‹ Le christianisme et l'empire (200-700)Chapitre 98 sur 110 · IV. 2Ô · texte numérisé non relu

IV. 2Ô

Le tlroil privé subit profondément, aussi bien que le droit pubHc. linfluence des idées clirétiennes victorieuses : « un grand souci de la justice sociale, une vive sollicitude de la moralité publique traversant d'un bout à l'autre la législation de .lustinien. Dans le droit des personnes, la vieille conception de la famille acliève de disparaître. La femme devient légale de Ibommc et presque la privilégiée. La loi précise et forliiie les droits qu'elle a sur sa dot, en diminuant le pouvoir de maniement du mari pendant la durée du mariage, en simplifiant les moyens de la recouvrer en cas de dissolution du mariage. La loi oblige le futur époux, en échange et comme pendant de la dot promise, à constituer à la femme... une provision qui

fondent aucun droit formel de propriété. — Les instituts de bienfaisance acquièrent la personnalité juridi(iue (au iv*: siècle encore, ils étaient propriétés des églises locales), ont leur patrimoine propre, peuvent recevoir dons et legs : ils sont administrés i)ar un prêtre économe, nommé par l'évoque, responsable devant lui. — Les monastères aussi ont la personnalité juridique, sans doute ù titre d'institut. — Kglises. instituts de bienfaisance, monastères acquièrent meubles et immeubles [terres ou maisons : l'église de C. V. possède 1.100 magasins] non seulement par des legs individuels, mais encore de par certaines lois : IKtat leur donne des subsides (blé), il leur donne le droit d'hériter ab intentai des fidèles morts sans héritiers, il leur donne le produit de certaines amendes. Les revenus de ces richesses entretiennent le clergé, le culte, les édifices, les pauvres, rachètent les captifs; aucune règle ne fi.xe leur répartition. Ils sont administrés par un économe jiar diocèse [Chalcédoine, 2G], qu'assistent les defensores ecclcx'ise, les ovdiualorcs, les cwifoiles (parfois des rt/rar//). L'état n'inter\ient pas dans cette administration. En principe, il exempte de tous impôts la propriété ecclésiastique. D'après Knecht : Si/slem (/e.s- jiustiniatiisc/(en Kirchenvermoiicnrechles, Stlugart; l9Ub.

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demeurera sa propriété au jour de la rupture du mariage. De môme les relations changent entre le père et les enfants. La puissance paternelle ne permet même plus au père de refuser son consentement au mariage de l'enfant... Le fils, capable maintenant d'avoir un patrimoine, devient le propriétaire absolu des biens qu'il acquiert à n'importe quel titre... Lémancipalion est simplifiée..., l'esclavage adouci raffranchissement encouragé. . . La loi permet aux courtisanes et actrices le mariage avec des hommes libres et même avec des personnes de rang sénatorial. — Le même esprit apparaît en ce qui concerne les biens : les changements que Justinien introduit dans le droit de succession, surtout au cas de succession ab intestat, furent, comme on la dit, a proprement révolutionnaires )). Autrefois, pour l'appel des héritiers à la succession, lagnation constituait la règle absolue : maintenant, la parenté par le sang, par les hommes ou par les femmes, détermina uniquement la transmission des biens. On posa en principe le droit naturel, inattaquable, de lenfant à succéder pour une part à l'héritage du père. Le fils, sauf des cas très rares, ne put être déshérité... Le droit de la mère à la succession fut rendu indépendant du nombre de ses enfants, les lilles ou sœurs furent appelées à l'héritage, à l'exception des agnats... Par cet esprit d'équité, de douceur, de simplification, qui fait de la loi des successions le chef-d'o'uvre de Justinien, cette législation préparait les voies où devait s'engager à sa suite la législation

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moderne » et montrait avec éclat que, dans la « république chrétienne », ri'^vangile du Christ devenait Tàme vivifiante du droite

' Dichl : Jusiinien cl la ciri/isalio)) hiizanline au Vh' siècle, Paris. l'JOI, p. 2o8-:260. (Je modilie quehiuos mois.) Comparer avec ce que dit. ou iiulicpie. Troploug : « Jusiinien fui un novateur résolu...: il attaqua le fétichisnu' du droit strict... Il jiril aux Papinien et aux Ulpien [voir tome H. p. 42, n.] ce qui lui parut de droit cosmopolite...: il les accommoda bon gré mal gré, et même par des altérations de textes, c'i des idées plus avancées cpie les leurs, à un droit plus simple, plus équitable... Chrétien et homme de son époque, il osa trancher dans le vif les racines d"un passe aristocratique et païen... L'égalité s'empare des personnes el dfs choses; elle efface les différences entre tous les affranchis, el nivelle les rangs libres en même temps qu'elle améliore le soi I des esclaves: elle ne fait i)lus de distinction entre la parenlc masculine el la parenté par les femmes. Elle met sur le même pied les choses mancipi et les choses nec manclpl ; \mv là cessent les différences entre la propriété civile et la propriété naturelle, entre lusucapion... et la prescription. Les idées do Constantin sur les i)écules sont généralisées, et les droits des fils de famille sont augmentés par ce moyen. Les filles et les i)elit.< enfants sont égaux aux enfants pour les conditions de l'exhérédation. La puissance (jui seule avait été la base de la substitution exemplaire cède la i)lace aux liens du sang et de raffection. Les fictions disparaissent. L'émancipation cesse de rompre le nœud de la famille: et la famille civile se confond, sous ce nouveau i)oint de vue, avec la famille naturelle. L'équité enlève à l'adoption les droits exagérés qu'elle empruntait du droit civil : elle ne rend plus l'adopté étranger à ses propres parents et ne confère plus à l'adoptant tous les droits de la ])uissance j>afeinelle... — La i)lainle d'inofticiosité qui, i)ar un étroit amour de la logique, frappait le testament dans son existence même, ne fait plus que rendre ses dispositions réductibles. Les différences entre les legs per damnalxonem, per vindicalionem, per prœceplionent. et sinendi modo, sont retranchées; tous les legs se confondcnl dans une assimilation que la raison commande. Bien plus, hfidéicommisleur sont égalés et oi)èrent directement. Le privilég. des soldats d'accepter une succession sous bénéfice d'inventaire est étendu à tout le monde. Jusiinien abolit l'échafaudage delois caducaires déjà démantelé par Constantin. 11 donne aux

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L'organisation intime de IKglise qui le propage varie insensiblement : le concile permanent, dirigé par le patriarche, forme toujours le conseil ecclésiastique de

femmes de fortes garanties pour la conservation de leurs dots, et crée en leur faveur une hypothèque générale tacite. Il abaisse à 6 p. lOo Tintérèt de l'argeiit qui. avant lui. était au taux, environ, de 12 p. 100. » — Quant aux successions ab infestai, les deux mémorables constitutions de 52S achèvent l'œuvre ébauchée par les sénatus-consultes TertuUien (sous Antonin) et Orphitien (sous Marc-Aurèle), par Constantin en 3il et Placidie .Valentinien III) en 426 : elles restaurent l'idée de parenté naturelle, l'idée de la dignité maternelle, c La première, ayant égard à la nature, aux dangers et au travail de lenfantement qui soumettent toutes les mères sans distinction aux mêmes épreuves, rejeta comme une impiété les distinctions du Jus liberofum [la mère de 3 ou 4 enfants, seule, est capable d'hériter, depuis le se. Tert.]; » toutes les mères reçurent des droits égaux à la succession de leurs enfants. « Par la seconde constitution, Justinien préféra la mère aux agnats ; tous furent exclus par elle. La mère n'eut plus pour concurrents que les frères et les sœurs du défunt, h Enlin. de 532 à 543, Justinien abolit absolument lagnalion ; il fonde la famille sur la parenté naturelle, il règle les successions d'après le lien du sang. « La création de Justinien... n'est pas la découverte fortuite de quelque esprit supérieur à son siècle ; c'est une œuvre chrétienne, préparée depuis 200 ans par le travail incessant du Christianisme, [facilitée par les mystérieux progrès du Néo-Paganisme] et éclose à une époque où le Christianisme était tout. Si Justinien eût trouvé debout et la puissance paternelle dans son énergie, et linfériorité légale des femmes, eùt-il pu construire a priori un système de succession qui ne tient aucun compte du lien factice de la puissance, qui met l'homme et la femme sur la même ligne"? Non!... » 11 fallait que la puissance paternelle eût été ébranlée, et la femme alîranchie; et telle fut précisément l'œuvre du Christianisme. « Aussi avons-nous vu entrer par la brèche qu'il a ouverte, et les enfants de la fille, quoique n'étant pas en puissance, et la mère, à qui la puissance manquait toujours; et les frères et les sœurs, sortis de puissance par l'émancipation ; et les frères et sœurs utérins, placés désormais avec les agnats : et les femmes agnates autres que les sœurs... <( [Cette œuvre émancipatrice de Justinien sera violemment attaquée par Paganini, 103S]. — Ce n'est pas à dire que

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l'empereur; les principaux sièges entretiennent un représentant régulier auprès de lui; et c'est lui qui, le plus souvent, nomme en fait les évêques, en même temps qu'il retire au peuple chrétien le droit officiel de les élire. C'est lui surtout qui, maintenant et plus que jamais, apparaît comme la source principale de

l'œuvre do Juslinien ait été parfaite : il s'en faut de beaucoup. 11 est encore demeuré trop conservateur : il a conservé l'esclavage. « Les esclaves ne succédaient pas ; ils ne possédaient rien en propre (Inst. per quas personasi ; tout ce cpi'ils acquéraient appartenait à leurs maîtres : ils n'avaient que l'administration de leur pécule (Pothier : Pandectes, I, 419, n. 14) ». [Troplong : De l'influence du Clir'istianisme sur le droit civil des Romains, édition Bayle, 1002, Tours, p. 10:î-10o. 240, 252. 118, 117]. — Noter que Justinien a sévi contre « la castration, la prostitution, la sodomie, les jeux de hasard, les blasphèmes », et aboli le divorce par consentement mutuel (que Justin U rétablira).

Voir le Code Juslinien publié le 7 avril 529, compilé par di.x juristes (dont Tribonien de Pamphilie et Théophile), deuxième édition rendue exécutoire le 29 décembre 534. Cf. les décisions de jurisconsultes recueillies dans le Digeste, 533; lf> manuel scolaire rédigé par Théophile et Dorothée, qu'on appelle les Institutes. 533 : les Novelles de Juslinien promulguées de 533 à 565 [éd. Schœll-KroU, 1895]. Aucun ouvrage approfondi sur l'influence exercée par les idées chrétiennes sur la législation impériale depuis le temps des Sévère jusqu'à l'invasion arabe. [Voir supra p. 89. et les histoires du droit romain de Cuq. Giraud. Krueger et Paul Girard; Zacchariie von Lingenthal : Geschic/ite des griechisch-rômischen Redits, 1892, 3" édition : Mortreuil ; Histoire du droit byzantin, 3 vol.. Paris. 1803-1866: Yillanueva : Diritto bizantino, Milano, 1990; Henry Monnier : Eludes de droit byzantin : 1. De l'i-'.SoÂr, [Nouv. Revue hist. de droit, 1892-189.^j]; II, ^léditation sur la constitution ïy-'x'iptt) et \c Jus pœnitendi [ibid., 1900], et Etude sur C/i: Zacft. von Lingenthal [ibid., 1895]; Muirhead : Introduction historique au droit privé de Rome; Bienen : Geschichte der Novellen Justinians: les études de Brugi et Jobbé-Duval sur la querela inofficiosi testamenli au VF siècle (Mélanges Fitfing, Montpellier, I). Avant Juslinien, les empereurs du v siècle n'ont entamé que

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la législation canonique : le 18 mars 545, il « contirme » expressément les canons de Xicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine. De sa liberté, quelle perd, l'Église achète la protection dont elle jouit; le Nomocanon byzantin symbolise la croissante confusion des deux domaines, ecclésiastique et civil K

timidement la révolution juridique : voir la loi des citations de Valentinien III et le Code T/iëodosien [éd. Godefroy, 1663 : Ilaenel. 1842; une édition nouvelle est promise par l'Acad. de Berlin ; compilé par 16 juristes, sur Tordre de Théodose II et de Valentinien III, rendu exécutoire le l*^» janvier 439], qui conserve l'agnalion, le divorce, le concubinat. les lois Papia, le jus liberorum. la sortie delà famille par l'émancipation, le système des successions fondé sur la puissance et la parenté masculine. — Mais on doit reconnaître que certains empereurs, Zenon par exemple, sont poussés par leur foi à protéger les paysans et les pauvres des excès des grands propriétaires, les puissants, Patentes, Potentioves, A-jva- '0'., comme on les appelait. De là, plusieurs lois formellement exorbitantes du droit commun : ainsi la loi 34, C. J., IV, 65 permet au locator et au condiictor de renoncer au louage dans l'année du contrat, 490. [Henry Monnier : Etudes de droit byzantin. II, Méditation sur la Constitution 'Exa^ipco et le jus pœnitendi, Paris, 1900].

Chacun sait que beaucoup de sociétés ont fait à la femme un rôle plus libre, et plus grand, que la société romaine, et même que la société grecque : je vise surtout la société égyptienne [voir tome I, p. 48, note; Paturet : La condition juridique de la femme dans Vancienne Ec/ypte, 1886, Paris]. Justinien a-t-il subi une influence égyptienne plutôt que l'influence chrétienne, ou en même temps que linfluence chrétienne?

* Les diocèses de l'empire se partagent entre les quatre grands patriarcats de Constantinople. Antioche, Alexandrie et Rome (sur leurs rapports, voir supra) : il en faut rapprocher celui de Jérusalem, peu important en fait bien qu'antique, et celui de Justiniana prima (Dardanie). créé par Justinien en l'honneur de son village, 335 ; il en faut distinguer les églises de Chypre, à qui un décret d'Ephèse a donné l'autonomie. — Chaque patriarcat est divisé en provinces ; l'évèque du chef-lieu de la province s'appelle métropolite, les autres évoques ont le titre d'évèques.

l^a vie monastique continue de sépanouir au milieu de la faveur universelle. Le peuple professe un profond

Certains évOchés non métropolitains irlèvcnf directement du patriarche : leurs titulaires sont dits autocépliales. L'organisation civile ne cadre pas toujours avec l'organisation ecclésiastique : la province civile de Bitliynie comprend trois provinces ecclésiastiques, Nicomédie, Nicée, Chalcédoine. Ces dignitaires doivent se réunir en concile provincial une fois l'an. L'évéque est le juge naturel des clercs, moines, diaconesses, religieuses ; il surveille les monastères, les biens ecclésiastiques. — L'entrée dans l'épiscopat est soumise à des conditions nond^reuses, très précises [3o ans d'âge, continence; un seul mariage antérieur est jiermis à condition (ju'aucun enfant n'ait survécu : 3 mois dans les ordres ou plusieurs années dans le cloître ; les anciens curiales doivent s'être affranchis depuis lu ans en donnant les 3 4 de leur fortune]. Théoriquement, l'évéque est nommé par le métroi)olitain ou par les évéques provinciaux sur une liste de '.i noms dressée par le clergé local et les citoyens de haut rang. En théorie, l'union de lévèque et de son église est indissoluble. — L'évéque est assisté de prêtres, diacres, diaconnesses. sousdiacres, lecteurs, chantres. Tous ces clercs sont exempts des charges municipales, des impôts extraordinaires, des juridictions ordinaires [voir surtout nov. 83 et 123, 21): tous peuvent vivre dans le mariage, « à condition d'avoir pris femme avant le sousdiaconat », mais ne peuvent se remarier; to'is peuvent exercer une profession libérale ou un métier manuel, mais ils vivent en général sur les revenus de leur église. — Le bras droit de l'évéque est l'archidiacre, (pii n'est pas prêtre: les syncelles sont ses clercs familiers; les référendaires, ses chargés d'affaires dans ses rapports avec les laïques; les apocrisiaires ses représentants ecclésiastiques ; l'économe, son trésorier: le nomique, son conseil juridique ; le logothôte, son chancelier... Les ecdiques protègent en son nom les pauvres et leà opprimés. (Noter c|u'un même clerc cumide j)arfûis i)lusieurs de ces charges.)

Le Nomocanon est l'ensemble des traditions juridiques byzantines qui mêlent aux prescriptions canonicpies les prescriplion.s ecclésiastiques de l'autorité civile. Un premier recueil en Soixante filres fut compilé vers u3i. Nous avons encore les Cin<ji(anle litres de Jean le Scholastique (550), et ses Qualre-vingt-sept chapitres (570). En rapprocher les Quatorze titres (580). les Vinf/t-dettx chapitres (570), les Vinfjl-ciiuj chapitres (570i, la Tripartite (580). le Nomocanou (tes ciiK/aante titres ((iOO). [D'après Pargoire, 51-SO.]

respect pour ces moines à la ligure austère, aux longs vêtements noirs, pour ces pieuses femmes qui ont

Dans quelle mesure cetle transformation graduelle du Christianisme catholique en religion nationale a-t-elle réagi sur ses destinées hors de Tempire? Voir, quant à l'Occident, infra. tome V. — L'Eglise d'Arménie, orticiellement monophysite depîiis 491, s'éloigne de plus en plus de l'Eglise byzantine [aux deux conciles de Tvin, 52ô et oo2J : mais, vers 593, les conquêtes de Maurice réunissent à l'empire une partie de l'Arménie, qjii accepte alors Chalcédoine. L'Eglise d'Arménie est dés lors coupée en deux tronrcjns [les Albanais du Caucase, après un schisme assez court, reviennent à Tunilé. — Petit, dans Vacant-Mangcuot. L 1897-1899]. — L'Eglise nestorienne de Perse, déchirée d'abord par des querelles ecclésiastiques (primauté de Séleucie), morales (mariage des prêtres^ et dogmatiques fdyophysisme). au temps de Bahaï i497-o02> et de ses successeurs, est restaurée par le saint et savant docteur qu'est le patriarche Maraba io40-29 février 55:2) : mazdéen converti par les professeurs de Nisibe. il a visité la Syrie, l'Egypte, la Grèce, Constanlinople, où il retrouva un fameux théologien dyophysite de Perse, Paul (vers 52o-533) ; c'est sa science et son austérité qui l'ont fait élire catholicos. Il rétablit la hiérarchie partout et ferme les schismes de Susiane et de Basse- Chaidée ; il restaure la disciphne canonique touchant les empêchements au mariage. Mais voici que la guerre oppose Byzance et la Perse : aussitôt se déchaîne la persécution organisée par le grand mobed Dadhcmizd ; quand Ghosrau I-^"^ signe une trêve avec Justinien, la persécution s'arrête. Elle na pas fait fléchir Maraba; les mages n'ont pu obtenir sa tête, ni les apostats sa déposition. Sa réforme disciplinaire est maintenue à peu près par ses successeurs, Joseph, 552-5(57, Ezéchiel. 567-582, et Jso'yahb 582-585. Hormizd IV ne suit pas, du reste, la politique de son père Chosrau : s'il attaque l'empire, il ne persécute pas les chrétiens. Le concile général de Séleucie, 585, affermit la réforme marabienne ; il condamne en même temps les docteurs qui se sont laissé influencer par la propagande monophysite i tels que Henana, de Nisibe). [Il est sur, du reste, que Maraba et ses disciples Thomas d'Edesse) anathématisaient le nestorianisme rigide [la quaternité ; l'impeccabilité de Jésus est sans rapport avec ses efforts personnels] et insistaient sur l'union intime des deux natures. En 585, les dyophysites de Perse ont voulu riposter au concile de C. P. de 553 en condamnant la communication des idiomes et l'union hypostatique rLabourt. 154-287].

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renoncé au monde afin de prendre a le vêtement des anges » et de devenir « des citoyens du ciel ». 11 leur est profondément reconnaissant de leurs vertus, de leurs pénitences, de leurs prières : elles suppléent à l'insuflisance de ses mérites. Beaucoup même aspirent à les suivre pour mener dans le cloître une vie humble et sainte ; « deux frères d'Armida, après s'être enrichis par le commerce, rassemblent dans leur maison de Mélitène les pauvres et les pèlerins et y constituent une communauté régie par la plus sévère discipline ». Justinien ne pense pas autrement que ses sujets ; à ses yeux, « la vie monastique « met riiomme en communication directe avec Dieu ; « c'est en outre, une cliose profitable à la société tout « entière par la sainteté des moines et les prières qu'ils « adressent à Dieu. » Aussi s'occupe-t-il avec une sollicitude inouïe de tout ce qui concerne les monastères, encourageant ses sujets à multiplier les fondations, donnant lui-même l'exemple, réglementant avec son habituel souci du détail tout ce qui regarde l'établissement d'un couvent nouveau : sa législation devient le fondement véritable de l'institution monastique. Les couvents sont souvent construits sur un plan assez uniforme. « Dans une solide enceinte fortifiée, généralement carrée, on trouve, une fois franchie l'unique porte ouverte dans le mur, d'abord un vaste bâtiment affecté aux services publics de la maison, rhntellerie avec ses chambres noml)reuses et ses curiouses écuries, rh<'>pital, rasil<\, cl jxMit-être au.'^si

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les écoles. Plus loin s'élève l'église, toujours directement accessible aux fidèles, le plus souvent richement décorée ; et dans l'ombre du sanctuaire, séparés de la cour des hôtes et placés d'ordinaire assez loin des bruits du monde, les bâtiments conventuels sont disposés autour d'une cour entourée de portiques, qui forme un véritable cloître. Là s'élèvent, à côté de la salle d'honneur, les dortoirs et réfectoires, l'habitation de Yhigoumène, l'oratoire particulier des cénobites », et les laures ou cellules isolées réservées aux veillards ou aux malades. Les moines « doivent avoir « un double souci : ou bien d'étudier les Saintes Ecri- (( turcs, ou bien de s'occuper aux services manuels « qui leur conviennent». Saint Sabas. que Justinien recevait avec des honneurs presque royaux, réglemente dans son Typicon, h la suite de saint Basile, cette double série d'occupations et rappelle à tout moment que, pour le vrai anachorète, il n'est point de fête sur terre : « le moine fait spontanément « ce que font sur commande les pleureurs des funé- (( railles » ^

* Sur le monachisme byzantin au vi« siècle, je suis DiehK 307: 501 : Marin : Les Moiîies de Conslantinople ; Besse : Les moines d'Orient; — W. Nissen : Die Regelung des Klostericesens in Rômerreiche, 1897, Hambourg ; Pargoire : Les débuts du monachisme à C. P. (R. Quest. histor., janvier 1899 ; Usener : Der heilige Theodosios. Voir sur Menas les Acta S. S., août, T', 619; sur Eutychius, P. G., 86, 2273 ; les Novelles, 123: 133. 2: 131. 10, 13: 7, \: Code 1, 3, 45.

En 536, il y a 68 monastères d'hommes dans le diocèse de C. P. et 40 dans celui de Chalcédoine. — Les cénobites portent le kolobion, robe sans manche, retenue par l'analobos létole qui

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C'est parles moines, surtout, que s'entretient la vie chrétienne dans rélite et dans les foules. Sans doute, les sacrements, la liturgie, la prière dispensent à tous la vie divine *. Mais les services que les moines ren-

passo sur 1 ei)aulo et croiso sur la poitrine) ; le koukoulion eouviv leur tète. A partir de Juslinien, le titre crarchimandrite tend à être réservé aux higtximènes des monastères les ])lus imi)orlants. le titre d'abbé est doiuié indistinctement à tous les relii^eux. Le i)ras droit de riiiiîoumène est le dentéraire, puis l'économe. Chaque ino)ULslèi-e [orme un lout aulonome, sauf chez les discij)!es lie S. Pakhùme, (jui sont organisés en congrégation, à Tabenne; parfois, révé(juc confère à l'higoumènc d'un couvent une vague primatiesur les autres. Très rarement, l'empereur soustrait un couvent à Tautorifé de l'évéque [GOO. monast. de S. Théodore le Syk''M-)le]. — Les solitaires comprennent de curieuses variétés dermites dont les noms disent la pieuse fantaisie (stylites, dendrites, boskii. — Les religieuc;es s'appellent sanctimoniales, ou canonica», ascetriie, monastricC. — Tous les ascètes, depuis 539, ont le privilège du for compétent. Le noviciat est en général de 3 ans ; on accueille des tillettes ; on se méfie des gyrovagues. Voir la novelle o et Pargoire. 66.

' Le bai)tème se confère de préférence aux grandes fêtes, par triple immersion, lors(}ue l'enfant a un ou deux ans (l'usage du ])arrain, syntecnos ou anadoque, est générai), en même temps que la confirmation. La pénitence secrète existe ion connaît un l)énitentiel, contemporain de Jean le Jeûneur, 582-jî.»4) : il n'est pas interdit au pénitent d'écrire le péché qu'il n'ose dire. L'eucharistie est couramment donnée aux enfants avant l'âge de raison, depuis le baptême; on communie aux grandes fêtes, plus souvent parfois ; on peut garder chez soi l'eucharistie et se communier soi-même. Aucun texte ne signale lextrême-onction. La notion du sacrement de l'ordre est vague : au jugement de certains moines, nul besoin de l'avoir reru pour opérer le sacrement eucharistique ou remettre les péchés. La loi reconnaît la légitimité du mariage qui n'a aucun caractère religieux et la novcUi' HT de 542 reconnaît cinq causes dilTérentes de divorce [i et <)J.

La messe est appelée mystagogie, ou liturgie, ou syiiax<>. Les formides al(\xandrines diturgie grecque de S. Marc) cl syriennes dit. gr. de S. .lacipicvs) sont éclipsées par lesformid(»s cappadoco-

dent aux malheureux par leurs xenoduchia i hôpitaux), leurs gerontocomia (maisons de retraite pour les vieillards), leurs orphanotrophia (maisons dorphelins), leurs brephotrophia (crèches), leurs loboirophia (léproseries), ne contribuent pas moins efficacement, et à

byzantines de saint Basiic ou de S. Jean Chrysostome (ou des présanctifiés I, depuis que le Monophysisme domine sur le ]Sil (d'où les liturgies copte de S. Cyrille, et abyssine des xii ap.) et le Nestorianisme en Syrie (d'où liturgies syriaques) : la messe cappadoco-byzantine. vers 575. se compose de la messe des catéchumènes [ïrisagion, trois lectures scripturaires, enfin homélie], suivie de la messe des fidèles [litanie diaconale, entrée solennelle des espèces, symbole de foi, anaphora i= préface, sanctus,anamnèse, épiclèses oraison dominicale, fraction du pain, élévation, communion, action de gràc-cs. apolysis]. La patène et le calice doivent être au moins en argent : le pain eucharistique est du pain fermenté, et le vin eucharistique est arrosé d'eau chaude : l'élévation du pain n'est pas inconnue tout à fait (vers 600, Ancyre).

A la différence de la messe . l'office se dit tous les jours (= cycle de prières pour sept heures) dans les grandes églises et tous les monastères ; ces prières sont principalement empruntées aux Psaumes [voir tomes I. p. 293. et II 85]. parfois aux poèmes religieux, rythmés et chantés, qu'inventent les mélodes[tropaires et Kontakia]. — Comme la messe et l'office, les processions, ou litanies, attirent le peuple. — Les messes sont dites souvent pour les morts [novelle 133, de 539]. — Le culte de la Croix, qui est né timidement dans les catacombes [épitaphe de Rufine. ii» siècle : l'ancre, le tau] et s'est surtout développé en Arménie [Hist, de Daron. Journ. asiat., 1803, 464, 466] est maintenant universel et public [Rufin, ii, 2, 26] : le culte du crucifix fait son apparition en Syrie, au vi^ siècle, dans les milieux dyophysites qui prétendent affirmer par là la réalité de la nature humaine et du sacrifice de Jésus (Bréhier : Les origines du crucifix, 1904, Paris]. — En leur particulier, les fidèles prient vers l'Orient, font très grand usage du psautier, de l'eau bénite et du signe de croix, des images pieuses. — Le carême de 7 semaines j8 en Palestine^ est très répandu : abstinence complète de viande. — Voir Pargoire, 93ii;;.

accroître leur prestige, et à fortifier rattachement du peuple pour la religion qu'ils prêchent ^ C'est sous leur iniluence que se développe le culte de la Vierge dont deux fêtes nouvelles, la Présentation et la Dormition, commencent d'être célébrées au vi^ siècle-. Ils suscitent ces confréries de compagnons et de zélés qui groupent les plus pieux des fidèles et les préservent des défaillances où sombre le plus grand nombre : car rien de plus certain que la rapacité et la brutalité de

^ Une Iradition rattache ces œuvres de bienfaisance à l'initiative d'un saint Zotique, au temps de Constantin. Après G. P., c'est Jérusalem, Alexandrie qui en sont le plus riches. Comme les monastères, elles sont toutes sous la haute surveillance de l'êvèque, parce que leurs chefs et une grande partie du personnel sont ecclésiastiques, (ou monastiques). A C. P.. les funérailles sont gratuites. — En outre, les particuliers (sur les conseils de Barsanuphe) elles monastères pratiquent la charité sur une large échelle uioter que Théodora a fondé le couvent de la Pénitence l)Our les fdles repenties). Pargoire, 80.

- La fête de la Dormition, ou Assomption, vient de Palestine (en 588, Maurice la transi)orte du 18 janvier au 15 août) ; de même, celle de la Présentation. Le plus fameux sanctuaire de la Vierge est l'église de Blakhernes, à C. P. : chaque vendredi soir, une procession en fait le tour; ses prébendes, presque aussi riches que celles de Sainte-Soj)hie, attirent également les convoitises des clercs. — La dévotion à 8. Michel, à S. Gabriel et aux anges gardiens n'est pas moins répandue; de même, la dévotion aux patriarches, apôtres, martyrs, confesseurs (surtout à Jean le Prodrome, Pierre le Coryphée , Georges le ïropceoj)horei . Le culte des confesseurs n'a jamais qu'un caractère local. — Naturellement les vieilles fêtes consacrées à Jésus gardent le premier rang (Pâques, Pentecôte, Ej)iphanie) : -un décret de Justin 1 ét^nd à tout l'empire la fêle de Noël. — Les reliques joui.ss(Mil d'un énorme prestige [en 574, translation de l'image achérupite de Kamoulianes ; légende d'Olympiade]: toute nouvelle église en contient un fragment [oiT, dcdicace des Saints \l)ùtres]. Delà, les j)èlerinages [Jérusalem, Mont Sinaï. Euchaïtes, ••^alonique, Ephèse, Séleucie, Tripoli, Uusapha]. l'argoire, il3, sq.

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