‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 100 sur 164 · LA REACTION PAIENNE. — JULIEN · texte numérisé non relu

LA REACTION PAIENNE. — JULIEN

§ 1. — La religion de Julien.

La rapide carriere de Julien peut se resumer en quelques mols : la mort violente de ses parents, sa jeunesse studieuse et demi-captive, son elevation inattendae au rang de Cesar, ses brillantes victoires en Gaule et en Germanie, Temeute militaire qui le proclame Auguste, sa rupture avec Constance, sa prise de possession de I'Empire, sa guerre malheureuse centre les Perses, sa mortpres de Ctesiphon. Mais dans cette vie coupee par tant de peripeties, et en apparence agitee par tant d^evenements exterieurs, la posterite a surtout vu ce qui, en realite, I'a remplie : le drame interieur qui detacha Julien du christianisme, puis Teffort ininterrompu pour abattre celui-ci et relever le culte des dieux. Une fois entree dans son coeur, cette pensee ne quitte plus Julien : elle Faccompagne a son depart de la Gaule, le suit dans sa marche centre Constance, inspire toute sa politique des qu'il est seul empe-

reur, le hante darant les preparalifs de la guerre des Perses, chemine avec lui dans cette traversee de I'Asie Mineure qui le mene a son destin tragique, ne laisse qu'avec la vie le prince mourant sans avoir realise son dessein, etcomme ecrase sous son r^ve.

II est difficile de dire comment Julien fut amene a rompre avec le christianisme. La haine centre Constance, qu'il accusait du meurtre de sonp^re, lejetat-elle d'instinct dans un parti religieux oppose a celui du persecuteur de sa famille? ou I'arianisme d'Eusebe de Nicomedie, a qui avait ete confiee son education religieuse^ lui laissa-t-il de la doctrine chretienne comme de ses adherents une idee incomplete et fausse ? Tout porte a croire que des influences plus directes I'attirerent a Tancien culte. Son precepteur, Teunuque Mardonius, etait un admirateur passionne d'Homere ^. De bonne heure Vlliade et VOdyssee degoAterent Fenfant de FEvangile et de la Bible. La connaissance assez etendue qu'il prit des livres juifs et Chretiens demeura tout exterieure, et ne passa point jusqu'a son ^me. II s'habitua tout de suite a considerer leurs auteurs comme des barbares. Les prophetes et les ap6tres lui parurent grossiers, compares a la brillante civilisation des Grecs. Mardonius n'etait pas seulement enthousiaste des poetes : Ires verse dans la

i. Ammien Marcellin, XXII, 9.

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