Ammien Marcellin, XXX, iO
§ 2. — Valens.
Une seule fois Valentinien parut prendre nettement parti dans une question dogmatique. C'est quand il accepta de transmettre aux Eglises orientales les decisions d'un concile d'lUyrie, qui venait de proclamer avec une grande dnergie la foi de Nicee. En communiquant aux catholiques persecutes de rOrient la profession de foi des ev^ques illyriens, il yjoignit une exhortation k refuser aux exigences de Cesar ce qui est du domaine de Dieu, c'est-a-dire a demeurer les fermes champions des doctrines orthodoxes centre les entreprises de Tarianisme aide du pouvoir civil * . Mais sa mort, qui survint presque aussitot, ne permit pas de voir jusqu'oili Valentinien se serait avance dans ceLte voie, et laissa pour quelques annees encore le champ libre en Orient a la politique toute contraire de son fr^re Valens.
Valens rappelle Constance, mais par un cote seulement. Constance s'etait declare I'ennemi des paiens et des catholiques : sous son r^gne , les lois proscrivant I'idol^trie avaient alterne avec les actes
i. TiiEODORET, Hist. EccLt IV, 8-9. — Schiller, Gesch, des rdm, Kaiserrechs, t. II, p. 36 J, ne me paratt pas avoir raison en contestant Tauthenticite dela lettrcde Valentinien. Le commentaire que donne de cette lettre M. de Broglie, Vilglise et VEmpire romain au quatrieme siecle, t. V, p. 28, me parait aussi en fausser le sens.
de persecution dirig^s contre les sectateurs de la foi de Nicee. Valens ne s'atlaqua pas au paganisme. Si les paiens eurent a souffrir de lui en Orient, ce fut par Teffet de ses defiances politiques, eveill^es contre tons ceux qu'il soupgonnait de demander a la magie le nom de son succcesseur : comme les arts magiques etaient professes par les paiens, c'est surtout contre eux qu'k cette occasion se deployerent ses rigueurs : plusieurs des anciens amis de Julien en furent victimes ^ Mais on ne cite pas de loi de Valens dirigee contre Tidol^trie. Loin de la proscrire, il lui laissa une entiere liberte ^, et s'appuya m^me sur les partisans des anciens dieux dans sa lutte contre les Chretiens orthodoxes.
Baptise par un ev^que arien, non a la fin de sa vie, comme Constance, mais au commencement m^me de son r^gne, Valens avait, dit-on, fait le serment de convertir a Tarianisme tous ses sujets Chretiens. Son premier acte fut de chasser de leurs sieges les eveques nagu^re bannis par Constance et rentres sous Julien. C'etait marquer nettement I'intention de reprendre les choses au point oii Constance les avait laissees. Mais Valens , ^leve au trone par le hasard , n'avait de commun avec Constance que les mauvais instincts. II n'etait ni
1. Ammien Margellin, XXlXf 1; Zosime, iy,15; Eunape, Vitae soph,. Max; Philostorge, VHI, 15.