‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 76 sur 110 · LA CHUTE ET L.\ GRACE · texte numérisé non relu

LA CHUTE ET L.\ GRACE

lioQS, poussée par de mauvaises teudaiices : cesl la pœnapeccati. — Mais, si grande est la bonté de Dieu qu'il veut nous arracher à la mort éternelle. Dieu donne à tous les hommes lag-ràce sans laquelle 'ciuxilium sinequo, grâce (in) suffisante] nul ne peut aspirer au salut et faire le bien, il « appelle » tous les hommes à la vie (vocation); seulement, on ne voit pas qu'il la donne effectivement à tous, qu'il les n justifie « tous : aux seuls élus il envoie la grâce [auxUium quo, grâce efficace] qui, en fait, sauve de la mort parce quelle nous fait bien agir en vue de Dieu ^

' Toute la doctrine augustinienne du péché originel est assez obscure. En voici les principaux détails : 1° Avant la chute, Adam avait reçu, comme dons gratuits et surnaturels, limmortalité, l'impassibilité, la grâce sanctifiante de l'adoption divine; — 2» La concupiscence n"est pas tout le péché : elle en est un effet ; elle contribue à le transmettre ; — 3° La peine du péché originel est distincte de celle que méritent les péchés personnels. Néanmoins, Augustin croit que les enfants morts sans baptême vont en enfer ; — 4» Les enfants portent les iniquités de leurs parents jusqu'à la troisième génération.

.( Pour éviter le péché, dit Augustin, deux conditions essentielles sont requises : 1° éviter ce qui, en soi, est mauvais; '1°\'qviter en vue de plaire à Dieu. Il faut donc, en un mot, pour éviter le péché, connaître et pratiquer la doctrine de Notre-.Seigneur Jésus-Christ. » « Les hommes qui ne croient pas au Christ, ditil formellement [contra Julianum, iv, 3; ne sont ni justes, ni agréables à Dieu, parce que, sans la foi. il est impossible de plaire à Dieu. Mais... Fabricius sera moins puni que Catilina, non que Fabricius fût bon, mais l'autre était plus mauvais. » — En somme, Augustin rejette l'universalité de la volonté salvifique : dans la hia-ssa peccati. Dieu choisit, « par un acte de \ olonté mystérieux et tout-puissant » ceux qu'il veut sauver, et il abandonne les autres à la malédiction, suite de la chute d'Adam. — Voir Jacquin : La question de la prédestination aux V" et VI^ siècles (Revue d'Histoire Ecclésiastique, 1904. 265 et 725).

Pelage niait la réalité d'un ordre surnaturel, niait qu'Adam

240 l'église iMPÉmALE : la pensée chrétienne

La source de cette grâce salutaire, c'est la mort de Jésus-Christ, « vrai homme et vrai Dieu » : homme complet, au contraire de ce que pense Apollinaire, passible et mortel comme nous tous, dont la grâce a parfaitement sanctifié lame; Dieu véritable, unissant en une seule personne la nature divine et la nature humaine. Cette personne unique est celle du Verbe qui, subsistant de toute éternité en sa nature divine, a

eût rerii le privilèj^e de l'immorlalilé. niail (jne les enfants fussent couj)ables de la faute commise par Adam ; il enseignait lindépendanee absolue de la liberté de l'homme par rapport à Dieu et sa puissance illimitée pour le bien comme pour le mal (libertas arbitrii qua a Deo emancipalus honw est). C'est au fond une doctrine athée, du reste, d'une rigueur impitoyable : tout homme, dit Pelage, qui aurait pu agir mieux quil n'a agi est damné. — La tradition grecque antérieure, telle qu'elle est formulée par les savants et acceptée par les ascètes, ne s'intéresse guère au péché originel : AtJianase et Didyme s'en occupent rarement; Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse voient dans l'enfant qui naît un être faible, mais non un coupable. I'. G. 46, 177,180; de même, Ghrysostome et les Antiochiens. Tous admettent la faute i)ersonnelle d'Adam, mais ils ont j)eur de favoriser les thèses origénistes et manichéennes de la préexistence et du péché céleste des âmes. Peut-être se souviennent-ils aussi du stoïcisme. Noter encore (pie le pélagianisiue est évidemment, dans l'histoire de la pensée chrétienne, le reflet et comme la traduction théologique des prouesses ascétiques accom|)lies par les solitaires de l'Orient. — J'ajoute enfin que. à la fin du IV'= siècle, beaucoup croient que la foi chvélienne suffira, indépendamment des œuvres, à assurera tous les c/uéliens, plus ou moins tel, le salut éternel. Saint Ainbroise et S. Jérôme. l'Ambrosiastre et Jovinien, Orose, partageaient cette croyance : Tixeront. 11. ;247.34"). — VoirZimmer: VehKjius in Irland, 1<J01, Leipzig: Caspari : Briefe, Abhondlungen und Predif/len aus den zirei lelzlen hilirli. des Kir. Alt... 1890. Christiania; et Petau : iJof/m. théol., l\\ ISGO. ;i97 ; Noris : Uisioria pelufjiana.. 1G73, l'adoue ; Garnier, P. L., 48, 'l'éh ; Turmel, dans la Kev. dhist. et litt. rel.. 1901, 385; 1902, 1:28, i>09, 289, 510 ; et Jac(piin, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1904, 205.

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