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CHAPITRE TROISIEME

L'iiGLISE ET l'eTAT AU TROISIEME SIECLE.

§ 1. — La propagande chr^tienne.

Septime S^v^re.

Au Iroisieme siecle, la societe chretienne est definitivement sortie des tenebres oCi pendant longtemps se cacherent ses progres. Les fideles sont trop nombreux pour demeurer nuUe part inaper- Qus. Leur nombre a pour consequence I'etablissement de services de diverse nature, et toute une installation materielle : les grandes communautes du temps de Septime Severe ou de Valerien meneront necessairement une existence plus compliquee que les petits groupes de croyants formes autour des ap6lres ou de leurs premiers disciples. A cctte periode de la vie de I'Eglise correspond une visible evolution dans les rapports de I'Etat romain avec elle.

Jusqu'a la fin de la dynastie antonine, la situation des Chretiens ^tait demeuree telle que I'avait faite le rescrit de Trajan, lui-m6me interpretatif d'un droit anterieur. lis ont ete poursuivis, non en bloc.

mais individuellement, selon qu'un accusateur deferait a ses risques et perils Tun d'entre eux aux tribunaux. Sauf dans des occasions tout exceptionnelles, les magistrats n'ont pas agi d'office coutre les adorateurs du Christ. La persecution, toujours suspendue sur leur t^te, n'a encore eu rien d'universel, puisque c'etaient des particuliers, et non I'Etat, qui la mettaient en mouvement, au gre de passions personnelles ou locales. Au troisieme siecle, les choses ont change. C'est le grand developpement, c'est la constitution de I'Eglise, qui inquietent les depositaires du pouvoir civil. Dans ce qui, auparavant , leur semblait seulement une desobeissance aux lois , une desertion punissable de la religion de I'Etat, ils voient maintenant un danger public. Des lors ils prennent en main les poursuites jusque-la laissees flottantes et abandonnees aux initiatives particulieres. La persecution par edit va commencer. Mais, par cela m6me qu'elle deviendra universelle, elle sera moins durable. Guerre declaree, elle s'interrompra quelquefoispar des treves. En proscrivant formellement I'Eglise, I'Etat, d'une certaine fagon, la reconnaitra et se reservera de traiter avec elle. Les deux puissances (car on pent deja leur donner ce nom) vont vivre sous ce regime pendant tout le troisieme siecle.

Le grand nombre des fiddles ne revele pas seul, a cette epoque, I'importance du peuple chretien, Elle se marque plus encore peut-^tre par la vie intense,

le mouvement continuel des croyants. L'Orient et rOccident Chretiens s'attirent et se penetrent. C'est entre eux un echange ininterrompu d'hommes et d'idees. Telle inscription de fideles gallo-romains est asiatiquepar le symbolisme et le style ^ ; telle pierre sepulcrale de Phrygie raconte les impressions d'un evdque de ce pays qui a parcouru le monde chretien et visite Rome 2. De la ville eternelle partent pour les chretientes les plus lointaines les lettres et les aumones, et vers elle affluent de toutes les Eglises les voyageurs et les pelerins^. Qu'une controverse disciplinaire, comme celle qui regardait la date de la PAque, agiteles consciences, des conciles se rassemblent a lafois en Italic, en Gaule, en Grece, en Afrique, en beaucoup de lieux de I'Asie'. Ayant maintenant pris pied dans toutes les provinces, encore clairsemes dans quelques-unes, mais en beaucoup d'autres solidement installes, les Chretiens ne cherchent pas a dissimulerleurnombre. Quelquesuns meme, si Ton en juge par TertuUien, semblent prendre plaisir a I'exagerer, en montrant les fideles repandus dans les cites, dans les camps, dans le palais, au senat, au forum, comme un flot qui cou-

1. Edmond Le Blant, Inscriptions chretiennes de la GaulCy 1. 1, n" 4, p. 8.

2. Nuovo Bullet lino diarcheologia cristiana, 1895, p. 17-41.

3. EusEBE, Hist. Eccl., IV, 23 ; cf. Bullettino diarcheologia crxsliana^ 1864, p. 52; 1866, p. 9, 40, 87.

4. EusEBE, Hist. Eccl.y V, 23, 21; saint J]br6me, Chron.^ ad ann. 496; Libellus synodicus (dans Mansi, Conc.^ t. I, p. 275). Cf. Hefele, Hist* des conciles, trad. Delarc, t. I, p. 80-83.

vrirait deja les points culminants du monde romain. A en croire Tapologiste africain, leur force serait devenue si grande que la patience et la vertu seules les emp^cheraient de tirer vengeance de leurs ennemis ^ . Tout n'est sans doute pas faux dans cet imprudent langage. Bien que les membres de I'Eglise se tiennent generalement a I'ecart des partis, un mot ecliappe a Tun des lieutenants de Pescennius Niger montre que Ton est maintenant attentif aux sentiments que leur inspirera tel ou tel evenement public^. Les conqu6tes faites par le christianisme dans la plus haute aristocratic sont desormais connues de tons : Septime Severe a pu s'en rendre compte, en un jour d'emeute ou il prit genereusement contre le peuple la defense de Chretiens d'ordre senatorial^.

L'accroissement de la population cliretienne etait dA dans une certaine mesure aux naissances. Cependant, en Occident au moins, les families ou le christianisme, regu de bonne heure, s'etait transmis par I'heredite ne formaient pas la majorite des fideles. Longtemps encore les enfants de parents Chretiens se feronthonneur de celte filiation*. « On ne nait pas chretien, on le devient, » ecrit Tertul-

\, Tertullien, Ad nat.f I» i, 8; Apolog., 37.

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