‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 94 sur 110 · VIGILE · texte numérisé non relu

VIGILE

vouer indirectement Chalcédoine ? devenu pape, consentira-t-il à désavouer l'œuvre des papes? consentirat-il à recevoir des ordres en matière doctrinale? sa faiblesse consacrera-t-elle le pouvoir dogmatique de l'église du Byzance au sein de l'Église chrétienne ? Toutes les consciences sententla gravité de la question ; l'Occident refuse de condamner les trois chapitres et Vigile n'ose pas. Pour plus grande sûreté, l'empereur conduit Vigile hors de Rome ^ : il parvient à l'amener à Byzance -. 11 le comble de prévenances, caresse et menace tour à tour; il obtient de lui qu'il communique avec le patriarche; il réussit même à obtenir une promesse formelle. Le pape s'engage expressément à condamnerles trois chapitres(( pour éviter tout « scandale, pour apaiser les esprits,, et pour porter (( remède aune situation très grave. » La veille du jour de Pâques, en o48, Vigile publie le Judicaliim qui, tout en réservant formellement l'autorité des canons de 451 , condamne les personnes et les écrits de Théodore, de Théodoret et d'Ibas. Théodora meurt, triomphante.

C'en est fait : le pape cède devant l'empereur; Pvome capitule devant Byzance; le centre de l'unité religieuse du monde se déplace comme s'en est déplacé déjà le centre politique et commercial. L'Occident proteste eu vain contre le « néfaste » Juclicatum; llUyricum joint en vain ses clameurs à celles de l'Afrique qui excommunie le pape. Le malheureux Vigile, devenu le jouet des

' Nov. 545.

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événements, nessayc plus de remonter la pente qu'il a descendue ; s'il retire oniciellcmcnt le Judicalum \ il jure sur l'évangile de s'employer à faire analhématiser partout les trois chapitres. Byzance tient la victoire; un second édit de Juslinien condamne encore les textes suspects; les fonctionnaires impériaux ont ordre de réduire par la force la mauvaise volonté des évoques d'Afrique; les évéques d'Italie n'ont qu'à se bien tenir : Narsès part avec de nouvelles troupes afin d'aiïermir et d'achever l'œuvre de Bélisairc. C'en est fait; la nouvelle Rome découronne l'ancienne !

Mais ce pape misérable est enfin secoué par le remords. Il essaye d'échapper par la fuite à l'empereur dont la main l'enchaine. 11 se réfugie à Saint-Pierre in Uormida au. mois d'août, à Sainte-Euphémie de Chalcédoine au mois de décembre 551. Rattrapé, violenté, il révèle au monde, dans l'encyclique du 9 février 552, les outrages dont il est l'objet. Cet effort fatigue sa volonté et semble épuiser son énergie. Les menaces et les promesses dont Bélisaire est le porteur triomphent de ses résolutions. Il accepte qu'un concile se tienne à Constantinople, dans la maison du despote. Il espère que chaque parti sera représenté par un nombre égal d'évèques, et que la question pendante sera équilablemenltranchée. Naïf espoir! Juslinien se sent le maître; iltientle pape, ses soldats tiennent Rome ; on se passera de Vigile, si Vigile refuse de courber la tète : qu'il se

' Avril ijôo. — Plus hahiK", W'j'iW eût coiii-ilié Cvrille cl Léon.

LE TRIOMfHE DE BYZANCE 2'J7

souvienne de Silvèreî Et. de fait. Justinien ne veut pas que la représentation de toutes les églises d'Occident au concile diffère de celle dun seul des patriarcats grecs. Le pape proteste; l'empereur déclare qu'il n'en a cure : en présence du fait accompli, il faudra bien que le pape cède.

Le o mai oo3, parmi les éblouissantes splendeurs de Sainte-Sophie, les évoques députés par les patriarcats orientaux s'assemblent solennellement en concile; qui sait si cette basilique ruisselante d'or, qui crie au monde la piété fastueuse et la foi ardente de l'empereur, n'est pas destinée à devenir le berceau dune Eglise renouvelée qui le reconnaîtra pour pontife suprême ? Le pape s'abstient, tandis que les patriarches de Constantinople, dAlexandrie et dAntioche sont venus et que le patriarche de Jérusalem s'est fait représenter par trois évèques; le pape senferm.e dans un isolement hautain. Le 14 mai, il déclare dans le Constilulum que la doctrine nestorienne de Théodore de Mopsueste a été implicitement condamnée àChalcédoine et que, partant, il la rejette. Ibas et Théodoret, au contraire, n'ont pas été anathématisés par le concile ; il n'y a donc pas lieu de rien changer à ses décisions: tous les Catholiques doivent se (fontenter de ce qui a contenté les Pères. En face de l'Eglise byzantine, voici donc que la papauté romaine se redresse... Ce relèvement ne doit avoir d'autre effet que de rendre plus éclatante sa chute prochaine.

Justinien refuse d'admettre que Vigile se déjuge et

2U» LE DIVURCE DE L EC'.LISE ET DI-: L EMPIRIi

rétracte ses déclarations contre les Iroia chapitres; les Pères (lu concile, docilesà ses avis, le rayent des diptyques officiels ; les évèques qui ne se laissent pas convaincre sont exilés ou déposes ; et les menaces recomnicncent qui doivent une dernière fois briser le chef de l'église romaine. Après six mois de lutte, le 23 février l'rô't, il capitule, il adhère par le second Constitulnm à la condamnation des//'02S chapiires. Le pape souscrit à l'u'uvre du concile qui s'est opposé au pape. La subordination (le Piomo est achevée, la victoire d(^ l>yzance complète'.

Opérée en fait, la décapitalisation de Rome ne s'accomplit pourtant pas dans le droit; l'audace manqua à l'empereur, et ses demi-mesures lui dérobèrent le triom])he. Il n'osa pas révoquer les privilèi»-es de l'église

' Sur la querelle des trois eliapitre.s. voir Diichcsnc : La succession de Frlix \V iMéJjnige.s de Técole (h- Honic, HI, 2311) ; Vifjile e/ l'éhif/e (Kevue.des Questions llisloriqi!CS, 1884, XXXVI, H6U) ; Diekamj) : Die orifiemsUschen Streifif/keilen im Vl Ja/ir.. 18')9. Miiiisler; Krmoiii : He Leonlio lii/zanlino, 189'). Paris; Loofs.

Liheraliis : ±'1 : Nov. 6, préf. : Labbe. V, Gl, o49 ; 1». G., 8G, J17S et 118:5, 2318. P. L., 09, 60 : 67, SG8, 841, 838 : 62. 921, G-28-o28. -Mansi IX, 363, 3;i3. 1u3, 53, ^8-61-108, 414-420 (ou llardouin. III).

Le mot chapitre désii^ne d'ordinaire, dans la lanpjuc tliéologiijue, une thèse en loiine d'anathènie. Tiiéodore Askidas visait |)articuli(''renient la lettre dlbas à Maris de Ilardachir et les éei'its de 'l'Iiéodoret contre Cyrille et ICphèse. L'édit qui condamne les trois chapitres est tle .")43 ; le second édil date de '6'o\ ; c'est le 18 janvier 552 (|ue les pourparlers se sont rouverts entre le pa|)e et l'empereur : le concile (i^cuiîiénicpie est convo(|ué en juillet-aoùl 552.

Une jalousie |)ei-sonnelle, des dissenlimenîs lhéolo<,n(|ues opposent Théodore Askidas et le légal Pelage. Les controverses louchard (Migèr)e [\(ùy supra, \). 175-177) ne se sont jamais bien assou- |iies. cl \ (Ms 52n, chez les moines (h* Palestine, elles ont pris une

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