‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 77 sur 164 · SES FILS · texte numérisé non relu

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§ 1. — De r^dit de Milan k la mort de Licinius.

Proclamer, au sortir d'une violente crise religieuse, la liberie de conscience et promettre aux divers cultes un traitement egal, est chose relativement facile : mais il n'est pas toujours aussi ais6 de concilier avec les faits ces principes nouveaiix et de les acclimater aux mocurs publiques. Ce n'est pas une societc abstraite qui est invitee a les accepter, mais un organisme vivant, ayant des habitudes seculaires, des prejuges enracines, des traditions et des passions. Chez les tenants du culte qui jusqu'alors avait domine seul il y aura des resistances, appuyees sur une longue possession d'etat; chez les adherents de celui qui, persecute naguere, vient de recevoir la liberte, Timpatience de dominer a leur tour se produira presque inevitablement, surtout s'ils se sentent assures de la favour du souverain. Le prince lui-meme, a moins d'etre tout a

fait sceptique, aura ses preferences personnelles, qui lui rendront la neutralite difficile. Au milieu de ces obstacles divers, et souvent contrariee par eux, se developpa I'oDuvre de pacification religieuse ijiauguree par I'^dit de Milan.

La constitution m6tne du pouvoir imperial creait au vainqueur de Maxence une situation contradictoire. De sentiments et de croyance, Constantin etait devenu chretien, fort imparfait sans doute, mais sincere. Empereur, il gardait une attache forcee au paganisme. II etait de droit membre de tons les colleges sacerdotaux et souverain pontife. Cette dignite ne lui donnait pas seulement la presidence des pontifes de Vesta, pour laquelle il lui etait facile de se faire suppleer ^ : elle lui conferait sur la religion romaine et sur les cultes etrangers qui en dependaient un pouvoir presque absolu de direction et de surveillance, s'etendant a la fois aux rites et au personnel. Constantin n'eiit pu repudier le supreme pontificat sans amoindrir aux yeux d'une grande partie de ses sujets le prestige de la souverainete ; il lui eut d'ailleurs ete impossible de Tabolir sans porter atteinte a la liberte des cultes qu'il venait de proclamer, ou de le laisser aux mains d'un particulier sans investir celui-ci d'une redoutable puissance et se creer presque sArement un rival. Aussi un historien paien remarque-t-il que

1. PromagisterdvL college des ponlifes : Corp. inscr. lat,^ I. VI, 1428, 1700, 2158 ; t. X, 1125,

Constantin, « m6me apr^s s'^lre, en religion, detourne de la droite voie », eut soin de garder le tilre et les honneurs de Pontifex maximusK Ce litre se lit sur les inscriptions et sur les monnaies, a diverses epoques de son regne.

Tertullien semble pressentir cette anomalie d'un einpereur demeurant le chef officiel du culte paien apres I'avoir abandonne, quand il ecrit : « II est impossible d'etre a la fois Cesar et chr^tien^, » Mais ce que la logique de I'intraitable Africain lui montrait de loin comme impossible, un genie plus souple essaiera de le realiser. Constantin et ses successeurs, pendant plus d'un demi-siecle, pratiqueront cette espece de dualisme.

Pour apprecier la maniere dont le probleme fut resolu par le premier empereur chretien, il faut se rappeler que de 313 a 324 celui-ci ne gouverna pas seul. En Orient son collogue Licinius, d'abord associ6 pleinement a sa politique religieuse, s*en detache pen a pen, au point de devenir le champion declare du paganisme. Cette situation imposa naturellement pendant dix ans a Constantin une reserve plus grande que lorsque, apr^s 324 , Licinius ayant ete vaincu et tue, et la reaction pai'enne dont il s'etait fait le chef se trouvant abattue avec lui, rOrient et I'Occident n'eurent plus qu'un maitre, libre de manifester ses sentiments avec une pleine

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