‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 20 sur 164 · SuiroiiE, Domit., IS · texte numérisé non relu

SuiroiiE, Domit., IS

condamne « sur un ires leger soup^on », ce qui fait supposer que quelque mefiance politique ne fut pas etrangereasamort.Selon Suetone, Acilius Glabrio fut frapp^ aussi comme a machinant des choses nouvelles », molitor novarum rerum, Cette expression n' est pas incompatible avec la malveillance qui s'attachait aux Chretiens et voyait en eux des « ennemis du genre humain, » c'est-k-dire, a bien entendre ce mot, des adversaires de Tordre etabli : plus ils etaient d'un rang eleve, plus ils devaient donner prise k des accusations de ce genre. En tout cas, la religion des personnages cites par Dion n'est pas douteuse : independamment des termes employes par lui, assez transparents sous la plume d'un ecrivain qui evita toujours systematiquement de nommer les chretiens, on sait qu'une catacombe fut creusee dans un domaine de Domitille, a I'epoque m^me de la dynastie flavienne, et que vers le m^me temps, dans une autre catacombe, exista le caveau funeraire des Acilii ^ .

A premiere vue, Ton serait tente de considerer ces executions de chretiens nobles comme un episode de la lutte de Domitien centre Faristocratie. Celle-ci lui fit, pendant tout son regne, une vive opposition, a laquelle repondirent de nombreux proces, intentes devant le Senat tremblant par des

1. De Rossi, BvlU. di arch, crist., 1863, p. 40 et suiv.; 1875, p. 39 et suiv.; 1888-1889, p. 15-60, 103-133.

delateurs aux gages du prince. L'aristocratie de rintelligence, qui se montrait severe pour ses vices, ne fut pas plus epargn^e que celle du sang : Domitien fit perir beaucoup de stoiciens et proscrivit m^me d'une maniere generale les philosophes. On comprend qu'il se soit montre impitoyable pour les liommes et les femmes de grande naissance qui avaient embrass^ le christianisme. Son regard inquiet voyait partout des complots, et dans les rangs des Chretiens nobles plus peut-^tre qu'ailleurs. Suetone, en quelques mots, nous Ta laisse entendre, en insistant sur la futility des soupgons. La qualite de ces convertis a pu surprendre et alarmer le tyran. EUe revelait d'une maniere inattendue I'importance des conqu^tes operees par le christianisme. Ce n'etait plus seulement le nombre, mais la valeur sociale de ses adherents qui frappait les yeux. Sans cesser de se recruter parmi les petits, ils venaient maintenant aussi des plus illustres maisons, des families senatoriales ou consulaires. Cette decouverle fut peut-^tre pour quelque chose dans les rigueurs de Domitien a I'egard des fideles. II ne faudrait pas cependant que la noblesse des condamnes designes par Dion ou Suetone fit illusion. La persecution de Domitien n'atleignit pas seulement des aristocrates. EUe s'etendit aux fideles de toute condition etde tout pays.

La communaut^ chretienne de Rome fut assez ^ppouv^e pour que le pape Clement n'ait recouvre

que vers 96 le loisir et la liberie d'esprit necessaires pour repondre k une lettre depuis longtemps regue de I'Eglise de Corinthe. « Les malheurs, les catastrophes impr^vuesqui nous ont accables tour a tour sent, dit-il, la cause dece retard ^ » Un derit d'un tout autre genre porte plus vive encore Tempreinte de la persecution. Saint Jean a lui-m^me souffert pour le Christ, avant d'etre exile a Patmos 2. II a vu Rome ou, comme il dit, la grande Babylone ivre du sang des martyrs^. II connait ceux qui ont ete decapiles pour rendre t^moignage a Jesus^. II ecTiiV Apocalypse au milieu m6me de la tourmente, quand beaucoup de Chretiens ont deja p^ri, et que beaucoup doivent perir encore^. Parmi les Eglises d'Asie auxquelles il s'adresse, il en est une, Smyrne, dont plusieurs fideles vont 6tre mis en prison®, une autre, Pergame, qui a deja eu un martyr"^. « II fut tue chez vous, Ik oil Satan habite, » dit-il aux Chretiens de cette ville, en parlant d'Antipas.

On remarquera cette expression. Pergame est

i. Saint Clement, Cor., i.

2. Apocalypse, i, 9. — Saint Irenee, Haeres.^ V, 30, dit que saint Jean ecrivit V Apocalypse h. la fin du regne de Domitien. Le systcme qui pla^aitau Icndemain de la persecution de N^ron la composition de V Apocalypse est abandonn6 aujourd'liui. Voir Harnack, Gesch. der altchr. Lit., t. II, p. 245.

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