‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 145 sur 164 · xm AMBROisR, De diversisy · texte numérisé non relu

xm AMBROisR, De diversisy

3. TiiEODORET, Hist, Eccl.f V, H7; Paulin, Vita Ambros,., 24.

lui paraissent le mieux representer Torthodoxie romaine. Cette maniere autoritaire est d'autant plus remarquable qu'on la trouve chez un prince

qui, loin de pretendre k dominer I'Eglise, se montre en toutes circonstances ie plus soumis de ses enfants. NuUe intention chez lui de prendre , comme le fit trop souvent Constantin , des allures d'ev^que du dehors ; I'autorite imperiale est mise, sans aucune arriere pens^e , au service de la religion catholique. Mais elley est mise tout entiere, ct nuUe consideration de menagement ou de prudence ne suspendra desormais la pesanteur de son bras. Theodose se sent assez fort pour abolir a la fois I'heresie et le paganisme. Enayant le pouvoir, il estime qu'il en a le devoir, et il marche vers ce but d'un pas singulierement droit et ferme.

Ce n'est pas qu'il ait cherche a abattre a la fois toute dissidence. Vis-a-vis des heretiques et visa-vis des paiens sa conduite a ete d'abord differente. On vient de voir les premiers traites tout de suite par lui comme des rebelles , qu'il fait ramener malgre eux a I'unite centre laquelle ils sesont r^voltes. De la les lois qui, depuis la premiere ann^e du regno de Theodose jusqu'a la dcrniere, les frappent de coups reputes. La suite de ces lois ne marque pas un progres de la repression : des le debut, la volonte du prince se manifesto sans reticences : I'heresie devra cesser d'etre, ses assemblees se dissoudre, ses pasteurs

.le —

perdre leur litre et leurs pouvoirs , ses adherents relegues hors des villes, prives du droit de disposer de leurs biens, ^tre en quelque sorte, selon I'expression d'une de ces lois, « exclus de la communion des hommes. » Pour les paiens, Th^odose montre moins de rigueur. Son but est le m^me : detruire le paganisme , afin que la religion chretienne, retablie dans toute la splendeur de son or- Ihodoxie, regne seule sur les mines des faux cultes. Mais les moyens parattront moins brusques : le paganisme , au lieu d'etre renverse tout d'un coup, sera demoli pi^ce a piece. Bien que , dans la premiere partie de sa lutte centre I'idolatrie, Th^odose ait eu surtout en vue les provinces de TOrient, ou le christianisme dominait deja, cependant il y avait encore , en quelques-unes , de trop forts partis de pa!ens pour qu'il fAt prudent de les pousser tout de suite au desespoir. D'ailleurs, ils n'etaient pas, comme les ariens ou les manich^ens, des r^voltes centre I'unite catholique : ils n'avaient eu qu'une part indirecte et tr^s effac^e aux troubles religieux qui sous Constance et sous Valens desol^rent TOrient : ils meritaient les dgards dus a des sujets pacifiques et k des croyants sinc^res. Dds le commencement du r^gne de Th^odose , on put s'apercevoir, cependant, que les deux religions n'etaient pas, a ses yeux, dans une situation egale. Des lois de 381 et de 383 — imitees en 383 par Gratien — privent du droit de disposer et de

recevoir par testament les Chretiens baptises cjui seraient retournes par Tapostasie au paganisme : les simples cat^chumenes coupables de deserter Teglise pour le temple sont m^me frappes, bien que dans une mesure moindre ^ . C'est dire que s'il est permis a un paien de devenir chretien, et si, comme I'^crit Symmaque , c'est faire sa cour que de s'abstenir du culte des dieux ^ , en revanche il n'est pas permis a un chretien de se faire paien. L'une des deux religions rivales est done des a present d^claree legalement inferieure k Tautre.

Cependant elle n'est pas encore defendue. Mais chaque jour le cercle d'investissement se resserre autour d'elle. Constantin avait prohibe les pratiques secretes de la divination , mais declare libre la divination officielle, telle qu'elle etait exercee dans les temples par les haruspices ^. Constance avait interdit dans les termes les plus durs toute consultation sur Tavenir, mais en laissant subsister la distinction pos^e par Constantin ^. Valentinien P"^ avait defendu les conjurations magiques etles sacrifices nocturnes, mais fait les reserves les plus expresses en faveur de I'haruspicine ^. Tlieodose, en 381, interdit tout sacrifice, soit de jour, soit de nuit, offert dans un temple en vue de connaitre

i. Code Theod., XVI, vii, 1, 2.

Page 1