‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 76 sur 164 · EusEOE, Hist. EccL, IX · texte numérisé non relu

EusEOE, Hist. EccL, IX

preparait un acte decisif, destine a etablir sur des bases inebranlables, dans tout I'empire romain, la liberte de conscience. Ce fut I'edit de Milan, promulgue au commencement de 313, de concert avec Licinius, alors son fidele allie.

L'edit de Milan se divise en deux parties. L'une pose le principe pour I'avenir, I'autre regie les reparations dues au passe.

Dans la premiere, les empereurs declarentd'abord que « la liberty de religion ne peut 6tre contrainte, et qu'il faut permettre a chacun d'obeir, dans les choses divines, au mouvement de sa conscience ». lis font ensuite I'application de ce principe aux Chretiens , les seuls parmi les sujets de Rome dont en ces derniers temps la conscience religieuse ait ete violentee. Apres avoir dit que les restrictions m6mes qui accompagnaient l'edit de tolerance de Galere sont supprimees, les empereurs ajoutent : « Nous voulons simplement aujourd'hui que chacun de ceux qui ont la volonte de suivre la religion chretienne le puisse faire sans crainte d'etre aucunement moleste... Nous avons donne a ces chretiens I'absolue liberte de suivre leur religion. » Puis, sentant peut-etre deja qu'il y a lieu de rassurer les pai'ens centre toute crainte de reaction ou de represailles, les empereurs rappellent que le principe pose ne doit pas seulement profiter aux Chretiens, mais a tons : « Ce que nous leur accordons, nous I'accordons

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anssi aux autres, qui aaront la liberie de choisir et de suivre le colte qa'ils preferent, comme il convient a la tranqaillite de notre temps, afin que nal ne soil lese dans son honnenr on dans sa religion, yt

Suit le reglement des questions de detail. II ne suflit pas d'assurer aax Chretiens comme a tous la libcrte de conscience : 1 equite veut qu'on aide IKglise abattue a se relever de ses mines et qu'on lui rende les moyens de pratiquer son culte. Les empereurs decretent done la reconslitution du patrimoine ecclesiaslique supprime. Ce patrimoine comprenait d'abord les edifices consacres aux assemblees religieuses. lis devront ^tre rendus « au corps des cliretiens », et cela « sans indemnite, sans repetition de prix, sans delai et sans proces », les empereurs se chargeant d'indemniser euxmfimes, s'il y a lieu, les tiers qui les auraient regus ou acquis du fisc. Les chretiens, cependant, « ne possedaient pas seulement des lieux d'assembleos, mais aussi d'autres proprietes appartenant a leur corporation, c'est-a-dire aux Eglises, non a des particuliers ». Les empereurs ordonnent que « on vortu de la m6me loi, sans aucune excuse ou discussion, ces proprietes soient rendues a leur corporation et a leurs communautes, en observant la regie ci-dessus pos^e, c'est-a-dire en faisant esperer une indemnite de la bienveillance imperiale k ceux qui auront restitue sans repetition de prix ».

A vrai dire, ces dispositions ne sont pas nouvelles. On en retrouve Tequivalent dans les rescrits adresses cinquante ans plus t6t aux ev^ques par Gallien. EUes sont en substance dans Tedit promulgue en 311 par Galdre. La m^me annee, Maxence avait devance pour la ville de Rome les intentions de son vainqueur, en restituant au pape Miltiade les loca ecclesiastica. Mais aujourd'liui ces mesures reparatrices sont I'application d'un principe, non un simple expedient politique. Elles consacrent la liberte de conscience solennellement reconnue, et fondent Tegalite devant la loi de tous les cultes entre lesquels se parlage le monde romain. C'est la ce qui fait de I'edit de Milan le debut d'un ordre de choses nouveau. La declaration de principe s'y rencontre avec une force suffisante pour I'appuyer. Ses dispositions n'emanent pas d'un prince amoindri comme Gallien, ou mourant comme Galere, ou conteste comme Maxence, mais d'un souverain qu'une victoire oil les paiens euxm^mes reconnaissaient quelque chose de divin ^ a rendu le maitre incontest^ de I'Occident, et mis en etat de se faire entendre de tout 1' Empire. C'est ce que marque le ton imperieux et pieux a la fois des paroles qui terminent I'^dit : « En toutes choses, vous devrez prater votre assistance a ce

1. InsUnclu diviiiitalis. Voir rinscription dc Tare de triomplic dedic par le sciiat a Constantin en 315; Corp. inscr. lat.f t. vi, 4039; cf. Bull.di arch, crtsr.,1863, p. 49, 57-60, 86.

corps des Chretiens, afin que noire ordre soil rapidement accompli, car il est favorable a la tranquillite publique. Veuille , comme il a ete dit plus haut, la faveur divine que nous avons eprouvee en de si grandes choses, nous procurer toujour s le succes , et en m^me temps assurer la felicite de tons * ! »

Constantin n'eut pas a chercher les moyens de contraindre Maximin a I'execution de I'edit. Au moment meme ou celui-ci etait promulgue en Occident, le tyran de I'Asie envahit les Etats de Licinius, retenu a Milan pres de son puissant collegue, dont il venait d'epouser la sceur. Licinius accourut en Thrace, defit Maximin, le contraignit a repasser le Bosphore et le suivit en Bithynie. Maximin s'enfuit jusqu'a Tarse. La, desireux de regagner la faveur des Chretiens, il publia a son tour un edit de pacification religieuse. Les considerants sont pleins d'equivoque, mais le dispositif reproduit k peu pres Tedit de Milan. 11 y est declare que « ceux qui veulent suivre la secte des Chretiens ont toute liberie », et que « chacun pent pratiquer la religion qu'il prefere ». Les fideles rcQoivent la permission de r^tablir « les maisons du Seigneur », expression remarquable sous la plume d'un paien : tons les biens qui leur ont ete ravis par le fisc, ou que les villes ont oc-

\. Voir le texte complet der6dit,dans Lactance, De morU pers.<, 48, et EUSEBE, Hi&t, Eccl.y X, 5.

cupes k leur detriment *, doivent « revenir a leur ancienne condition juridique et a la propriete des Chretiens. » C'est la reconnaissance de I'Eglise et du droit qu'elle eut en tout temps de posseder. Mais cette palinodie tardive ne servit guere a Maximin. Apprenant Tarrivee de Licinius, qui venait de forcer les defiles du Taurus, il mourut subitement ou s'empoisonna, 11 n'avait m^me pas eu le merite de retablir en Asie la liberie religieuse, car c'est I'edit de Milan , affiche par Licinius des son passage a Nicomedie, qui fera loi desormais pour I'Orient comme pour I'Occident. L'histoire n'aurait pas conserve le souvenir de celui de Tarse, si Eusebe n'en avait pris copie ^.

i. 11 s*agit, dans ce dernier cas, des biens concedes par Maximin aux cit(^s en recompense de leur empressemenl k requerir I'expulslon des Chretiens. Voir, dans le rcscrit a la ville de Tyr,et dans ce qui subsiste du rescrit a la ville d'Aricanda, rinvitallon de Maximin a demander ce qu'clles voudront.

2. Lactance, De mort. pers.^ 46-50; Eusebe, Hist.Eccl., IX, 40.

GHAPITRE GINQUIEME

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