Ibid
par des documents du premier et du deuxieme siecle* , et qu'une tradition apeu pres unanime dit avoir peri sous Neron. Apres la mort de ce prince, les Chretiens eurent un long intervalle de paix. Mais leur situation juridique, I'espece de mise hors la loi prononcee centre eux, ne fut pas modifiee. Dans la rescision de tous les actes de Neron, cette seule « institution neronienne » subsista^. La tranquillite dont ils jouirent sous ses trois ephemeres successeurs, puis sous les deux premiers Flaviens, resta done precaire, a la merci d'un re veil de soupgon ou de fanatisme. Leur existence propre etait maintenant bien connue. On les regardait comme les freres des Juifs, mais des freres ennemis^, si bien qu'ils partageaient I'impopularite de ceux-ci, accrue encore au temps des Flaviens par la terrible revolte ou s'abima leur nationalite, et n'avaient plus la ressource de s'abriter sous la tolerance dont le judaisme, considere comme religion, ne cessa pas d'etre convert. Aussi la persecution qui eclata de nouveau centre les chr^tiens, a la fin du r6gne de Domitien, vint-elle les affliger sans les surprendre :
1. Saint Clement, Cor. 6, 6; Denys de Corinth e, dans Eusebe, Hist. EccL, II, 25,8. — Of. sAiNTlcNACE,ftow.,4; Origene, dans Eusebe, tf is/. EccL, ni, 1, 2; Tertullien, De praescr., 36; Scorp., 13; Caius, dans Eusebe, Hist. EccL, 11,23, 7,
2. Permansit, erasis omnibus, Uoc solum instilutum neronianum. Tertullien, Ad. nat., I, 7.
3. Voir le discours de Titus a ses officiers pendant le siege de Jerusalem, dans Septime Severe, II, 30, reproduisant probablement un passage perdu de Tacite.
pendant vingt-sept ans d'une paix instable, ils n'avaient pas cesse d'y 6tre exposes, et il n'y eut besoin, pour les y soumettre de nouveau, d'aucun changement dans les lois ni meme dans la politique generale de TEmpire romain.
On a cherche, non sans vraisemblance, Toccasion de ces nouvelles rigueurs dans les rapports de Domitien avec les Juifs. En exigeant d'eux plus ^prement que n'avaient fait Vespasien et Titus I'imp6t du didrachme, autrefois tribut, volontaire au temple de Jerusalem, maintenant tribut force a ceux du Capitole, I'avide empereur y voulut peut- ^tre soumettre soit des Juifs convertis au christianisme, soit m6me des fideles d'origine paienne, auxquels leur eloignement de VidolMrie donnait Fair de « mener la vie juive », selon une expression du temps \ Leur refus pent avoir excite la colore du tyran, et, repete par un grand nombre, avoir revele a son osil mefiant le progres fait en un quart de siecle par la population chretienne. Cette origine de la persecution de Domitien semble impliquee dans le double reproche adresse a beaucoup de ses victimes : I'adoption des moeurs juives etl'atheisme ^. Suivre les moeurs juives n'etait pas punissable; mais rejeter la religion officielle des Remains sans avoir Texcuse de la religion toleree des Juifs etait