‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 48 sur 164 · Saint Cyprien, De lapsis · texte numérisé non relu

Saint Cyprien, De lapsis

de la ville ou du village * par celui qui veut faire constater sa soumission. Apres I'indication de ses noms, 4ge, lieu de naissance, signes d'identite^, il leur declare qu'il a de tout temps sacrifie et que a recemment, en leur presence, conformement aux prescriptions de I'edit, il a offert Tencens, fait la libation et goAte aux victimes, » ce qu'il leur demande de certifier ^ La commission, ou Tun de ses membres, appose au bas de la requete son visa, avec la date^.

Les originaux de deux de ces certificats, provenant de localites differentes, ont ete retrouves : les noms varient, mais la redaction est identique, ce qui permet de croire qu'un modele unique avait ete prescrit pour tout I'Empire. Les gens plus ou moins suspects de cliristianisme, qui avaient eu la faiblesse de sacrifier, ne manquaient pas de se munir de cette piece, afin d'etre a I'abri de toute

i. Toig e/rt Tujy Ovaiwy •^^rjftiyot.q xafirj;.,. Papyrus du village d'Alexandre. Mcme formule dans celui du village de Philadelphie. Nuovo Dull.di arch, crist., i895, p. 69, 70.

2. Dans le papyrus d'Alexandre , le requcrant Aurelius Diogenes, fils de Saiabus, dge de soixante-douze ans, est indique comme ayant une cicatrice au sourcil droit. Ibid.

3. Kal del $va)v rotg deoZg SieTiXeaa, xai rvy enl naqovaiv vfielv xara tu n^oaTeray/u^va ^Ovaa xal rcSy tcQeCtay kyevadjuijy, xal d^id) vjudg vnoaijfiuaaaaTau Papyrus d'Alexandre. Dans celui de Philadelphie, la Tormule est raise au pluriel, et signee d'un scribe, au nom des requerants illettres.

4. Cette derni^re partie manque dans le papyrus de Philadelphie. Dans celui d'Alexandre, clle est mutil^e, mais reconnaissable, et d'une 6criture diff^rentc de la requete. Voir Nuovo Bull, di arch. Christ., i895, pi. Vllf.

poursuite. II se fit m6me a celte occasion un trafic, et plus d'un, sans avoir obei a la loi, se procura a prix d'argent un certificat mensonger^ Quant aux Chretiens trop fermes pour recourir a ce subterfuge, ou ils voyaientune demi-apostasie, 11 leur arrivait quelquefois de passer inapergus et d'etre oublies des persecuteurs : autrement, ils n'avaient qu'une alternative, echapper a la prison par la fuite, ou se laisser arrSter. Souvent la detention etait longue, et plusieurs moururent dans les cachots^. D^ce, qui n'etait pas naturellement sanguinaire, ne cherchait pas a faire des martyrs, mais a defaire des Chretiens. Tous les moyens paraissent bons, depuis les tortures les plus cruelles jusqu'aux plus viles seductions. Pour ceux dont I'abjuration semblait surtout desirable, le proces, conduit avec une lenteur calcul^e, durait parfois plusieurs mois^. C'est seulement quand tous les efforts tentes pour vaincre le Chretien avaient echoue, que la sentence etait prononcee : la deportation ou Texil, plus souvent la mort. Les biens des condamnes, les biens m^mes des fugitifs etaient confisques et mis en vente *. Les apostats furent innomb rabies,

i. Saint Cypkien, Ep. 31, 5i, G8; De lapsis, 27; Ad Fortunatum,

2. Lcttrc dc SAINT CoRNEiLLE, (lans EusEDC, Hist. EccL, VI, 43; Calalogue lib^ricn, dans Duchesne, le Liber Pontificalis, 1. 1, p. 4.

3. Saint Cyprien, Ep, 8, lU, 33, 33, 53 ; Eusebe, Uist, Eccl.y VI, 39.

4. Saint Cyprien, Ep. 13, i8, 69; De ^apstj, 3; saint Denys d'Alexandrie, daosEcsEBE, Hist, Eccl., VII, 22, 11.

surtout parmi les riches et les grands ^ Mais nombreux aussi, dans toutes les classes de la societe, furent les martyrs.

Jamais encore la chreliente n'avait subi pareille epreuve ni couru un si grand peril. La persecution fut courte, puisque commencee avec I'annee 250, elle etait a pen pr^s terminee en mai 251, avant meme la mort de Dece. Mais elle laissa des blessures profondes, qui se cicatriserent lentement. Le grand nombre des renegats, celui des porteurs de certificats ou libellatiques, leurs efforts pour rentrer dans I'Eglise, les pouvoirs usurpes, au detriment des ev6ques, par des confesseurs de la foi, le conflit qui s'eleva entre les partisans de la severite et ceux de I'indulgence , le schisme novation qui en naquit, les ambitions personnelles melees aux luttes disciplinaires ou doctrinales, entretiennent I'agitation. Puis surviennent les courtes persecutions de G alius et d'Emilien, durant lesquelles les papes Corneille et Lucius sont successivement exiles. L'Eglise respire pendant les premieres annees de Yalerien, qui se montre favorable aux Chretiens : quelques dissensions passag^res entre I'episcopat africain et le siege de Rome ne troublent quesuperficiellementles esprits. Mais bient6t Yalerien cede a des influences contraires : la persecution recommence, en prenant une

1. Lettre du clerge de Rome, dans saint Cyprien, Ep. 2; saint Denys d'Alexandrie, dans Eusede, Hist.EccL, YI, 41, 11.

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LE CHRISTIANISME ET L'EMPIRE ROMAIN. lol

forme nouvelle, qui va montrer sous un aspect encore inconnu les rapports de I'Eglise et de I'Etat.

§ 5. — Les 6dits de Val^rien.

Dece avail cru pouvoir d'un seul coup supprimer le christianisme , en forgant tous les chreliens k I'apostasie. C'est a la religion seule qu'il s'elait allaque. II avail, a Taide de moyens cruels mis au service de fausses croyances , poursuivi un bul inconleslablemenl eleve : le reiablissemenltie Tunile religieuse par le relour des dissidenls au culte nalional. L'obstinalion du paien, sup^rieure chez lui a la perspicacile du polilique , Tavail emp6ch6 d'apercevoir I'eial de ce culte, d^ja k demi delruit, el no tenant plus debout que gr&ce aux superstitions etrang^res qui I'entouraienl de leurs rameaux parasites et lui pr^taient une apparence de vie. Valerien eut des visees moins hautes. Ce qui attira son attention, eveilla ses defiances et peut-^tre sa cupidity, c'est moins la religion que la societe religieuse. Disperser cette societe, en detruisant sa hierarchic et en abaltant tous ses appuis ; inlerdire ses reunions; mettre la main sur ses richesses vraies ou prdtendues; confisquer ou s^questrer ses immeubles : telle ful la tactique de la nouvelle persecution. Valerien n'essaiera pas d'alteindre tous les Chretiens, comme Dece avail eu Fillusion

de le faire : mais il frappera des coups plus stirs, toot a la fois a la X&ie, sur les chefs, et a la base, snr le domaine temporel de la communaate chretienne.

Pour la premiere fois celle-ci est traitee comme nne association Ulicite. Tel est Tobjet principal de Tedit de 257. On n'a pas son texte, mais on le reconstitne facilement an moyen de pieces authentiques, telles que le premier interrogatoire de saint Cyprien et celui de saint Denys d'Alexandrie*. II ordonne de traduire devant les tribnnaux. non les

Chretiens indistinctement , mais les principaux membres du clerge. « Les empereurs ont daigne m'^crire au sujet non seulement des ev^ques, mais aussi des pretres, » dit a Cyprien le proconsul d'Afrique. Ceux-ci sont mis en demeure de sacrifier aux dieux. Mais la nature de la peine prononc^e, s'ils desobeissent, montre que la question religieuse — la premiere ou plutdt la seule au temps de Dece — est maintenant passee au second plan. Cette peine est I'exil : Cyprien sera envoye a Curube, Denys a Kephro. Toute la severite de r^dit estreserv^e aux rebelles qui persistent a faire revivre I'association dissoule. On les traite en brigands, conformement aux lois rendues centre les fauteurs de colleges illicites^. a Les empereurs,

i. Acta proconsularia S, Cypriani, dans Ruinart, Acta sincera^ p. 216; SAINT Denys d'Alexandrie, dans Edsede, Hist, Eccl., VII, 11. 2. Ulpien, Marcien, au Digeste, XLVII, xxii, 2; XLYIII, iv, 1, 3.

dit encore a Cyprien le proconsul d'Afrique , ont defendu de tenir des reunions et d'entrer dans les cimetieres. Celui qui n'observera pas ce precepte salutaire encourra la peine capitale. » La m6me declaration est faite a Denys par le prefet d'Egypte. La peine capitale a deux degres, la mort oules travaux forces ^ Beaucoup d'ecclesiastiques et de laiques sont, en Afrique, condamnes aux travaux forces des mines, non pour refus d'apostasie, mais pour reunions illicites 2. L'Etat s'est saisi des cimetieres Chretiens et des lieux de culte, et en surveille Tentree : si Ton y pen6tre encore, c'est a la derobee, par des passages secrets^, au risque d'etre surpris aux environs de la catacombe de Calliste, comme Tacolyte Tarcisius ^, ou enterre vivant comme des fideles qui priaient en commun dans dans une crypte de la voie Salaria, aussitot bouch^e avec des pierres et du sable par les soldats ^.

On pent croire que I'edit de 257 ne produisit pas tout I'effet attendu par son auteur, car un second edit, promulgue I'annee suivante, vint le com-

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