‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 71 sur 110 · NOTRE CONNAISSANCE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

NOTRE CONNAISSANCE DE LA NATURE

Une simple constatation, souvent une prévision conjecturale de l'avenir d'après le passé ; jamais une explication du pourquoi. Les savants ne comprennent pas les choses dans leur essence; ils ne déduisent pas ce qu'ils savent de la contemplation de la sagesse éternelle ; ils le conjecturent par habitude en s"appuyant sur l'expérience antérieure.

Cette quasi-science admet que les choses sont matière et forme, la matière étant une pure indétermination, voisine du néant plutôt que se confondant avec lui, et la forme élant cette détermination sans laquelle rien ne saurait être. Tantôt les choses existent dans leur réalité complète, sans doute parce qu'elles ont été créées telles. Tantôt elles développent le germe dans lequel elles ont été faites, potentialUer, et enveloppées comme en leur crusc, causaliler : leur épanouissement, du reste, ne résulte pas d'une force immanente en elles, il est l'effet d'une action divine distincte de l'action créatrice. — Toute chose tend à être une ; elle a d'autant plus d'être qu'elle approche davantage de la parfaite unité ; « être, ce n'est pas « autre chose que d'être un..., car les êtres simples (( existent par eux-mêmes ». Les végétaux sont doués d'un principe intérieur qui produit les phénomènes de la végétation : c'est la vie. Outre la vie, l'animal a le sentiment et la mémoire, il a une àme qui aspire à un état de concorde et d'harmonie. L'homme est un animal raisonnable ; son àme est une substance distincte du corps, et qui pourtant le fait vivre ; aux cinq sens qui

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lui apportent ses sensations et, indirectement, ses représensations, il faut joindre un sens interne, par lequel nous savons qu'une sensation de tact et une sensation d'ouïe sont également notre sensation. — Telle quelle, cette connaissance superficielle, descriptive, approximative et morcelée est impuissante à rendre la nature parfaitement intellioible '.

' Sur la théorie auf^ustinienne des sciences de la nature, voir (le Musica, VI, 7: de vera relig.. 43, 80 et 49, 'J7 : Confessions. XI, J4-:28: int. litt. Genèse. V. 5. 12, 15; Cité di> Dieu, XI, 4-(i, 21) et Xll, 12-14: Contra Faustum, XXI, 13; Contra Acad. III, 11-12; de inimort. animai. XIV, 23; de 83 quaest, IX; do Trinitate, IV, 16 et 17. — Augustin se sépare ici (VAmbroiseet de Basile isupra p. 177, n.) Noter que ces théories anli-ohjeclivisles de saint Aurjuslin ne lui sont nullement personnelles. Si l'école aristotélicienne [tome 1. l-Jll. les Stoïciens et les l^picuriens sont des ol)jecti\is!es convaincus [tome II, 44], une école d'astronomes (S. Au£?ustin s'est particulièrement occupé d'astronomiei, ([ui aiment à se réclamer de Platon (voir, du reste. W. Kinkel : (ieschic/tte der Philosophie als Einleiti/nr/ in dus Si/slem der Philu'<ophie, 1908, Giessen, et Robin : Théorie platonicienne des Idées d'après Aristote, 1908, Paris), réprouve tout dogmatisme, et déclare formellement (jue les hypothèses astronomiques ont pour unique objet de « sauver les apparences », c'est-à-dire d'e.xplicjuer les jihénomènes constatés sans attribuer au.x hypothèses une portée objective. Hij)parque (-;- vers 12o avant Jésus) justifie cette théorie en montrant qu'un même phénomène (la marche du soleil) peut être également « sauvé », exjiliqué, par deux hypothèses différentes (l'excenlri(pie. l'épicycle) : l'astronome ne peut pas discerner celle qui est objectivement vraie. Si les dogmatistes interviennent alors, et veulent choisir celle selon laquelle ils j)euvent construire une mécani(|ue de sphères solides, emboîtées les unes dans les autres, et figurani la marche des astres (Adraste d'Ajjhrodisie et Théon de Smyrne), leurs ])rétenlions sont vite écartées j)ar les j)rogrès de l'astronomie, et particulièreiiienf par Plolémée (vers loO après Jésus) : c'est la simplicité d'une hy|>othèse (jui semble plutf'tt à ce derni(T devoir en garantir la valeui- objective. v.y.~y. ojT'.v. Uicnlot Proclus, 410-485, proclamera (jue les mouvements

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