‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 119 sur 164 · JJ · texte numérisé non relu

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en la tentant, la pensee precise de Julien? Le desir de s'attacher les Juifs et d'honorer leur Dieu fat-^il son seul mobile? II en eut 'probablement d'autres. En rappelant les Juifs dans Jerusalem, en faisant do nouveau de celle-ci leur ville sainte, qu'elle avait cesse d'etre depuis Titus et surtout depuis Hadrien, il rendait au judaisme un centre autour duquel se rallieraient peu a peu ses elements epars. Par la il substituait, dans le culte d'Israel, le caractere national au caract^re universel que lui avait donne la dispersion, et le r^duisait a n*^tre plus que la religion d'un petit peuple de Palestine. Si peu inquietant que le proselytisme juif au dehors eAt pu 6tre pour rhellenisme restaure, toute crainte de son influence sur les esprits cultives serait ^cartee desormais. Le christianisme se trouvait luim^me indirectement atteint. II perdait en apparence sa base liistorique.il cessait de pouvoirrattacher ses origines aux traditions d'Israel : qui lui reconnaitrait desormais pour precurseur, a lui qui aspirait a la domination universelle, un culte aussi elroitement localise?

Mais Julien voulut apparemment porter au christianisme un coup plus direct. On connait les predictions evangeiiques au sujet du temple de Jerusalem. « 11 n'en restera pas pierre sur pierre, » dit Jesus-Christ a ses disciples ^ Julien avait certai-

1. Saint Mattuieu, xxiv, 2; saint Marc, xiii, 2; saint Luc, xxi, 6.

nement lii ces paroles. II etait familier avec les Evangiles, souvent cites dans les Irop courts fragments qui nous restent de ses sept livres contre les Chretiens : une des citations qu'il fait de saint Mat- Ihieu* ne precede preciseraent que de quelques versets le texte du m^me evangeliste relatif a la future et complete destruction du temple. Donner, sur ce point, un dementi a Jesus-Christ lui-m^me, montrer que sa prophetic n'est pas accomplie, ou plut6t empecher soi-m^me cette prophetic de s'accomplir, quel triomphe pour Julien ! Quel argument contre I'Evangile! Quel desastre pour la cause du christianismel Les ecrivains Chretiens n'hesitent pas a prater a Julien ces pensees, et tres probablement ils ne se trompent pas. On sait comment furent dejouees les esperances de I'empereur et des Juifs. M6me en ecartant comme empreint de partialite le temoignage des narrateurs Chretiens 2, il resle une entreprise commencee a grands frais, sous la direction d'un haut magistrat, et soudain arr^tee par une force inconnue, dont tons les efforts des ingenieurs et des ouvriers ne purent venir a bout. Ammien Marcellin, un contemporain et un paien, rapporte que, pendant que Ton creusait les fondations, des globes de feu sortirent de terre,

i. Saist Mattiiieu, xxiir, 27; dans saint CvniLLE, Adv.Julianum^ X.

2. Saint Ghegoire de Nazianze, Oralio V, 3-7; saint Jean Curysos- TOME, In Malth, homil. IV, 1 ; Adv, Judaeos, V, H; Contra Judaeos et Gentiles, 16; Socrate, HI, 20; Sozomene, V, 22; Theodoret, HI,

2U L£ CHftlSTLiXlSME ET L'EMPIRE ROHAIN.

chassant lesouvriers, en oonsamantmemequelqnesnns. Le projet dat etre abandonne *, Jolien laim^me, dans sa « lettre a on pontife », avone (sans donner de details i avoir tente de rebatir le temple des Jnifs, « en rhonneor dn Diea qa'on y adore, » et n V avoir pas reossi -.

§ G. — I«e8 actes de pers^cntion.

Tons ces actes son! la preparation savante de la guerre an ehristianisme : 11 reste a voir cette guerre elle-m^me, et la part qaV prit Jnllen.

Cinqaante ans apr^s ledit de Milan, on ne ponvait renouveler les anciennes persecutions. Ni le rescrit de Trajan, autorisant contre les Chretiens les denonciations individuelles, ni les edits ordonnant de les ponrsuivre d'office, n'eussent ete applicables. Favorisee depuis un demi-siecle par les pouvoirs publics, qui se declaraient pour elle lors meme qu'ils luttaient aveuglement en faveur du schisme ou de I'heresie, TEglise etait maintenant repandue partout. Dans certaines provinces, elle reunissait la majorite des habitants. La ou ses adherents demeuraient la minorite, celle-ci etait trop considerable pour ^tre aisement violentee. On eut difficilement attendu de la population chre-

i. Ahmien Margellin, XXIII, 1.

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