‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 58 sur 110 · LE< DEUX GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

LE< DEUX GRÉGOIRE

unit ces trois enfants de la Cappadoce : Basile et Grégoire de Xazianze font à Athènes un extrait de ses principales œuvres^; Grégoire de \vsse, auquel fait trop de tort son style diffus et recherché, semble ressusciter le grand Alexandrin. Il est bon de noter que laïeule de Basile, celle-là même qui éleva son enfance, a personnellement connu saint Grégoire le Thaumaturge, le plus ardent peut-être et le plus enthousiaste disciple du maître. Basile est devenu évêque de Césarée ; il a fait de son frère, l'évèque de Xvsse, et de son ami, lévèque de Sasimes ; celui-ci, le moins propre pourtant à l'action, sera celui que les circonstances pousseront le plus loin : il devient évèque de Constan-

de Basile au moment ou celui-ci mourait : on lui doit un remarquable exposé doctrinal, intitule Grande Catéchèse (en 40 chapitres» » : il écrivit deux traités contre Apollinaire, quatre opuscules sur la Trinité, dautres études sur Yâme et la résurrection, le fatalisme, les enfants morts en bas-âf/e. On lui doit encore des ouvrages d'exégèse, une Apolorjie de l'Hexaméron de son frère, huit Homélies sur VEcclésiaste, 15 sur le Cantique. 5 sur le -Vo/7-e Père, 8 sur les béatitudes: plusieurs panégyriques de martyrs, et 26 lettres. — Rhéteur dans lame, c'est presque malgré lui que Grégoire de Nysse a été ordonné prêtre par Basile : et, malheureusement pour lui, du moins quant à son style, il est resté tel jusqu'au bout. Il utilise systématiquement la technique des sophistes ses contemporains tLibaniosK il imite délibérément Leur style artificiel et prétentieux. Voir Mendier : V influence de la seconde sophistique sur l'œuvre de Grégoire de \ysse. Rennes i9C6; Diekamp : Die Théologie von G. v. X., 1. 1896; Hilt : Des h. Gr. von .V. Lehre von Menschen. 1890. Kôln : Yollert : Die Lehre Gr. von X. vom Guten und Bosen. 1897. Leipzig: Krampf : Der Urzustand des Menschen nach... Gr. 1899. ^Vurzi)ourg. Voir Bardenhewer, II, 125. — Édition très médiocre dans P. G., 44-46.

* C'est la Philocalie. Voir Robinsnn : The Philocalia of Origen. 1S03, Cambridge.

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tinople. Mais Basile n'est plus là pour le guider ; devant l'opposition de quelques évoques, il se démet spontanément de son siège et regagne la Gappadoce. Autour d'eux se presse tout un groupe d'àmes non moins ardentes, d'esprits non moins tolérants : c'est Amphilochios, lévèque d'Iconium ', c'est Didyme l'Aveugle, c'est Pierre de Sébaste, frère de Basile, c'est Césaire le médecin -, frère de Grégoire de Xazianze ; c'est la troupe de tous ceux qui aiment à se réclamer d'Origène. Les caprices de la politique impériale qui disperse aux quatre coins du monde les

* « C'était, sous Théodose, le jiersonnage le plus important de toute lAsie Mineure. En lui, bien plus qu'en ses proches, Basile avait trouvé un héritier. A vrai dire. Amphilochios était son œuvre. Elevé à l'école de Libanios. qui lui conser\a toujours beaucoup daffcction, puis avocat à Constantino|)k% il n'était pas resté longtemps dans le monde et vivait retire en Cappadoce auprès de son père infirme, quand Basile, vers la fin de Tannée 373, fut prié par les gens d'Iconium de leur choisir un évéque. Son choix tomba sur Am|)hilochios, qui n'avait guère déi)assé la trentaine, .luste à ce moment, la ville d'Iconium devenait métropole dune nouvelle province, celle de Lycaonie, formée aux dépens de la Pisidie et de l'Isaurie... Par cet homme de confiance, plein d'énergie et de dévouement, Basile pouvait rallier les bonnes volontés éparses en Phrygie, en Pisidie et jusque dans les provinces plus lointaines de Lycie et de Pamphylie. Amphilochios venait de temps à autre à Césarée... Sous une telle direction, A... devint bientôt un homme de grande doctrine et une sorte d'oracle. » (Duchesne : H. A., H, 584). 11 mourut vers 395. C'était un cousin germain de Grégoire de Nazianze. Tous ses écrits sont perdus. Voir lloll : Amphilockiits von Iconium, 1004. Tubingen : G. Ficker : Ampliilochiana. I, 4 006, Leipzig; Cavallera : Les fragmenls de S. Ampltilor/ite clnns l'Iloderjos [Rev. d'hist. eccl., 1007, 473].

- Médeci-n du palais impérial sous Constance et Julien, <jui tenta de le ramener au Paganisme. Il mourut vers 368.

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évêques trop tiers pour se cour]j«jr coiilribiient à leur amener des recrues. La plus illustre est saint Hilaire. Conduit au Christianisme par l'étude de la pliilosopliie, cet enfant de l'Aquitaine est devenu évèque de Poitiers ; il a lutté sans faiblir contre l'évéque arien d'Arles et, pour prix de son courage, a été relégué dans le diocèse d'Asie. Létude qu'il fait des écrivains grecs mûrit ses idées théologiques ; il subit profondement Tinfluence de la science sacrée si ardemment cultivée là-bas ; et c'est lui qui donne le signal de la réaction contre la conception trop rigidement unitaire qui prévaut ^

' Hilaire. né vers ol5 dans une riche famille païenne de Poitiers, a été converti par la lecture des Ecritures : baptisé, il est bientôt nommé évèque peu avant 3.3.o, et. parce que consubstantialiste. il est exilé en Asie, ôbi). En 3G0, il entre chez lui, accomplit l'œuvre conciliatrice qu'on sait et meurt en 366. — La franchise et la tolérance de Thomme, la fermeté, la profondeur et la largeur d'esprit du théologien, l'ardente charité du moraliste, toutes ces qualités expliquent l'originalité de la physionomie d'Hilaire. — Il a écrit en Xii't-.ib'K un ouvrage en 12 livres sur la Trinité: \e De Synodis seu de fide Orientalium, printemps •îoO : le contra Aiuentiinn, 363 : des Commentaires de S. Matthieu et des Psaumes. — Edition Zingerle. dans le corpus de Vienne, 1891. Voir Bardenhewer : II, 270.

<( Sous le titre de « Fragments historiques », nous avons les débris d'un seul et même ouvrage qui, publié d'abord en 356. au temps du concile de Béziers. reçut plus tard des compléments considérables... Le premier livre... s'ouvrait par une préface ifr. 1'. après laquelle venait un exposé, accompagné de pièces justificatives. Cet exposé partait de la condamnation de Paulin de Trêves au concile d'Arles, 353; puis la discussion remontait au concile de Sardique (342) et même a celui de >'icée pour se poursuivre au moins jusqu'au concile de Milan en 35.3... (Voir fr. -2, 3 et VAd Comt. Atig. liber /). L'autre divre) fut .rédigé) après le concile de Rimini. en .360 ou plus tard. On y trouve

496 l'église IMPÉIUALE : LA PENSÉE CHRÉTIENNE

En 359, il entre en campagne apros s'être entendu avec dautres évoques dAsie. Les Ariens redoutent sa politique conciliatrice et sa large théologie : ils le représentent à la cour de Gonstantinople comme le a perturbateur de l'Orient », et pour s'en débarrasser, le renvoient en Gaule. Mais, au printemps de cette même année, il vient décrire le De synodis seude fide orientalium afin de démontrer l'orthodoxie de beaucoup de semi-ariens, et comment on peut donner un sens catholique à l'expression ôaotoj^-.o;. On l'avait repoussée jusque-là parce qu'elle paraissait n'indiquer qu'une vague similitude, celle de létain à l'argent, par exemple; saint llilaire démontre qu'elle peut désigner aussi la parfaite égalité, et qu'elle la désigne nécessairement lorsqu'il s'agit dune similitude de nature. Du reste, poursuit l'évêque, on a frappé, d'anathème quiconque soutiendrait que l'essence du Fils est dissemblable de l'essence du Père. Or qu'est une ressemblance sans dissemblance, sinon la parfaite égalité? Qux aulem nihil differunt, unum sunt, non unione personx, sed œqualilate naturœ. Donc, conclut llilaire, le mot ôao-oO^-.o: peut être pris dans un sens légitime si, par la similitude, on ne prétend pas nier

(fr. 7-10) des pièces relatives au concile, puis (fr. ll-lo) des documents postérieurs (allant jusqu'en o67) ; entre les deux (livres : fr. 1-3, fr. 7-15) se trouvent trois fragments (4-6) qui ne contiennent que des lettres du pape Libère avec quelques j)lirases de texte narratif ». Duchesne : Libère et Forlunalien : voir Wilmart : 1 .4(/ Conslanliiim liber primas de S. llilaire de Poi liers {[{ewie bénédicline, '1907». et Saltef, dans le Bulletin de Toulouse, 1"J07, 271» et 1903, 2^2.

CRITIQUE DE l'hOMOÏOUSIOS 197

l'égalité. Or, il s'agit ici d'une similitude de nature, donc d'égalité, donc d'unité. .Equalitas âutem naturœ non potest esse nisi una sit : una vero non personae nnitate, sed generis ^. Cette unité de nature spécitique, cette unité d'essence suffît à détruire tous les gradins que l'Arianisme introduit dans la Trinité. Qui professe l'unité d'essence entre le Père et le Fils, professe du même coup que le Fils est incréé, éternel, tout-puissant, en un mot qu il est Dieu,

Et Lucifer de Cagliari a beau protester dans un violent pamphlet, Hilaire, de retour en Gaule, met en pratique cette doctrine : s'il fait déposer les vrais Ariens, les négateurs de la divinité de Jésus, tels Saturnin d'Arles et Paterne de Périgueux, il accueille avec bonté et réconcilie avec bonheur, attentif seulement au fond des choses, la troupe des évéques qui se sont embrouillés dans les formules. Et c'est ainsi, dit Sulpice-Sévère, qu'il délivre notre Gaule du crime de l'hérésie, au concile national de Paris. Le pape Libère l'approuve : n'a-t-il pas cru lui-même pouvoir donner un sens orthodoxe au même terme d'ouo'.oja-.or? Il conseille aux évêques d'Italie de suivre l'exemple d'Hilaire; Eusèbe de Verceil n'a pas, du reste, attendu son avis pour agir de la même façon. Ce n'est pas tout : voici qu'Athanase, l'homme de l'ôao-o^cr'.oç pourtant, refuse de suivre, au concile d'Alexandrie -, les

* De Synodis, § 73-74. d'après de Régnon : op. laiid , I, 374.

* Printemps 36iî. Voir le Tomiis ad Antiochenos. (Mansi, III. 347), la lettre d'Athanase à Rufmien. Constance vient de mourir

198 L KilLBE IMPÉRIALE : LA PENSEE CHRETIENNE

iiiiitair«^s iiitraiisiooanls, accueilli' les évèques seniiariens (lui c.\|»li(iii('iil ôao.oj':.o; comme llilaireetrecoii-

3 novembre . ■!()!, Alliaïutsc de rentrer à Alexandrie. 21 février 302. Lest orlliodoxes fjiii rejetaient trois hypostases en/ermaient dans ce ferme hypostase l'idée de subslaiice. ou de natin^e : ils pensaient donc rejeter le trithéisrne. Les orthodoxes qui rejetaient trois personnes enfermaient dans ce terme peisona. l'idée de T:pÔ7co7:ov (/i/i avait, de par l'histoire, une saveur sabeliienne : ils pensaient donc rejeter le sabellianisme. Alhanase connaissait cette doid:>le é(|uivo(iue . il parlait les deux langues: il fit qu'on s'entendit. Les Orientaux finirent par comprendre que, lorsqu'ils disaient una subslantia, les Occidentaux ne voulaient pas dire une hypostase et (|uils admettaient trois réalités divines : vers 37o, les Occidentaux condescendront aux scrupides de la terminologie orientale et écriront una usia, en grec, et non plus inia sul)slanlia [lettre ea yrafia : Constant, 495 : voir Basile : Episl., l'il. 4. I)\Hhesne, H. A., II, 408]. [Il est vrai (jue la lettre Confidimus écrit una substantia]. — Voir encore la lettre du Concile de Paris aux Orientaux (Mil. fr. XI). — L'orthodoxie de l'expression persona, et donc les équivalences pe/v^o;/^/ =; 6-ôar-:aj'.; = ttoot^u-ov sont établies par la correspondance de Damase et de Paulin et par le concile de Constantinoj)le de 382 [Confessio fidei catholicœ, ilahn^, 271 et Ilef'ele-Leclerc(|. H. i, 55|.

Athanase confond, jusqu'à la fin de sa vie. comme a fait le concile de Nicée, les deux termes o'jrsia et j-ÔTTaa'.; [Epist . ad Afros, de 36'J. .^ 4 ; De décret is 27 ; De synodis 41 : Tomus ad A ntioch., 6. 'fixeront. II, l'j], et donc ne possède aucun terme pour désigner la i)ersonne. Mais il distingue de l'o'jTia la cpôat?, « ensemble des qualités et des propriétés de la substance, qui découle d'elle ». — Pour Origéne et ses disciples, au contraire, ûrôjTas'.; signifiait personne, et jamais substance, nature, où^rta : S. Basile et les Cajipadociens font triompher cette terminologie. Pour lui, « rhy[tostase est l'individu déterminé, existant à part, ipii comprend et j)osséde l'oj'T'a, mais s'oppose k elle connne le propre au commun, le particulier au généial [Ep. 23«), 6 et Ep. iiS] ». Mais il se méfiera jus(|u"ii sa mort du terme toôtcottov, autpiel il trouve uru' sa\-eur sabeliienne [Ep. 2:J(), d] : Grégoire de Naziaii/.e finit par l'accueillir [Om/., 42, in|. ïixeront. II, 77-78.

Le terme de Ôijloojtio; avait été condamné en 209 avec Paul de Samosate. bien qu'il eût été adopté par Origène et qu'il

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