AI.\T AUGUSTIN
qui le rend père et qui dure quatorze ans. Mais cette union « le règle dans son dérèglement » ; il continue d'apprendre ; il lit les philosophes : VHortensius de Cicéron fait sur lui une impression profonde et le remplit de mépris pour les espérances de la terre. \ son àme altérée de vérité et de paix, le Manicliéi.-me s'offre paré d'une double auréole de science et de pureté. Saint Augustin se convertit ; et sa mère, la pieuse Monique, pleure les égarements de son tils, « plus que « les mères ne pleurent la mort corporelle de leurs « enfants ».
Mais voici que peu à peu s'ébranle en son cœur la foi nouvelle. Revenu à Carthage après un court séjour dans sa ville natale, il étudie l'astronomie dans les loisirs que lui laisse renseignement de la rhétorique
animales [Lang (trad. fr. Marillieri : Mythes. Cultes et Religions. Paris. 18<j6, p. l'.t-:20]. Faulhaber : Die f/riechiscfien Apologeten der Klassischeii Valerzeit. l. Eitsebius. 18'.t6. Wiirzbourg ; J. Martin : L'apologétique traditionnelle. I, llMjo.
Voir, pour Ihistoire littéraire : Harnack : G. A. L. Ersler Theil : Die l'eberlieferung und der Bestand ..., 1893. Leipzig, p. 551-586 ; — pour le texte, les éditions reproduites dans la P. G. 19-24, celle que M.Schwartz a donnée de IHisloire Ecclésiastique dans le Corpus de Berlin, depuis 1903 [reproduite et traduite par Grapin. Paris. 1905, tome I, livres I-IVl. celle que Schoene a donnée de la Chronique 1866-1875, Berlin, la récente traduction allemande de la Théophanie par Gressmann, 1904, dont le texte syriaque a été édité par S. Lee, 1843, Cambridge: E. H. Gifford : Eusebii Pamphili Evangelicai praeparalionis libri AT, Oxford, 1903, 5 vol.
Consulter larficie de Lightfoot, dans le Dictionanj of chiist. Biography, Croiset. Y, 90'.», Barderdiewer, trad. fr., 11, fO, Preuschen, dans Ilerzog-Hauck et Harnack : Citron.. Il, 106.
Certains Pères ont entrevu l'idée de révolution progressive de la doctrine : Grégoire de Nazianze : Or. XXX. :26.27 : c'est peu à peu que la lumière du dogme trinitain^ a éclairé l'Eglise.
218 L ÉGLISE IMPÉIUALE : LA I'EN>ÉE CHUÉTIENNE
auquel il s'est voué ; et, de cette étude, il sort convaincu que la prétendue science des Manichéens nest qu'un tissu de rêveries, — et il garde toute sa vie je ne sais quelle méliance sceptique à l'endroil des sciences de la nature. Il s'est aperçu d autre part que la vertu des Manichéens n'est pas aussi solide qu'apparente. Lorsque arrive l'évêque hérétique de Milève, Fauste, Augustin court à lui; il lui demande de pacifier son àme ; mais Fauste est impuissant à dissiper ses doutes, Fauste ne sait rien de l'astronomie. Fauste n'est qu'un beau parleur. Le doute recommence d'agiter l'àme d'Augustin.
Il quitte Cartilage, se rend à Rome et bientôt se fixe à Milan où le préfet Symmaque lui a fait obtenir une chaire. Saint Ambroise accomplit l'œuvre dont Fauste s'est montré iiicapai)Ic ; ses sermons apprennent à Augustin ({ue les chrétiens ne sont j)as des anlhropomorphites et que l'Ancien Testament contient nombre d'allégories. Le jeune Afi-icain brise définitivement avec les Manichéens, lit les philosophes néo-platoniciens dans les traductions de Marins Victorinus et apprend à leur école que Dieu est une substance non étendue et (pie le mal a sa source dans la volonté. Rien ne le sépare plus de la doctrine chrétienne ; mais sa chair crie contre les lois qu'elle im|)ose : après avoir renvoyé la mrre d'Adéodat, il prend une maîtresse en attendant (jue puisse s'accomplir le mariage qu'à préparé sa mère. Désespéré, dégoûté de soi, Augustin se réfugie dans l'étude des platoniciens, il médite les
LA CONVERSION d' AUGUSTIN '219
épîtres de saint Paul ; un jour, il ouvre son àme à celui-là même qui a baptisé Ambroise. Simplicien, — c'est le nom du prêtre, — lui fait lire la vie d'Antoine; il lui parle des solitaires d'Egypte, il lui apprend la conversion récente de deux officiers de l'empereur. A la fui de l'entretien, bouleversé, fondant en larmes, Augustin se retire au fond du jardin et se couche, brisé, sous un figuier. Quand il en revient, il est transformé, il est guéri ^
* Âurelius Augustinus, évèqiie d"Hippone, 13 novembre 354- 2'6 août 430. Tagaste s'appelle aujourdhiii Souk-Ahras. à -2o lieues de Bône, au sud-est, dans la vallée de la Medjerda. C'est en 370 qu'il arrive à Garthage ; en 372 que nait son fds Adéodat : de 371 à 386 que dure sa liaison avec la mère d'Adéodat : en 373 qu'il lit Vllortensius et se convertit au Manichéisme, d'où il ne sortira, après y avoir passé neuf ans (comme aud'deur, non comme élui qu'en 383 : noter qu'il a prêché le Manichéisme et qu'il y a entraîné son ami Alypius, son riche protecteur Romanien, un ami dont il ne dit pas le nom. Il s'adonne, à ce moment même, à l'enseignement de la grammaire, à Tagaste. puis à Garthage : ayant remporté le prix dans une joute poétique, il est couronné en plein théâtre, par le proconsul Vindicianus: il compose alors son premier livre, aujourd'hui perdu, de pulchro et aplo. — G'est en septembre 386 que survient la crise qui le donne au Ghristianisme (son père Patritius, né païen, avait été tardivement converti par la pieuse et sainte Monique^ : en 395 ou 396 qu'il est sacré évéque par Mégale, évèque de Galame et primat de Numidie, à la demande du vieil évèque dllippône, Yalère, avec l'autorisation du primat d'Afrique, Aurèle. Durant ces dix années, il s'initie à la doctrine chrétienne, d'abord à Gassiciacum (386-387 1, où il médite avec ses amis et sa mère sur la vérité et la certitude, le bonheur et le mal, l'àme et Dieu, à la double lumière de l'enseignement du Ghrist et de la philosophie; puis à Milan, où saint Ambroise le baptise, Pàf[ues3S7: puis a Tagaste (388-391), où il s'est retiré après la mort de sa mère (à Ostiei et où il vit comme un moine dans la prière, la pénitence et l'étude, après avoir distribué tous ses biens aux pauvres : enfin à Hippone, 391-396, où il est ordonné prêtre par l'évèque
220 i/kc.I.ISK impériale : LA PENSER CHRÉTIENNE
La conversion dAuLriisliii, à Ireiitc-trois ans, no marque pas, on le drvinc. le leinie de sc-s progrès.
Valèio a la pritTc du poiiplo. où il fomh- un iiniivi'au iiuiDastiMf. ou il confond le nianichcLMi Foiliinal et (ail suj)|)rinier les banquets tenus dans les thapelles des martyrs. — Evt'^ciue (390-430). il impose à ses clercs un enpajs'ement fornuM à la pauvreté : il se donne tout entier dans ses sermons, ses lettres, ses livres, dans les conférences contradictoires auxciuelles il invite SOS anciens coreligionnaires fen 404, /•>'/</ Félix se déclare vaincu et se convertit], dans les conciles au.\(iuels il prend part : Cartilage, 398, 401, 407, 419 : Miléve, 416. 418. Voir ïhimme : Auf)u,slins f/eislif/e Entirickelançf in den erslen Jahreu iiacli seiner Beke/irmuf. Berlin, 1908.
Surtout, il lutte contre lÉglise donatiste et Thérésie pélagienne. L'Église donatiste. dont on a vu les origines, p. 68-71, n., tenait toujours, bien qu'affaiblie par un schisme redoutable: en 392. cent évoques donatistes appuient Maximien contre Primien qui est soutenu par 310 évécjues; contre les Calholi<|ues. du reste, les uns et les autres font bloc. D'abord. Augustin veut les ramener par la discussion pacifique, jusqu'en 404 (avances au.x Donalistes par les cone-iles dcCarthage. 393, 401. 403; controverses avec Forlunius et Honorât. .'.98). Mais comme les Donalistes ré|)ondent |)ar le silence, l'injure, ouïes coups (sans doute y a-t-il en cettt^ affaire, autant qu'un schisme religieux, un mouvement national d'oi)posilion à l'empire romain», S. Augustin et .ses collègues décident de recourir à la force: en juin i(»4, ils envoient Kvode aux empereurs pour qu'ils .ippliciuenl l'amende de 10 livres d'or partout où les (-atholi<pies auront été violentés par les Donalistes, par une de lems sectes surtout, celle des Circonrellions [voir P. L., 33. 30:2] : ils approuvent rcm|)loi du bras séculier, (jui empêche les progrés du mal et favorise les conversions; ils demandent seulement (pion ne punisse jamais de mort les héréli(pu»s [voir lettres d'.Vugustin à Vincentius, à Honiface et au ])rocoiisul Donat|. Le 8 juin 411 commence une mémorable conférence (pii met aux |)rises les Donatistes (Petilien de Conslantine et Primien deCarthage) et les Calholicpies (Aurélede Garfhage et Augustini : Augustin établit l'innocence de Cécilien et de son consécrateur : il montre (pie, sans jierdre sa sfiinleté, l'I'.glise peut tolérer dans son sein des pécheurs (pi'elle essaiera de ramener : le tribun .Marcellinus, au nom de l'empt-reur, attribue la victoire aux Catholiques (P. L., 43, Iil3). La persécution reprend, on
LES P0r.EMIOrE> D AUGUSTIN 221
Assurée dans la foi, son àme s'ouvre de plus en plus avide à la vérité. Après que saint Ambroise la baptisé, il revient à Tagaste, il se remet au travail dans la prière, la méditation, la solitude : il tente déjà dorganiser une synthèse totale de tout ce qui est ol^jet de pensée ; peu à peu ses idées se fixent : elles sont mûres au moment où, vers 396 environ, le vieil évèque d'Hippone, Valère, le prend jjour coadjuteur et lui confère l'épiscopat. Jusqu'à sa mort, il ne cesse de lutter contre l'erreur. 11 combat les Manichéens; il arrête les Donatistes^ qui nient reffîcaeité des sacrements conférés par un prêtre indigne ; il combat les Pélagiens au jugement de qui la faute d'Adam n'a pas rejailli sur ses descendants et qui veulent que, sans la grâce, les seules forces de l'homme soient capables de le sauver-.
recourt même à la peine de mort : l'Église donatiste mourra lentement au temps des Vandales. — (Sur le pélagianisme, voir Infra. p. 2o9, note!. — En 426. à It ans, Augustin fait élire le diacre Heraclius comme son auxiliaire et successeur, afin de goûter un peu de repos : mais son ami. le comte Boniface, se révolte contre IMacidie et .Etius, il appelle les Vandales en Afrique : ceux-ci combattent bientôt pour leur compte, et, tandis qu'ils assiègent Hippone. Augustin meurt à 76 ans. Voir Tillemont : Mémoires, XIII, 2- éd.. iliU; Ceillier : Histoire des auteurs eccL. IX..., 1774: E. Portalié dans Vacant-Mangenot. Loofs dans Herzog-Hauck : G. Boissier: La Fin du Paganisme. I, 2'Jl : Poujoulat : Histoire de S. Augustin. 3 vol., 184j-46. Paris : Bindemann : Der k.Augustinus, 3 vol., 18*4-69. Berlin-Leipzig: Tixeront, II. oo4 : Bardenhewer.
Sur l'un des principaux adversaires fl'Augustin, voir A. Bruckner : Faustus ron Mileve... 1901, Bàle : et sur l'un des grands évèques donatistes de la seconde moitié du iv» siècle. Parmenianus. l'étude de Monceaux dans le Journal des Savants. 1909.
* Cf. supra, p. 68-71.
- Un moine breton, Morgan ou Pelage, arrivé à Rome vers 4oo,
222 l'église impériale : la pensée chrétienne
C'est contre ces hérétiques quil dirige ses plus beaux ouvrages. Les Co7i fessions chantent les louanges de Dieu dont l'amour prévient la créature. L'Interprétation littérale de la Genèse est un essai de physique générale. Le traité de la rrinilé essaye de déterminer dans quelle mesure la pensée humaine est capable d'absolu et. du même coup, d'éclairer l'insondable mystère de la vie divine. La Cité de Dieu, enlin, ne tend à rien moins qu'à décrire l'action de Dieu dans l'histoire.
subit rinfluonce diin disciple de Théodore de Mopsueste, Rufin le Syrien, et attaque le dogme de la grùce : il convertit à ses idées un ancien avocat devenu moine. Cele:^tius. Fuyant Alaric, ils vont en Afrique, puis en Palestine (4H) où ils gagnent Jean de Jérusalem et (pielques évéques (concile de Diospolis, 415). Mais ils sont condamnés par les conciles de Cartilage de 411 et 416. parle concile de Miléve, par le pa|)e Innocent l-^^ en 411 et, après (juehiui's hésitations, par le pape Zosime en 418. C'est saint Augustin qui. dés 41-*, a soutenu tout le poids de la controverse, si le diacre Paulin de Milan. les évéqurs gaulois Héros d'Arles et Lazare d'Ai.x ont dénoncé Ihérésie en 411 et 415. Zosime est quelque temps trompé i)ar les deux libelli fidei rédigés par Pelage et par Célestius, et par l'apologie que compose en leur faveur l'évéque Proile de Jérusalem: mais un libellus de Paulin et le concile de Carthage de 417-418 lui ouvrent les veux : il lance alors une Tmcloria définissant la doctrine du péché originel et de la grâce. — Alors entre en scène un ancien ami dAugustin. Julien, évéque dEclane en Apulie: dialecticien redoutable, esprit pénétrant, il relève les thèses pélagiennes, refuse de signer la Tmcloria, entraine 18 évèques : banni en 4ei. il ne cesse d'attaquer Augustin, auquel il reproche son Manichéisme: il mourra dans la misère, indomptable, en Sicile, 454. — Mais le vieil évéque est en butte à d'autres critiques encore : vers 4iG, les moines dlladrumèle lui reprochent ses formules trop absolues, qui sendîlenl détruire, avec la liberlr de l'homme, sa responsabilité: de même, Vitalis de Carthage. et les moines de S Vitl..r do Mars.MlIr ;ivic leur abbé, Cassien.