‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 93 sur 110 · ALLIANCE AVEC ROME · texte numérisé non relu

ALLIANCE AVEC ROME

A ce moment l'Afrique est reconquise et l'armée de Bélisaire envahit Tllalie : Justinien ne peut absolument pas se mettre le pape à dos. Dès 333, lorsque Sévère refuse la paix qu'il offrait, l'empereur a reconnu un remaniement orthodoxe ^ de la formule monophysite du Trisagion, tel que l'avaient proposé en 519 les moines scythes ; et, sûre d'être appuyée par l'empereur, Rome a approuvé ce remaniement ; elle ne l'avait pas osé en ol9. En 536, l'empereur est plus résolu que jamais à soutenir le pape : l'audace des Monophysites l'a poussé à bout. .Justinien fait donc grand accueil à

ne s'adresse qu'à l'hypostase du Verbe en qui subsiste la nature humaine ». [Labourt : op. U/iul.. :2()9-27'l]. — Sévère et les Monophysites furent irréductibles.

' Un us de Trinilate crucifixvs est carne. La formule « est beaucoup moins obscure que la formule prônée par S. Cyrille una nalura Dei Verbi incavnata. ou que celle du patriarche wSévère, una natura Dei Verbi incarnali » .Uuchesne : Egl. Sép., 46]. De fait, il y avait lieu de s"expli(iuer. de montrer que la théologie de S. Léon notait pas inconciliable avec la théologie de Cyrille. « Cyrille avait été par trop sacrifié. A Rome, on n'en parlait plus, depuis prés de cent ans. si ce n'est quand on était obligé de rappeler le concile d'Ephèse et ses préliminaires...: les papes évitent de jiarler de Cyrille et surtout ils ne mentionnent jamais la fameuse épître synodale où sont les douze anathématismes. c'està-dire récrit capital du grand docteur sur la question de l'Incarnation. Le pape Gélase (4'J2-496; a pu écrire tout un traité sur ce sujet, où il accumule les textes des Pères, surtout des Pérès grecs, sans faire la moindre place aux œuvres de S. Cyrille. Cette prétention était vraiment formidable. Joignez à cela le fait que les papes patronnaient à Constantinople le monastère des Acémètes, fo-yer de nestorianisme, où l'on ne craignait pas, à loccasion, de fabriquer de fausses pièces en faveur de la théologie de Mopsueste. Dans ces conditions », on comprend que Chalcédoine et la papauté aient semblé suspects à des gens de bonne foi iDuchesne. op. laud., 44-45).

Agapit * ; en toute liberté Agapit dépose Antliimc ; le concile du mois de mai lance Tanathème contre Anthime et ses partisans. Sévère, Pierre d'Apamée, Zooras ; et la novelle impériale du 6 août 536 conllrme les anathèmes lancés par le pape. Le légat Pelage reste près de l'empereur et, par son énergique et habile attitude, il travaille à affermir la victoire de Rome, l'abaissement des Monophysites, Thumiliation de Byzance-. Les vaincus préparent ardemment la revanche. Théo-

' Février 536.

- Sur la période d'accord avec Rome et la pression exercée par Justinien sur les Monoi)hysites afin qu'ils se rapprochent de Rome et acceptent Chalcédoine. voir Labbe. lY, 4703, Mansi. Vlll.795. Coll. Avellana, p. 338.

Les chefs monophysites sont les jialriarches Sévère d'Anlioche 5l^-.jlS, Timothée Ilï, 519-537 et Théodose d'Ale.vandrie. 537-540. Anthimc de C. P., 53.0-53G; Julien d'iialicarnasse, le ])rètre Rasile de Cilicie. le diacre Themistius d'Alexandrie ; les chefs orthodoxes sont les patriarches d'Antioche, Ephrem 539-545. Anastase I, 559-570 et 593-590, Anastase II, 599-609, l'évèque Jean de Skythopolis, le grammairien Jean de Césaréc. Theodora nourrit dans son palais 500 moines monophysites, elle fera nommer Anthime à G. P. en 535. — C'est TÉgypte et la Syrie qui sont les deux places fortes de l'hérésie. En Egypte, outre les Acéphales qui persistent (voir p. 275, n 2). on distingue deux Eglises monophysites : les Sévéro-Tliéodosiens pour qui le corps du Christ est corruptible, les JuUano-GàianUes pour qui le corps du Christ est incorruptible (depuis les environs de 520) : et ces trois Eglises se fractionneront encore. Les pthartolàtres limitent souvent très étroitement la science du Christ (agnoétes) que les aphtartodocètes étendent au contraire très loin. On reconnaît ici linfluence de la méthode aristotélicienne. Voir supra, p. 283. n. \ et 285-i86. n. et S. Jean Damascène : de hv)\ 85, I*. G., 94. 756; Photius : Cod., 230: Cliron. KccL, de Georges Barhebr. éd., Abbeloos-Lamy. 1, 1872. i'r2: P. G.. 86, 52-68 ; Pargoire : L'Église byzantine de 527 k 847. Paris, 1905; Kugener : Sévère patriarche d'Antioche. Paris, 1905.2 vol.

LA REVANCHE MÛNOPHYSITE 293

dora leur reste iidèle ; et les victoires de Bélisaire qui reconquiert Tltalie ^ rendent moins utile le bon vouloir de Rome, en miMiie temps qu'elles donnent la prépondérance dans le clergé romain aux partisans de lempire. Des négociations s'engagent que conduit 1 amie de Théodora, la femme de Bélisaire, Antonina ; elle gagne à l'impératrice le chef même du parti opposé aux Grecs ; Vigile promet, sil est élu pape, de soutenir les amis de celle qui lui donnera la tiare : il reniera Chalcédoine. Aussi, lorsque meurt Agapit, Théodora donne ordre de faire élire Vigile, coûte que coûte. Mais Silvère vient d'être nommé au moment où parvient à Rome l'ordre impérial... Il est conçu en termes si énergiques que Bélisaire se débarrasse du pape et installe à sa place Thomme de l'impératrice. La revanche de Byzance est complète -.

' o3o-ii40.

- En 537. Voir le Liber Ponli/icalis. 1. Sur la restauration nionophyslte, voir Kleyn : Jacobus Baradaeus: Chron. Eccl., Barliebr., ], '216-270, passim ; 1I[, 98-100; Théophane, éd. de Boor. GOoS. G057-o8: Annales d'Eutvchius, W G., 111. 1105: Malalas, XVIII, P. G., 97. G81.

Sévère d'Antioche, banni en 518, conserve à Antioche de nombreux partisans, qui se révolteront en 561 ; il conquiert dans la campagne près de 200.000 adhérents. A sa mort. 8 février .^48, si Justinien tâche à tuer le monophysisme en empêchant sa hiérarchie de se perpétuer dl enferme en des couvents sûrs tous les évèques suspectsi, Théodora veille : « sur la requête du ghassanide Harith ibn Djabalah, roi des Arabes alliés, elle accueille à Constantinople les deux moines Théodore et Jacques Zanzalus, et s'empresse de faciliter leur consécration clandestine comme évèques, l'un de Bostra, avec juridiction sur l'Arabie et la Palestine, l'autre d'Edesse, avec pouvoir sur la Syrie, la Mésopotamie et l'Asie Mineure ». Théodore disparait.

294 LE DIVORCE DE LÉGLISE ET OK LEMl'IUE

Reste, à en tirer parti. Tandis que les Monopliysites relèvent joyeusemenl leurs églises, grâce au dévoue-nient de Sergius de Telia, de Jean d Amida, et surtout de Jacques Ijaradce, Tliéodora veut brider ViLiile, en bridant Pelage : car Vigile a des velléités (rindéj)endance et le légat se permet de l'encourager. Le savant évoque de Césaré(% Théodore Askidas, sert adroitement les projets d(> riin])éralric<^ et les intérêts des Eutychiens ; il indique à l'empereur, j)armi les textes approuvés par Glialcédoine, certains passages notoirement entachés de nestorianisme ; il lui signale particulièrement les écrits de Théodore de Moj)sueste, de Théodoret de Cyr et dTbas dTulcssc. Que l'empereur condamne les propositions de ces trois auteurs, qu'il anathémalise « les trois chapitres » : les déliances des Monophysites seront dissipées, le concile de Chalcédoin(^ sera renouvelé et épuré, et la paix rétablie. Et rem])ereur se laisse convaincre.

\'igil(^ conscnlii'a-l-il à tenir ses promesses, à désa-

niiiis .l;i((iu('s Z;m/;ilii> irl»'\ e ri-^^li.sc moiiopliysili'. (lui, \nnw celle raison, .s'appellera, dès lors. Vlù/lise jacobile. « De o43 à 578. sous le (légiii.semeiit de haillons (jui lui vaul le surnom de Haradaï. il parcourt l'Orient tout entier », pénètre dan.s les rouvenls des prélats incarcérés, y consacre de nouveau.x évèques : tels. Sergius de Telia, patriarche d'Anlioche. Les Mono|)hysiles de Syrie se sé|)arenl de ceii.x dl\i;y|)te vers le milieu du siècle : et le schisme durera jus(]u"en OIS. — Noter (pie ces divisions inteslines n'enipècheiU pas l'écrasement des Chalcédoniens : en i',i,'y|>te, malgré les efforis des moines l'aul, .541 et l'hotin, 565, d'i:ulogius (580-fi07) et de .h'an l'.Aumonier i(il()-611l). ils ne seront guère. \<'rs l'an HOO, que ïiOO.OCO cendre (> millions. .\ Jérusalem seulement, li' dyophysismc rempcMle [dajjrès Pargoire, 31-3 ij.

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