‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 17 sur 164 · Tacite, i4nn.,XV, 44; saint Clement, Cor · texte numérisé non relu

Tacite, i4nn.,XV, 44; saint Clement, Cor

bliquc en poursuivant de pretendus incendiaires, il cherche les accuses dans un groupe d'hommes deja connus du peuple sous le nom de chretkns. L'imputation premiere s'efface vite devant une autre, et les condamnes sont envoyes a la mort comme ennemis du genre humain, c'est-a-dire comme refractaires a la civilisation et a la religion romaines. Le caractere pris ainsi pardes poursuitesintenlees a I'occasion d'un fait accidentel, puis devenues assez generales et assez vagues pour englober des hommes qui n'y avaient d'autre titre que leur religion, rend vraisemblable une opinion souvent contestee , a savoir que la persecution , commencee a Rome , s'etendit de la aux provinces et dura autant que le r^gne de Neron.

Cette opinion est confirmee par une phrase courte, mais tres significative, de Suetone. A lire Tacite, on est porte a croire que la conduite de Neron a I'egard des Chretiens fut une consequence de I'incendie de Rome. Ce que dit le grand historien de la facilite avec laquelle I'accusation changea d'objet permet seul de deviner que la politique imperiale avait des lors centre eux d'autres griefs. Le biographe des empereurs le montre plus clairement. Sous sa plume, tout caractere particulier et local s'efface. Plus de lien entre I'incendie et la persecution. Suetone parle de celle-ci en un endroit de la Vie de Neron, c'est beaucoup plus loin qu'il racontera I'incendie. En le lisant, la persecution

apparait independante du fleau. Moins preoccupe que Tacite de metlre en relief et, pour ainsi dire, d'achever par un dernier coup de pinceau la peinture d'un des crimes de Neron , il neglige I'accident pour laisser voir seulement la portee generale de la mesure. « Les chretiens, dilil, hommes d'une superstition nouvelle et malfaisante, furent frappes de divers supplices^ » Ces paroles s'entendent d'une repression permanente, systematique, ay ant pour motif la « nouveaut^ » et le caractere « malfaisant » de la « superstition » chretienne. Le contexte acheve de marquer ce sens, car la phrase que nous venons de citer se lit au milieu d'une longue enumeration de mesures destinees a durer , reglements , lois ou edits ayant pour objet de reprimer des abus et d'assurer I'ordre public.

Rapproche de ce texte, un document contemporain prend toute sa valeur historique : je veux parler de la premiere lettre de saint Pierre. La date qui lui convient le mieux est au lendemain des evenements de 64, au moment oii la persecution commence k gagner les provinces. Ecrivant de Rome, designee par le nom symbolique de Babylone ^, aux Chretiens du Pont, de la Cappadoce, de I'Asie, de

i. SuEtoNE, NerOy 16.

2. Tous les critiques reconnaissent aujourd'tiui que Babylone, dans I'avant-dernier verset de la premiere ^pitre de Pierre , doit s*entendre de Rome, ainsi d^sign^e dans le style secret des Juifs

la Bithynie, 1' Apdtre leur donne des conseils en vue de la calamite « nouvelle^ » qui va fondre sur eux ou qui les a dejk atteints. II leur recommande de se garder plus que jamais de toule faute contre les lois ou la morale. « Qu'aucun de vous ne soil chatie comme homicide, ou voleur, ou malfaisant, ou avide du bien d'autrui^. » Mais il leur rappelle que leur innocence m6me ne les mettra pas k I'abri de toule poursuite. « Si Tun de vous est puni comme Chretien, qu'il n'en rougissepas; que, tout au contraire, il en glorifie Dieu^. » On punissait done les Chretiens de ces provinces, et leur religion seule, en dehors de toute inculpation de droit commun, pouvait 6tre pour eux une cause de condamnation.

§ 3. — La persecution de Domitien.

On ne connait les noms d'aucune des victimes de la premiere persecution, al'exceptionde saint Pierre et de saint Paul dont le martyre a Rome est atteste

el des Chretiens, et non de la ville de Chaldee, qui n'existait peutetre plus au premier siecle, et ou d'ailleurs Pierre n'a jamais pr6ch6. Ramsay insiste a ce propos (p. 286) sur le caractere essentiellement romain de la leltre de Pierre; mais il donne (p. 288) des raisons bien peu solides pour prolonger la vie de I'apdtre et faire descendre son epitre jusqu'au temps des Flaviens. Cf. Harnagk, Geschichte der altchr. Lit., t. II, 1897, p. 451.

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