^^"^!!^^ ''^'^ ^«too;, engendré par l'être de Dieu comme la lumière par le soleil ; le Fils est l'image parfaite du Père, il est coéternel au Père et de même substance que lui, 6|jloo'j'7'-oç : il a en commun avec lui la même essence unique et forme avec lui une rigoureuse unité. Ce Dieu un renferme en soi une manifestation indépendante, qui a son activité propre; Père etP'ils sont une seule essence qui comprend eu soi ladislinclion de ào/r, et de7£vvY,u.a

LA DOCTRINE d'aTHANASE 185

c'est-à-dire de principe et de dérivé : mais cette légère subordination n'a rien de commun avec la subordination des choses créées i. — En somme, Atha-

♦ Harnack-ChoisY, 17'J : Duchesne et de Vœgnon, passim.

Noter que S. Athanase a eu un précurseur, auquel nous ne savons ce qu'il doit, je veux dire Euslathe, évêque d'Antioche. dès avant 325. que les Eusébiens déposeront en 330 et qui mourra en 337. Son activité littéraire semble avoir été très grande : sa fidélité au dogme du consubstantiel est certaine. On n'a rien gardé de lui.

Au fond. S. Athanase nest pas un théoricien apportant une explication plus ou moins satisfaisante de la foi ['« l'expression d' homoousios n'est pas même employée aussi souvent par lui quon serait tenté de limaginer <>, Harnack-Choisy. p. ISl]. ou soucieux d'élaborer de justes formules théologiques. Il est d'abord, et essentiellement, un témoin de la foi chrétienne, et qui la décrit telle qu'elle est. C'est par la profondeur de son sens chrétien qu'il occupe dans l'histoire du dogme une place suréminente. n La Trinité n'est point pour lui une entité abstraite, que la foi impose à l'intelligence du croyant, mais qui doit rester sans influence sur la vie pratique : elle est vraiment le tout de la vie comme de la pensée chrétienne. Ils sont vivants â son cœur, les trois de la divine unité, le Père, le Fils, 1 Esprit-Saint. S'il ne cherche pas à caractériser leurs relations abstraites, il a appris de l'Ecriture t.t il redit à plaisir les intimes liens qui les unissent parla Paternité, la Filiation, le Don. Il étudie leur rôle et montre leur amour pour l'homme dans la Création, l'Incarnation et la Rédemption, dont la lin est la déification qui nous rend fils adoptifs du Père, dans le Fils, par l'Esprit-Saint. En même temps que ces mystères mettent en vive lumière l'opposition fondamentale et infinie entre nous, créatures, et le Fils et l'Esprit que les Ariens s'efforcent de rabaisser vers notre néant, ils font ressortir la richesse de l'Etre divin. Athanase ne s*î lasse point d'énoncer, sous toutes les formes et à toute occasion, les deux ou trois principes qui résument pour lui le mystère : le Fils procède du Père par fjénéralion, non par création: il appartient donc à la substance du Père, dont il est ainsi l'image vivante. îo'.ov -r,^ oj7'!a^ toù -aTOor •d'r/-r,[X7. : c'est le rejaillissement de la source, l'éclat inséparable de la lumière [plus précisément, il est l'ensemble subsistant des perfections naturelles

nasc a niainlenu la croyance traditionnelle que, en Jésus-Christ, c'est Dieu lui-même qui a racheté l'homme; il a trouvé le moyen de riposter à Arius sans tomber dans le modalisme ou le subordinatianisme, sans renoncer à Tlunnanité ou à la divinité de Jésus. Sa théorie prévaut à Xicée ; on introduit dans le symbole de Césarée les mots caractéristiques de l'orthodoxie COUSubstantialiste, YSwy/JévTa oO -o-.y/Jévtx h. -r,:

Le vrai ariaiiisme est, dès lors, démasqué et rejeté hors de l'I-lglise ; la dialectique savante des Aétios et des Eunomios, la politique de Constance etdeValens ne le sauveront pas de la mort.

de b'-eu (tio Régnon : op. laud., III, 5ull)l. De son colr. l'Esprit apparlient à la substance du Fils de qui il revoit ; et puisque le Fils est dans le Père, comme l'Esprit est dans le Fils dont il est [le don], il y a dans la Trinité une union mystérieuse de nature qui dans une substance commune produit une commune opération et n'a rien à voir avec l'union morale seule accessible à la créature... Hors de ces idées qui sont le mystère lui-même, Athanase ne veut rien entendre : il veut que l'esprit respecte le mystère et s'arrête où l'Ecriture reste muette... — :Mais. autant il inculque ces princii)es fondamentaux, sans se lasser, délibérément — ne nom lassons pas de redire les mêmes choses est une l)hrase favorite d'Athanase — autant il est large sur la manière de les exprimer. Les cboses importent, non les mots, dit-il, (juehiue part. » [Cavallera : op. laud., 35-36.] « Contre les Sabelliens. il disait : le sage et la sagesse sont deux choses distinctes : en Dieu ce sont deux personnes différentes. Contre les Ariens il ajouta : Le sage et la sagesse ne sont pas deux substances séparées; en Dieu, les deux Personnes sont coéternelle.s et consubstantielles : elles sont un .seul et même Dieu » [de Hégnon, lll, oCOj. Dieu ne peut être sans sagesse, pense-t-il: mais l'essentielle simplicité divine s'oppose à ce qu'il y ait des (pialites eu Dieu: (l(.nc, eu Dieu, la Sagesse est une jjersonnc subsistante.

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