Ammien Harcellin, XIX
tres, s'envenimerent sous le regne et par le fait personnel de son successeur. Le moment vint ou Ton ne put discerner a qui il faisait la guerre, des adorateurs des dieux ou des Chretiens restes fideles aux definitions de Nic6e. Dans aucun temple ses soldats ne commirent des exces pareils a ceux par lesquels ils ensanglanterent les basiliques d'Alexandrie ou de Constantinople, pour en chasser les pasteurs orthodoxes et y installer des intrus. Si Ton crut revoir quelquefois des scenes empruntees aux pires epoques de persecution, des catholiques, non des idoltoes, en furent victimes. Athanase dut fuir Alexandrie devant les sicaires de Constance comme jadis ses predecesseurs Denys et Pierre devant les bourreaux de Dece et de Maximin. Unanimes dans la resistance passive aux lois qui menagaient I'ancien culte , les pai'ens se fortifiaient dans leurs sentiments en voyant les luttes intestines de leurs vainqueurs. lis sentaient que Tarianisme, soutenu par la puissance imperiale, travaillait pour eux. On raconte qu'en 356 des troupes de paiens enroles par les officiers de Constance envahirent une eglise d' Alexandrie, oti la population orthodoxe 6tait assembl^e. lis y commirent toute sorte de profanations , en s'4criant : « Constance s'est fait hellene, et les ariens ont reconnu nos myst^res *. » C'etait se tromper
1. *'EU.)jv yiyovs KvoyaTayrio;, xal ov ^^Qiayoi ra ^jutay hni^ yyoooxoy. Saint Athanase, Ad solit.
grossierement sur les faits, car cette annee 356 est celle m^me d'une des lois rendues par Constance contre Tidol^trie. Mais c'etait juger la situation avec le sAv instinct des foules, et, par une simple erreur de noms , annoncer le vengeur futur qui, assistant silencieusement a I'agonie de la chretiente, attendait avec impatience Theure de restaurer Thell^nisme.