LA CONVERSION DU MONDE
foi chrétienne détermine dune certaine manière une certaine partie, ou mieux un certain aspect de l'activité providentielle volontaire. Israël prépare Y Église, les Prophètes annoncent Jésus-Christ ; « une même a lumière nous parait partout : elle se lève sous les « Patriarches ; sous Moïse et sous les Prophètes, « elle s'accroît ; Jésus-Christ, plus grand que les « Patriarches, plus autorisé que Moïse, plus éclairé « que les Prophètes, nous la montre dans sa pléni- « tude. » L'Ancien et le Nouveau Testament sont solidaires, parce que c'est le même Dieu qui parle en eux, qui agit par les héros dont ils retracent Thisloire, et qui sauve de la même manière, par l'action de sa grâce souveraine, tous ceux qu'il a prédestinés au salut. La conversion du inonde à l'Évangile, voilà le grand miracle qui atteste la réalité et l'efficacité de son action dans l'histoire, la divinité disraël et de l'Église,, l'inspiration homogène des Écritures.
Si la providence de Dieu s'exerce en dehors comme au dedans de l'Église, il n'est pas possible de retrouver le dessein qu'il suit dans l'histoire des peuples. Les faits n'occupent guère Augustin dans la Cité de Dieu; il insiste au contraire avec complaisance sur les problèmes religieux qu'il rencontre sur sa route ; surtout, il aime à montrer la vanité de la grandeur humaine, le néant de l'ambition et de la gloire : les souffrances des chrétiens ne prouvent rien contre Dieu, car la souffrance n'est pas un mal. Après avoir dit l'inanité du polythéisme, tant populaire que philoso-
pliiqiie, et vengé le Chrislianisme des accusations païennes, il fait voir que tous les hommes, à tous les âges, forment deux royaumes ennemis, le ro3\^ume de Dieu et le royaume de Satan. « Ces deux royaumes « sont l'œuvre de deux amours : le royaume terrestre « naît de lamour de soi allant jusqu'au mépris de « Dieu, le royaume céleste de l'amour de Dieu allant « jusqu'au mépris de soi ; celui-là se glorifie en soi, « celui-ci en Dieu. » Durant cette vie, les deux royaumes sont mêlés et confondus, les bons voyageant comme des étrangers à côté des impies ; les uns retourneront auprès des démons, les autres auprès des anges et de Dieu à la consommation de toutes choses ^
Augustin exprime un autre aspect de la pensée chrétienne que les Cappadociens et Origène. Ce n'est pas seulement qu'il conçoit d'une manière différente telle grande théorie, la nature de l'action divine par exemple ; — il appuie avec complaisance sur l'unité de cette
* L'occasion de la cité de Dieu a été la prise de Rome par Alaric et lexplication qu'en ont donnée les l'aïens : l'apostasie de l'empire en a procuré la ruine. Louvrage, en 22 livres, a ])aru par fraj^ments de 413 à 125 : 1° critifiue du polythéisme populaire (l-V) et philosophique (Vl-X); 2° a|)ologie du Christianisme, montrant la lutte des deux cités ennemies, leur naissance (Xl-XlV). leur progrés (XV-XVllli. leur lin (XlX-XXll). — Lin.; le texte dans l'édition Hoffmann, Vienne. 1898-1900. 2 volumes. Analyse par lioissier : La /in du Pa(janis)ne, H, 31U-337. Voir Heinkens : Geschichlsplùlo^ophiedes li. Ju(7//.s7î'n5, Schaffouse. 186(1: Seyrisch : Die G. P. Auguslins nach seiner Schrifl de civi/ate Dei, 1891. Leipzig: Biegler: Die civitas Dei (/e5/t..4.,1894, Padorborn. — Sur l'eschatologie dA.. voii- Tuiinel: l/('sc/iafolof/i(' à la fin du IV» siècle, 1900, Paris.