Heliton, dans Eusebe, Hist, Eccl., IV
2. A rcxception dc Talien, deraeur^ iotransigcanl {Oral. adv. Graecosj 11 ; cf. 29, 30, 31, 35, 42).
3. Voir la reproduction photographique de la slele d'Abercius, dans Nuovo Bulleltino di archeologia cristiana, 1895, pi. III-VI, Vfl ; cf. p. 22-25, 30, 36.
succes des mouvements de defense religieuse : rinattention, rindifference, Fempire des habitudes prises et des jugements tout faits. Elle rencontrait de plus des obstacles tenant aux dispositions des contemporains et k Fesprit particulier de Tepoque.
Sans doute, devant les empereurs elle avait sur certains points cause gagnee : leurs rescrits, la pratique memo des tribunaux, montrent que ni les chefs de I'Etat ni, avec eux, les plus eclaires des magistrats ne croyaient aux crimes dont Timagination populaire chargeait les chrdtiens. Mais chez Hadrien la legerete, chez Antonin une certaine nonchalance d'idees, chez Marc-Aurele un profond et amer dedain, les emp^chaient d'attacher le prix qu'elle meritait a Tadhesion sincere et reflechie donnee par les Chretiens au regime imperial. Ou les princes n'y croyaient point, ou ils n'en prehaient pas souci : en tout cas, ils la traitaient en chose negligeable, et, personneliement libres de prejuges a I'egard des Chretiens, ne continuaient pas moins a les laisser exposes a Taction intermittente des lois qui les frappaient comme ennemis publics, toutes les fois que se levait contre eux un accusateur. Quant a la par lie dogmatique des plaidoyers presentes en leur nom, Hadrien etait sans doute trop sceptique, Anlonin trop devoue a la religion nationale, Marc-Aurele trop attache a son propre sens, pour y prater quelque attention.
Si les raisons donnees en favour des Chretiens
glissaient ainsi sur Tame de princes superieurs en intelligence et en moralite a la masse de leurs contcmporains, on ne s^etonne pas que la grande majorite du peuple, et meme des gens eclaires, y soil demeuree insensible. Le second siecleest a la foisTere de la philosophie et de la superstition. Par jalousie d'idees ou par orgueil professionnel, les rheteurs et les philosophes, alors au plus haul point de la faveur, se montrent les ennemis declares d'une religion qui leur dispute la direction des esprits : de Crescens, Tadversaire personnel de saint Justin, a Celse, le redoutable polemiste, en passant parte satirique Lucien, tous parlent, ecrivent, declament centre le christianisme. De vulgaires charlatans, comme Alexandre d'Abonotique, se font en ceci leurs auxiliaires. Docile a tant de suggestions, le peuple se trouve naturellement porte a rendre les adorateurs du Christ responsables de toutes les catamites qui, a cette epoque, sous mille formes, invasions, revoltes, pestes, famines, commencent a ravager TEmpire. 11 continue en meme temps a prater foi aux bruits odieux, souvent dementis, toujours renaissants , qui depuis Neron n*ont cesse de poursuivre les Chretiens. On s'etonne de voir des lettres, occupant des positions officielles, partager sur ce point les preventions du vulgaire. Celse a Tesprit trop penetrant pour y croire, et il ne parait pas les avoir rappelees dans son livre ; mais Fronton, Fami d'Antonin, le precepteur de Marc-Aurele,
ne craindra point de parler, dans un discours public ou il est question des Chretiens, d'incestes accomplis dans Tombre a la suite de leurs festins rituels ^ . Centre un courant aussi fort, et grossi d'affluents aussi inattendus, que peuvent les denegations d'un Athenagore ou d'un Justin?
§ 4. — La persecution sous Marc-Aur^le.
Apres un demi-siecle d'efforts apologetiques, les Chretiens n'avaient obtenu aucun adoucissement a leur etat legal, et bien qu'ils n'eussent cesse de grandir par le nombre comme par la position sociale des convertis, I'opinion publique, prise dans son ensemble, refusaitde les rehabiliter. Sous Marc- Aurele plus encore que sous ses predecesseurs, ils souffrirent de la durete de la loi et de I'injustice du peuple. Dans les provinces, plusieurs gouverneurs publierent a leur sujet des ordonnances de police, dont nous ignorons les termes, mais qui aggraverent certainement leur situation 2. Les ecrils du temps, paiens aussi bien que Chretiens, les representent comme hai's de la foule et cruellement traites par les magistrats. On semble m^me, en quelques endroits, contrevenir par animosite centre eux au rescrit de Trajan, car celui-ci defendait de