L HOMME SELON AUGUSTIN
L'homme ne ressemble pas seulement à Dieu parce qu'il existe; on doit dire encore qu'il existe pour la ressemblance avec Dieu. Cette ressemblance se réalise sous l'action de la providence volontaire, par la connaissance, fille de l'illumination, et par l'amour, don de la grâce. Le progrès delà pensée dans l'intellection vers la clarté et l'unité est une conquête de notre énergie mise en mouvement par le Créateur; l'étude de l'Écriture le favorise, l'extase le couronne et l'achève, l'extase étant une intellection qui ne morcelle pas l'intelligible. Mais c'est dans l'amour que consiste essentiellement notre rapport avec Dieu : « toute créature, « qu'elle le veuille ou non, est soumise uniquement à (( son... Seigneur ;... le juste le sert librement, mais « le pécheur le sert en esclave ;... on est esclave de (( la loi lorsqu'on n'aime pas la loi. » Le libre arbitre est attesté par la conscience avec une force irrésistible ; mais ce n'est pas la liberté d'indifférence, c'est le pouvoir d'être déterminé par des motifs et de produire, lorsqu'agit la grâce, l'acte d'amour surnaturel ; c'est le pouvoir de vouloir ce que Dieu veut. Le bonheur consiste dans notre union avec lui : c'est la vie
— Libre arbitre iir, £; les 83 Questions, 53, 2: 79, 3 ; contre Adi. mante, 2 : Expl. littér. Genèse, iv, 21. 22; vi. 1, 12; viii, 9 : ix, 15 : Cité de Dieu, v, 11 et x. 14: iv, 9, xxii, 24 : Questions à Simplicien, II. 3-5; Ep. 205, 202; traité sur S. Jean, ii, 10 (touchant la providence). — Voir Grassmann : Die Schœpfinujslehre des h. A. und Darwins. 1889. Ratisbonne ; Christinnecke : Causalildl and Eniii'ickelang in der Metaphysi/c A., 1891. Leipzig, — K. Scipio : Des. A. A. Metaphysik in Rah/nen seiner Lehre vom L'ebeL 1886, Leipzig.
238 L EGLISE IMPEP.IALE : L\ PENSEE CHRETIENNE
él('rn('ll<\ la vie en Dieu et \)o\iv Dimi. VAvc licurcux', c'est jouir de Dieu, frui Deo^.
Mais Dieu, pour se donner plus aisément, n'a })as voulu seulement nous élever jusqu'à lui ; il a voulu encore s'abaisser jusqu'à nous ; de fait, l'homme n'est pas seulement une créature séparée du Créateur par l'infini, c'est aussi un révolté que le péché a séparé (le lui. Dei)uis la chute, le genre humain est voué à la malédiction ; toutes les âmes ont péché en Adam, de r.ime duquel elles dérivent, peut-être, substantiellement. Mais, que les âmes soient engendrées par les âmes ou quelles soient créées par Dieu chaque fois qu'un corps est conçu, il est sûr que l'humanité tout entière est une masse de boue, une masse de péché, massa luti, massa peecati, elle « n'a droit à rien « d'autre qu'à la damnation éternelle ». « Notre nature (( a péché dans le |)aradis », voilà le fait certain ; elle participe au châtiment comme elle a participé au crime, elle est enchaînée dans de mauvaises disposi-
• Sur lo ra|)i)ort dr Dieu à riioninie. voir Solilociucs ci ininiortalité de rànie (touchant iànie immortelle); — Ep. 147, 9i\ 148, contra Adimantum Vil, 4; delà Genèse contre Man.,I, 8, 9: l'interprét. litt. Genèse, v, 10 et xu; Trinité, i, 1, 12; ii, proœm. ; v. in line : vni. 2; xv, 13 : Cité de Dieu, xv, 7, 25 ; xxn, 2; Confessions, IX, lu (louchant la vision intellectuelle de Dieu) ; — Libre arbitre. 111; de la nature et de la grâce; traités contre Pélagiens en général, etc.. (touchant le libre arbitre); — les 83 questions, 27; combat chrétien, 7 ; traité sur S. Jean, vir, 8, viii, 1. 10 ; x, 7... ; \']\). J4U, 4o; 157, 11; 167; vie bienheureuse, ii. 10; iv, 27. 35; les 83 Questions, 30; Cité de Dieu, xix; Knarration... I*saumell8; Confessions, passim (touchant Tamour pour Dieu).
Voir Ferraz : La ps;/c/iolof/ie de S.A.. 2« éd. 18(i'J.