‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 129 sur 164 · LA TRANSITION. — VALENTINIEN, VALENS, GRATIEN · texte numérisé non relu

LA TRANSITION. — VALENTINIEN, VALENS, GRATIEN

§ 1. — Valentinien.

A certains moments de la vie des peuples, I'hlsloire offre un singulier spectacle. Ou elle reproduit, tanlot affaiblis, tantot exageres, les traits de situations anciennes ou de personnages evanouis ; ou elle donne comme une lointaine ebauche de situations nouvelles et de futurs heros. II semble qu'il en ait ete ainsi dans les regnes qui suivirent celui de Julien. Valentinien offre quelque image de Constantin ; Valens renouvelle en les aggravant les travers ou m6me les crimes de Constance; Gratien annonce Tlieodose, et prepare le changement qui se fera, sous ce prince, dans les rapports de I'Empire avec les deux religions rivales.

Valentinien avait confesse la foi sous Julien ^ : on eilt pu croire que, au moins pour I'Occident, qu'il s'etait reserve dans le partage de I'Empire avec son

1. Saint Amdroise, De obiiu ValenL, 55; Ep,.^i; Socrate, IV, 2 SOZOMENE, VI, G; TuiODORET, III, i6; RUFINy II, 2. Of. ZOSIME, IV, 2.

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frcre Valens, une ere de reaction chretienne allait commcncer. II n'en fut rien. Valentinien se borna a confirmer par quelques mesures de detail la liberty des cultes restauree a la h^te par son predecesseur. II remit simplement les Chretiens dans la situation legale ou ils etaient avant Julien.

Une reponse faite par lui, tout au commencement de son r^gne, a 1 ev^que orthodoxe d'Heraclee, qui lui demandaitd'user de son pouvoir en faveur de la vraie foi, resume d'avance sa politique religieuse. « Je suis laique, dit-il ; je n'ai point a examiner curieusement les dogmes. Ceci est I'affaire des prelats *. » II reste le depositaire laique du pouvoir, m^me quand il legifere en faveur des Chretiens. Aucun prince ne fait moins « Tev^que du dehors ». Son premier soin avait ete d'effacer la loi par laquelle Julien interdisait aux adorateurs du Christ Tenseignement des lettres antiques. Mais au lieu d'opposer aux declamations de Julien contre les maitres chretiens des declamations contraires, et de refuter longuement la verbeuse ordonnance du champion du paganisme, il dit tout en deux lignes, laissantvoir sa volonte d'6tre juste, taisant ses preferences personnelles. « Quiconque est par ses moeurs et son talent digne d'enseigner la jeunesse aura le droit, soit d'ouvrir une ecole, soit de reunir a nouveau son auditoire disperse^. » C'est Timpe-

l.SOZOMEXE, VI, 7.

i. Code Th4od., XIII, iii,6.

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rieuse brievete du legislateur antique : Constantin lui-m^me ne parlait pas de ce style quand un interet religieux elait en jeu.

Un second acte fut dicte a Valentinien, des le commencement de son regne, moins encore par ses sentiments de prince chretien que par le souci de Tordre et de la paix publique. Interdits a plusieurs reprises par Constantin et Constance, les sacrifices nocturnes avaient repris partout sous Julien. L'exercice de la magieavait m^me ete favorise par Texemple de ce prince et de ses plus in times conseillers. Deuxlois furent promulguees, en 364 et 365, centre les conjurations magiques et les sacrifices nocturnes *. Si necessaires qu'elles fussent, on parait les avoir appliquees avec menagement. L'un des chefs du parti paien a Rome, Pretextat, alors proconsul d'Achaie, obtint que les mysteres d'Eleusis, celebres pendant la nuit, echappassent a la prohibition^. Des historiens ont vu une faiblesse dans cette concession de Valentinien : on y reconnaitra plus exactement I'expression moderee de la pensee de Tempereur, decide a couper court aux abus sans nuire a I'exercice du culte paien, dont faisaient parbie des c^r^monies aussi anciennes et aussi celebres que celles d'Eleusis. Quelques annees plus tard, Valentinien eut Toccasion de marquer plus clairement encore ses tendances liberales. Comme

i.Code Tht'od.f IX xvi 7 8.

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