L EGLISE SELON AUGUSTIN
effets. Le pouvoir sacerdotal est conféré aux clercs par V or dinatio 71, qui les sépare à jamais des laïcs et les consacre prêtres. L'église romaine est le centre de lunité, le garant de lapostolicité de toute l'Eglise. L'Église est infaillible, parce qu'elle est toujours assistée par le Sauveur dans l'enseignement qu'elle distribue par l'intermédiaire des conciles et des papes ; l'Eglise peut punir, corriger, dégrader, excommunier; l'Eglise surtout doit sanctifier par les sacrements ^ —
* Harnacka écrit: « Augustin a transformé l'autorité de l'Église en une puissance religieuse, il a fait à la religion pratique le cadeau d'une doctrine de l'Église»;. Mœhler écrivait de son côté : « pour la profondeur du sentiment et la force de la pensée, depuis saint Paul, rien de comparable aux livres d'Augustin n'a été écrit sur l'Église ». C'est dire que tout le monde reconnaît l'importance singulière de l'ecclésiologie augustinienne. — On devine que, si Augustin s'est appliqué à ce problème, la gravité du péril donatiste explique sans peine le fait.
Sur l'Eglise, unique et nécessaire médiatrice continuant Jésus, voir Serm., 22o. 9: 22, 10 .: 216, 8; Ep. 118, 5 : 141, 5; — sur sa sainteté essentielle, malgré les pécheurs quelle enferme, voir Serm. 223. 2: 47, .o : traité sur .S. Jean, xxvi. 13; de doctr. chr., III. 32, S8: de bapt.. v. 27; iv, 2; Retr., ii, 48; — sur sa constitution et son gouvernement, de bapt., ii, 1 ; iv, 1; contra litt. Pet.. II, 13; m, 5.5; Ep. 60, 1 ; Ir. S. Jean, 41. 10 ; Ep. 53, 2; 43. 3: de util, credendi, xvii, 35; in Psal., 103, 17; En. in Ps., 66, 1 ; Serm. 130, 10 ; contra Julian., m, 1 ; Cité de Dieu, xx, y ; Ep. 43. 5.
Voir Specht : Die Lehre von der Kirche nach clem h. A., 1892, Paderborn.
S. Augustin a eu comme précurseur, en ces questions ecclésiologiques, saint Optât, évéque de Milève, qui écrivit vers 370 le Contra Parmenianum donalisfam, en 6 livres : il y ajouta un livre "VII vers 385. 11 n'y a qu'une Église véritable : celle que montrent, non la sainteté de ses ministres, mais son universalité et son accord avec l'église de Pierre [II, 2]; la vertu des sacrements tient à Dieu seul : c'est lui, non le prêtre, qui sanctifie le baptisé |P1. 11, 883, ou édition Ziwsa. 1893, Vienne].
244 l'église impériale : la pensée chrétienne
Les sacrements sont, pour saint Au^-ustin, des sii^nes religieux unissant les membres de l'Église et signilianl un don sacré : Dieu donne celui-ci à qui use de ceuxlà sous certaines conditions. Tous les sacrements, et TEucharistie en particulier, restaurent en celui qui les reçoit la ressemblance divine ; mais cette grâce justifiante peut être perdue par le péché. Le baptême et l'ordre, au contraire, confèrent en outre à Tàme un caractère indélébile comparable à une empreinte : ce caractère marque l'homme dune manière spéciale et surnaturelle et le consacre membre du Christ ou ministre de son Eglise ^
• On n'a aucune liste des sacrements ecclésiastiques au temps dWugustin : il semble en connailre six : baptême, confirmalioiu pénitence, eucharistie, mariar/e, ordre ; jamais il ne parle de lextrème-onction : voir supra, p. 106 n. — D'autre pari, on voit ([ue saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchèses mystarjogiques, S. Ambroise dans le de Mysteriis, et l'auteur du de Sacramentis s'occupent avec un soin tout particulier du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. Ces trois rites sacramentels occupaient une placi" d'honneur parmi les autres, dont le nombre n'était pas officiellement fi.\é (Sur les sacrements à l'époque antérieure, voir supra p. 104 et tome III. p. 168. note). Voir, pour Augustin. Ep. 54, 1 : 8erm. 228, 3 ; Serm. 1 in Ps. 103, U; de bapt. contra Donat, 5, 28; Contra Faustum, xix, 12: contra lifteras Petiliani. i, 104 : traité sur S. Jean, m, 5.
Quelle idée attache-t-il i\ ces rites? On doit, semble-t-il. distinguer deux cas. Le plus souvent, il ne voit dans le sacrement que le signe sacré d'un objet spirituel (Giv. Dei, x. 5) : il développe cette théorie du signe, d'après les Ale.xandrins. dans le demaqistro et au livre II du dedocirina chrislia)ia.— VnvU)\îi. surtout lorsqu'il s'agit du baptême et de l'cMicharistie. il ent(>nd que le signe sacré est efficace, qu'il opère une action mystérieuse dans l'Ame du fidéh- : cette action dusacrement.ee don spirituel (uiil apporte est appelé par lui virtus. ou res sacramenli [Irailé sur S. J(>an. xxvi. Il : xxvii. n: Srrm . 174. 7 : Qua'sl. in Hcpt,.
LA PROVIDENCE DANS l'hISTOIRE 245
GeUedocIrine de Dieuet de Jésus-Christ se couronne par une conception particulière de l'histoire. L'histoire est une quasi-science ; elle traite des choses contino-entes ; elle entre dans l'ensemble des sciences relatives à la nature; en son fond, elle échappe donc entièrement à l'homme, elle est inintelligible. — Mais, d'autre part, on Ta vu, l'idée de Dieu, telle que l'intellection la révèle, contient l'idée de providence volontaire ; elle nous découvre que Dieu dirige les volontés et les intelligences, « l'enseignement, l'agriculture. « le gouvernement des sociétés, le développement des (( arts, tout ce quil y a d'activité dans la société du
IV. :23: de peccat. meritis. ii. 43; in Ep. Joannis ad Parthos. rr, 10:...] Augustin ne détermine nullement, du reste, quel est le mode d'action du sacrement dans Ihonmie ; mais il croit que c'est la bénédiction du prêtre qui confère au signe sensible sa force cachée [traité sur S. Jean, lxxx, 3]; c'est l'union de l'elementuni et du verbiitn qui constitue le sacrement (pour le baptême, l'eucharistie et la confirmation) . — La validité du sacrement, dit-il à la suite des papes Etienne, Corneille et de la tradition romaine, et à fencontre de saint Gyprien et de la tradition orientale, est indépendante de la sainteté du prêtre qui le confère, et de son orthodoxie : le vrai ministre du sacrement, c'est toujours, non pas tel ou tel homme, mais l'Eglise, mais le Christ [de bapt., III, 17]: non cogiianduin qiiis det, sed quid det [eod. op., iv. 16]: par l'ordination et le baptême, en effet, tout prêtre consacré a reçu un caractère indélébile : ses crimes ne l'effaceront pas. [Voir aussi S. Jean Chysostome : Du sacerdoce]. En revanche, ['efficacité du sacrement dépend de la bonne volonté du sujet : un baptême validement administré à un, homme de mauvaise foi ne lui re?net pas ses péchés et ne lui confère pas la grâce. [de bapt. m. 13: contra Ep. Parnieniani, xi. 2i. Cf. le de rebaptismate : Concile d'Arles, 314 ; — noter que l'Orient reste fidèle à sa tradition anti-objectiviste et nie la validité des baptêmes hérétiques avec S. Cyrille de Jérusalem, S. Athanase, S. Basile. La théorie augustinienne de l'eucharistie n'est ni aussi révolu-
(( ciel et tout ce qu'il y a d'activité dans cette société a terrestre, mortelle. » — Il faut ajouter enlin que la
tionnairo qu'on ledit parfois (Loofs. Ilarnack...). ni aussi précise qu'on pourrait le croire. Augustin reste fidèle à la croyance réaliste de l'Eglise [tome III, 167-168] : il admet la présence de Jésus dans le pain [in Psal.,9%, 9: i« P.«f.,o3. 1; de Trinit., III. 4. 40; Serra. ,1\, 17j que reçoit le fidèle aussi souvent qu'il veut [Ep. 54. 2] ; il admet la réalité du sacrifice de l'autel reproduisant le sacrifice de la croix [C. Faustum, xx. 18; Civ. Dei, xvii. 20, 2]. Il est très vrai que, à cette double croyance, il a ajouté certaines théories sur la manducation si)irituelle du pain consacré et sur l'eucharistie, figure de l'Eglise, qui sont assez obscures *. Au fond, il semble voir dans le pain un signe, qui donne au fidèle le corps de Jésus à l'état impalpable et impassible, et qui par là procure à l'âme la vie. — Mais il ne précise guère ce qu'est devenu le pain après la consécration. Saint Grégoire de Nysse précise. Se souvenant d'Irénée, il pense que le corps humain devient capable de la vie éternelle à condition qu'il se soit physiquement assimilé le corps incorruptible du Christ, ce qu'il fait par la communion eucharistique, car le pain eucharistique est converli au corps du Verbe par la parole de Dieu et par l'épiclèse. S. Jean Chrysostome accentue le réalisme irénéen de Grégoire de Nysse [ Comm. Ep. aux Cor.] sans préciser sa pensée. Mais S. Ambroise assure que la parole de Jésus {hoc est corpus rneiini). répétée par le prêtre, a celte efficacité de changer la nature du pain et de le faire devenir corps, du Christ : la cojisécration ea quae sunt in id mulal quod non erant : ce miracle rappelle la naissance virginale de Jésus. J'ajoute que, pour notre auteur, le corps qui apparaît après la consécration est un corps spirituel [de Mysleriis]. Mais jamais il ne dit comment s'opère la conversion mystérieuse [elle est accomplie, pensent les Orientaux (saul. parfois. S. Chrysostome. qui visel'anamnèse). par l'invocation de l'Esprit-Saint. ou épiclèse].
' De môme Origène parle le langage réaliste de la foi, et mainlicnl l'objeclivité du pain sanctillanl (après qu'il a été sanctifié par la répétition dos paroles de Jésus et l'invocation de l'Esprit -, mais le pain, k l'entendre, sanctifie non eu tant que chose matérielle, mais en tant que réalité symbolique et mystérieuse. Voir BalifTol : jaudes d' histoire ride Ihéulof/ie positive, 11, 1(105. 102, 232.250. 2015, cl Adam : Die Euchuristielehre des h. Aia/ustin., f'aderborn, 1908. Cf. Naegle : Die Eucliarislielehvc des h. J. Chnjsostomus, 1000, Strasbourg. Voir supi'a, p. 15C, n.