LES HESITATIONS DE BYZANCE
Byzance Téglise maîtresse de toutes les autres. A l'époque où les Monophysites relèvent la tète, où Bélisaire dépose Silvère et nomme Vigile, voici que les patriarches reçoivent des évoques de Tcmpire le titre de patriarches œcuméniques. Leur prééminence à regard des autres patriarches est, par là, clairement attestée ; mais qui voudrait prétendre que cette manœuvre collective ne signifie pas, n'annonce pas autre chose ? L'évêque de Byzance serait-il insensible à l'honneur de devenir le pasteur suprême des âmes ? L'empereur ny aurait-il pas profit, et les Orientaux n'y goûteraient-ils pas un profond plaisir d'orgueil ? Voici, du reste, que la situation séclaircit : les successeurs des Mennas et des Eutychius, Jean le Jeiineur et Cyriaque, ne se contentent plus de recevoir, ils prennent le titre qu'ont porté saint Léon et Hormisdas. Du coup, l'héritier de ceux-ci proteste: Pelage II casse le concile de 088, où Jean s'est posécommepatriarche œcuménique, et il interdit à son légat d'assister aux offices qu'il célèbre. Au jugement de saint Grégoire qui succède à Pelage, la question controversée est d'une importance extrême, et Grégoire suit exactement la politique de Pelage; mais ses efforts n'aboutissent pas. Cyriaque maintient les prétentions œcuméniques de Jean le Jeûneur avec l'appui de l'empereur: les relations de la papauté et de Byzance se tendent et finissent par se rompre. C'est seulement en 607, lorsque les Perses recommencent de se jeter sur l'empire, lorsque les nécessités de la défense l'obligent à renoncer
(IrliiiilivonKMil à la polilicjue occi(l(Milal(' de .lusliiiicii, ([uclepapiM'oinaiu lionifaco III a maiiulo cause : Pliocas reliiH* au patriarche de (]oiislaiiiiiiople le litre diecuménicpie et reconnaît au siège de l\onie 1(^ premier rangdans la hiérarcliie ecclésiastique ^
Il est donc très remarquable que les mêmes empereurs qui ne reculaient jamais, afin de réduire les papes, d(^vant les pires violences, n'aient jamais osé, alin de les asservii', transférer au siège de leur impériale cité les droits pontilicaux de Rome.
La foi des empereurs et de l'empire explique ce fait étrange. Le sentiment de Tunité de l'Kglise tient essentiellement au fondement même de la foi ; tous les chrétiens récitent chaque jour dans le Credo :
' Sur la (onlroAt'r.sL'suiilevée parles revendications du j)atriarcho de 0. IV — suite lof,M(iue de l'histoire précédente, on roul)li(> beaucoup trop — , voir l'argoire, p. 44-31 ; firisar dans la Zeit. Ka/ft. T/u'oL, IV, 1880, 4<iO; Langen, 44G ; Wisbaum, lo, 19.
Noter (jue. en 537 et lioà, Justinien disliiigue la personne du pape, qui! maltraite, de l'église romaine (|uil prétend respecter [Llher Ponl'tf., éd. Duchesne, I, :i'J^-2y'J : Alansi. IX, 3G7. B. G. ; IM'ocope : (iolh., I. iiô]. La novelle 131. 2, contimie à l'église do C. P. le second rang dans rKglise [voir nov. 10'.); 133.3 et Gode, I, 2, 4j ; tous les autres patriarches dOrienl lui sont complètement subordonnés : en .541, Menas consacre Paul d'.Me.xandi-ic (Libérât. i>3 : Lvagre, VI, 7: Théophane, 606^). De G. P. relévcnl directement 28 provinces métropolitaines.
G'est en 531 quLj)i|»hane frappe Llienne de Larissa, et le dépose malgré son a|)pel à Rome: et bientôt Justinien insérera dans le Gode la loi de 421 (sur laquelle voir p. 2o3. n. : Gode l, 2, 6: Mansi. VIII, 74(i, A, 7i7-77i' ; 8.b2-8ô3). Honiface II et Agapet n'osent riposter.
Le titre vague (h' pal rUirche œcutnrniijne pouvait se charger d'tmc signilicalion préci.se. [ICn 44'.), Olym|)i(»s d'I'îvaza le déccM'ne au lanii'u.x Dioscore: « (piatre recpiétes alexandrines lues au con-
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« Credo unam, sanctam, catholicam et apostolicam ecclcsiam » ; la schisme est un état contre nature ; il ne peut pas éclater sans tourmenter, comme un remords, le conscience de ceux qui croient. — Le sentiment des devoirs et des droits de l'église romaine, gardienne de cette unité nécessaire, ne leur est pas moins familier; les paroles du Christ à Pierre sont d'une clarté limpide ; et le besoin que les brebis ont du pasteur, que les âmes ont de la parole qui « conlirme » n"a pas permis que cette tradition primitive s'obscurcit jamais beaucoup. En 5:2(3. en 536, tous les habitants de Byzance ont fêté 1 evèque de Rome comme le pasteur suprême ; lépiscopat grec admet l'existence de ses prérogatives aussi aisément qu'il
cile de 4ol. une supplique syrienne écrite en 518 et un mémoire constantinopolitain rédigé en 536 l'ont appliqué aux papes Léon, Hormisdas et Agapit ; des synodes tenus en .j18 et 536 ainsi que desrescrits de Justinien l'ont employé pour les patriarches Jean IL Epiphane. Anthime et ^lénas » : Mansi, VI, 855, 1C05, 1012.... Gode I, 1, 7; 4, 34; Nov. 3, 5, 6, 16... — Comparer avec Ihistoire. du terme papa ; c'est au vi" siècle qu'il commence d'être réservé à l'évèque de Rome.] — Sur Jean le Jeûneur, 582-594, et Pelage 1[, voir Mansi, IX, \±V6, D; sur l'attitude de saint Grégoire, voir Mansi IX. liOti, 1213, 1210, 1217, 1222; X, 4'J, ti6, 70, 73... Sur lacté de 6u7, voir Liber PonL, L 316.
Sur les rapports de lexarque de Ravenne l'gouverneur de l'Italie au nom de l'empereur depuis la défaite des Goths, 552) avec le pape, voir la correspondance de saint Grégoire et Diehl : Etudes ■sur... l'exarchat de Ravenne. Jusqu'en 685, c'est l'empereur qui confirme directement le nouveau pape, sur un rapport de l'exarque, relat'io ; l'église romaine paye une taxe à chaque nouvelle ordination pontificale : elle entretient un apocrisiaire à Ravenne (et à C. P.). Grégoire parviendra à installer à Ravenne son ami Marinianus; et il soutiendra contre G. P. le prêtre isaurien Athanase et le prêtre Jean de Ghalcédoine.
en discute l'étendue, lorsque entre en jeu son intérêt ou son orgueil.
La vie de la foi se manifeste par ailleurs avec autant d'originalité que de puissance. Son action sur les âmes est telle que l'organisation sociale s y appuie ouvertement; l'empire sappelleofTiciellement l'empire chrétien, christiana respubUca-, Justinien impose à tout nouveau fonctionnaire, au moment où il entre en charge, lohligation de prêter, en présence des hauts dignitaires de l'État et sur les samts évangiles, un serment solennel d'honnêteté et d'ii\tégrité ; il in vile les évêques à surveiller la conduite des gouverneurs, à réclamer la stricte application des lois dont communication leur est toujours donnée et dont ils doivent faire afficher le texte aux porches des églises. Lévêque désigne au choix de l'empereur les candidats qu'il juge dignes des charges administratives ; il a le droit de visiter les prisons, d'examiner les procès en litige; il a le devoir de dénoncer les abus. Protecteur naturel des provinciaux, il peut réprimander les gouverneurs convaincus d'injustice, il connaît des appels interjetés à son tribunal ; à la demande des parties, il peut même aller siéger au tribunal laïque et rendre des sentences de concert avec les officiers impériaux. Dans les causes civiles où un clerc est engagé, l'évêque seul a juridiction. Lorsqu'un magistrat sort de charge, c'est lévêque qui, pendant cinquante jours, accueille les plaintes des provinciaux. — L'autorité épiscopale n'intervient pas moins activement dans la cité que