Apol,, T, 4, 11, 4S
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Polycarpe ' , arrive en 155 ^ , fait comprendre mieux que- toutes les reflexions la situation des fiddles sous le regne d'Antonin le Pieux. Douze d'entre eux avaient ete condamnes aux bfites. Un seul, faiblissant a la vue des animaux feroces, consentit a jurer par le genie de Tempereur et a sacrifier : on le fit sortir absous. Les onze autres subirent courageusement le supplice, m6me un tout jeune homme, que le proconsul exhorlait vainement au repentir en lui disant : « A.ie pitie de ton Age ! » Jusqu'ici, rien que de regulier et de conforme au rescrit de Trajan : la gr^ce au ren^gat, la mort aux cbretiens obstines. Mais bientot la passion populaire, que Trajan et apres lui Hadrien avaient voulu contenir, ne put se maitriser : la foule entra violemment en sc6ne. « Plus d'athees ! » cria-t-on de tons les bancs des spectateurs : « qu'on cherche Polycarpe! » C'etait une premiere irregularite. Le proconsul, apres I'avoir soufferte , en commit luim^me une seconde, en permettant ou en ordonnant la recherche. Des soldats de police arr6terent dans une maison ou il s*etait refugie le vieil evfeque de Smyrne, malgre le conquirendi non sunt de Trajan. Emmene par I'ir^narque, qui, en route, le suppliait de se sauver en reniant le christianisme, Po-
i. Funk, Opera patrum apostolicorum, 1. 1, p. 282-308; Lightfoot, S, Ignatius and S. Poly carp ^ t. Ill, p. 363-403.
2. La date de 155, (^tablie par un calcul dc M. Waddington, est k peu prcs universellement admise aujourd'hui. Voir les arguments nouveaux apport^s par Lightfoot, t. I, p. 646-715.
46 LE CHRISTIANISMB ET L'EHPIRE ROMAIN.
lycarpe comparut devant le proconsul Quadraius. Celui-ci rinterrogea, bien que rien, dans le recit qui nous est parvenu, nlndique une accusation reguliere. 11 tenta, a son tour, de determiner le martyr a Tapostasie : « Jure par le genie de Cesar, viens a resipiscence. . . Jure, et je te renvoie lib re : insulte le Christ. » On connait la r^ponse de Polycarpe, refusant d'insulter le Dieu aqui, depuis quatre-vingt-six ans, ne lui a fait que du bien ». Le proconsul insisla, menagant le martyr du feu et des b^tes ; puis, sur le refus perseverant de celuici, il fit proclamer par un heraut : « Polycarpe s'est avoue chretien. » C'etait prejuger la sentence, mais la foule ne lui laissa pas le temps de la prononcer. Centre toutes les lois , elle la devanga , en Texeculant elle-m^me. Le peuplc , excite par les Juifs, se repandit dans le stade, construisit un bAcher, et y fit monter Polycarpe. Ainsi se termina ce proces, ou tout, semble-t-il, 6 1 ait illegal, petition lumultueuse de la foule, recherche du chretien, absence d'accusation reguliere, execution par le peuple. II montre combien les barri^res ^levees par les plus puissanls empereurs, sinon pour proteger les Chretiens , au moins pour emp^cher que la paix publique soit troublde a cause d'eux, cedaient facilement sous la pression de I'emeute.
Des incidents analogues a celui de Smyrne se produisirent vraisemblablement ailleurs. Aussi Antonin dut-il renouveler les instructions de ses devan-
ciers. [1 ecrivit dans ce sens aux habitants de Larisse, en Thessalie, de Thessalonique, enMac^doine, aux Ath^niens, et « k tons les Grecs, » c'est-a-dire probablement a Tassemblee de la province d'Achaie. Meliton, qui cite ces rescrits, les resume d'un mot : defense de faire du tumulte a Toccasion des Chretiens ^ . C'est comme un rappel, pour la Grece , des avertissements donnes par Hadrien pour TAsie.
La politique d'Antonin a Tegard du chrislianisme se montre ainsi la continuation de celle de ses deux predecesseurs. Aussi, en meme temps qu'on le voit reprimer, dans la mesure de son pouvoir, les haines tumultueuses dont les Chretiens etaient poursuivis , le voit-on laisser libre cours aux accusations regulierement formees contreeux. II est probable qu'une accusation de ce genre amena, dans la premiere annee de son regno, le « glorieux martyre » du pape T^lesphore ^, Un episode de la fin du m^me r^gne, rapporte dans la seconde Apologie de saint Justin, fait compren-
1. MELITON, dans Eusede, Hist, Eccl.^ ly, 26, 10. — 11 ne faut pas confondre ces missives d'Antonin, cerlaincment historiques, avcc le rcscrit au conscil d'Asie, beaucoup plus favorable aux chrcliens, publi6 par Eusebe, IV, 13, et regarde gen^ralemcnt comme apocryphe. — L'authenticilc de ce rcscrit vient d'etre soutenue par Harnack (Texte und Unlersuchungen, Xll, 4, 1895); mais 11 n'a pu d^lruire cette objection considerable, que la jurisprudence nouvelle contenue dans le rcscrit au conscil d'Asie n'a laissc de traces ni dans les Merits des chr(3tiens, qui n'auraient pas manque de s'en pr^valoir, ni dans les proccs des martyrs , ou les regies contraires sont constamment appliqu^es, et semble d(imenlie par la pratique constantc du second siecle.