‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 90 sur 110 · PROCLUS ET PSEUDO-DEXY · texte numérisé non relu

PROCLUS ET PSEUDO-DEXY

retour de la variété divisée à 1 un indivis, tous ces faits rapprochent encore le grand inconnu de Proclus, de Porphyre et de Plotin. Mais il a de rÉgHse, corps mystique du Christ sur qui se greffe chaque fidèle ressuscité par sa grâce, un sentiment dune rare finesse et d'une incomparable puissance ^.

' Denys lAréopagile, converti par S. I^aiil [Actes. 14. 34; cf. Eiisèbe. H. E.. IV. 23, 4] : tel est le pseudonyme pris par le disciple chrétien de Procliis qui écrivait \ ers 48o-5l5, la Hiérarchie céleste, la hiérarchie ecclésiastique, les Xoms divins, la Théologie mystique, quelques lettres *à Gaïus. Dorothée...), et opuscules. Ces Hvres sont cités pour la première fois, en 532. à la conférence de Constantinople ; sans doute l'auteur est-il un évèque de Syrie. Ont particulièrement subi l'influence de Proclus les théories aréopagitiques de lactivilé, de la providence et de la justice divine. — des trois étapes de la prière et des trois voies (purgative, illuminative, unilivei par où l'on accède à Dieu, — du rôle des neuf chœurs d anges hiérarchiquement subordonnés, (intermédiaire obligé de Dieu parlant à Ihomme). et, en général, de la loi de gradation continue qui élend partout son empire et donne parfois au système une physionomie émanatiste. — L'anonyme maintient la vieille théorie orientalo-africaine de la notion subjective du sacrement. Sa christologie incline vers le monophysisme [P. G., 3. 644, G. D., De divin, nom., II, 6]. Mais il est certain que, dans leurs grandes lignes, sa cosmologie, sa théodicée et même sa christologie concordent avec la tradition. (Il mentionne le Credo dans les cérémonies de la messe: sa tendance générale est conforme à celle de l'Hénotique.i Voir Stiglmayr : Der Xeu-Platoniker Pro/dus als Vorlage des sog. D. A. in der Lehre von L'ebel. Hist. lahrbuch, 189-3, :2.o.ï : dus Aufkomrnen der Ps. D. Scfirif/en... bis... zum 649. Feldkirch., 1895 dV, Jahresb. des ôff. Privatgymn.) ; die Eschatologie des Ps. D., Zeit. f. Kath. Theol., 1899: Koch : Pseudo-Dionysius Areopagita in seinen Beziekungen zum Xeuplatonismus und Mysterienwesen, 1900, Mainz; Duhem : Etudes sur Léonard de Vinci, seconde série, 1909. Paris, p. 271.

Il est curieux de constater que, comme Plotin a essayé de déchristiaiiiser l'Origénisme. comme ps. -Denys et Augustin ont essayé de christianiser Proclus, un pseudo-Aristote s'est rencontré pour

Métropole des éi^lises oriciilales, Byzance aspire i\ devenir la métropole de l'I-'g-lise eatîiolique : elle tente ouvertement aujourd'liui de supplanU^' Home au point de vue religieux, comme elle la supplantée au point de vue civil.

L'unité impériale eût été compromise par l'affermissement des deux groupements militaires organisés par Théodose à sa mort ; elle se releva d'elle-même lorsque les chefs barbares eurent pris la place de celui qui n'avait pas su les arrêter. Le prestige de Byzance s'accrut : elle rayonnait directement sur l'Occident; la gloire de Bome tombait de plus en plus dans un passé sans retour; les chefs germains S officiers de l'empereur, n'avaient plus à compter avec cette ville auguste et déchue ; la \ouvelle Rome attirait seule tous les

arislotéliser pseudo-Denys : tel est, en effet, le but poursuivi par rincomiu qui rédigea, sans doute vers 5U0-do0. la fameuse Tliéolofjie (VAvislole. Voir F. Ravaisson : Essai sur la mélaphysique d'Arisloie, Paris, 18iO, tome II, p. 5i2 ; E. Renan : Averroès et l Averroisme . Essai historique, Paris, 1852, p. 70 et 100, Carra de Vaux : Avicenne, Paris, l'JOo. p. 73 ; Duhem : Op. laud.. 11. l'.iOO, p. 129, 17G. 269.

' Ilérulcs et Ostrogoths en Italie, Vandales en Afrique, Wisigolhs en Espagne, Burgondes et Francs en Gaule. Théodose meurt en 395. Lem|)ire d'Occident setlondre en 475-477 : Justinien travaille à rétablir son autorité effective sur les pays qui !«' composaient. Voir , lors : Die Reichspolilik K. Jusfinians, 1893, Giessen : Diehl : Juslinien et la civilisation byzantine au Mf^ siècle, Paris, 1901 : Holmes : The âge of Juslinian and Theodora, ± vol. 19U9.

L leuvre de justinien 287

regards. N"était-il pas naturel que cette évolution générale entraînât l'Église et fixât à Byzance, la jeune capitale du monde méditerranéen, le centre de l'unité clirétienne? La logique de l'œuvre à laquelle s'est attelé Justinien le pousse à déposséder l'église romaine de ses privilèges suprêmes ; mais elle loblige du môme coup à tenir compte des exigences religieuses de l'Occident. Or, l'Occident tient à Chalcédoine que l'Orient rejette ; l'Occident croit que les Orientaux savent mal sauvegarder l'humanité de Jésus-Christ; l'Orient croit que les Occidentaux laissent porter atteinte à sa divinité. La science théologique, l'habileté diplomatique de l'empereur s'useront à trouver des formules qui dissipent ces mutuelles défiances.

Les idées religieuses de Justinien, comme ses ambitions politiques, favorisent et contrarient à la fois l'œuvre byzantine. Chef de l'Ktat. il a un souci très vit du maintien de l'ordre et de la paix intérieure ; chef d'Etat chrétien, il se considère comme le premier ouvrier du royaume de Dieu ici-bas. Il sait que « rien « ne saurait plaire davantage à Dieu que d'unir tous « les chrétiens dans une même et pure foi, que d'effa- « cer toutes dissensions au sein de la sainte Église, « que de la défendre contre toute perturbation )> ; il se plait à rappeler « que les pieux et orthodoxes empe- « reurs ises) pères ont toujours eu à cœur d'extirper « les hérésies et, par la proclamation sincère de la « foi orthodoxe, de maintenir en paix la sainte Église ce de Dieu. » Ces traditions se combinent chez lui avec

l'oi'Liiicil iialiii'cl à toiil prince absolu cl avec imc science lhéologi([ue très réelle ; dans son àme impériale, voici que par moments s'éveille un pape. Son patriarche déclare en 536 que w rien ne doit se faire « dans la Très Sainle Eglise conlre l'avis et les ordres « de l'empereur » ; un autre ajoute que « l'empereur a « besoin de Dieu seul, et que, entre Dieu et lui, il n'y « a pas d inlcrmédiaii'e » ; il est jxtur les églises le « suprême maître des croyances. » Mais en même temps sa foi est trop profonde, sa connaissance de la doctrine trop étendue pour que son pontificalisme domine jamais absolument son àme. S'il menace, dépose ou maltraite les papes, il connaît bien les privilèges de l'église romaine ; il reconnaît expressément sa primauté ; il distingue très nettement à la suite du pape Gélase les di'oits du sacerdoce et les droits de l'empire, (( l'un veillant aux choses divines, l'autre ayant souci « des choses humaines »'.

On s'explique, dans ces conditions, que l>yzance soit parviMuie, en fait, à se subordonner Home, mais (ju'elle ait été impuissante à transformer le droit.

La réconciliation avec Rome était le jjréliminaire obligé de toute entreprise dans les pays de l'Occident, .lustinien y détermine son oncle, l'empereur Justin, et, dès oiy, le schisme prend lin : les légats du pape

' KiK'oht : Die lielifjioiispoli/ik k. Juslinian 7, Lt'ipzig. Diclil : op. cil.. :ii:i. — Voir Irdit do 5j1 : P. G., 80. 1194, lu;JG, U4G : P. L. (i'.). 30: G.mIc Jiislinien, 1,1, 7-8, H ol 1.4: Novel. 'J. ]:\'2 cl 42; Lil)érat. 21 ; Tli.'ophane 601G, GU29, GÛ42.

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