EusEOE, Hist, Eccl.y X
3. LeUre aux 6veques (a la suite du t. IX des (Euvres de saint Augnstin, <^d. Gaume, p. 1096).
faire ; I'innocence de Cecilien solennellement proclamee par une lettre imperiale de 316 ; le prince se retournant alors centre les donatisles, confisquant leurs eglises et bannissant leurs chefs. Quand, en 320, les bannis furent rappeles, Constantin annonce en termes touchanls cette gr^ce aux eveques catholiques : « J'ai connu que vous etiez des pretres et des serviteurs du Dieu vivant, en ne vous entendant reclamer aucun ch4timent centre des impies, des scelerats, des sacrileges, des profanes, des hommesirreligieux, ingratsenversleur Dieuetennemis de I'Eglise, mais plutot en vous voyant implorer pour eux la misericorde. C'est bien la veritablement connaitre Dieu et obeir a son commandement ; c'est avoir la vraie science, car celui qui epargne les ennemis de I'Eglise dans le temps amasse pour Teternite des chatiments sur leur tete ^ . »
Que ces diverses pieces aient ete ecrites de la main de Constantin, ou qu'elles aient ete redigees par son ordre et qu'on y puisse reconnaitre quelquefois le style d'un secretaire, il est impossible que la pensee intime du souverain ne s'y trouve pas. Un prince aussi actif, aussi personnel, aussi primesautier, si Ton pent dire, que Constantin ne se laisse point preter par un subalterne des sentiments qu'il n'eprouverait pas. S'il croit utile de donner a ses idees une forme impersonnelle, il sait bien le faire,
i. Lettre aux 6veques de Numidie (CEuvres de saint Auguslin,6d. Gaume, t. IX, p. il03).
temoin I'edit de Milan adresse aux sectaleurs des deux cultes, et laisse vague a dessein dans I'expression, de maniere a etre accepte de tous. Mais s'adressant aux Chretiens, c'est en chretien qu'il parle ; il n'invoque plus, comme dans I'edit, une abstraite divinite, mais le Dieu vivant et le Christ lui-meme; il se preoccupe de la bonne renommee de I'Eglise, qu'il ne veut point laisser exposee aux railleries des paiens; le « dossier du donatisme », dont les premieres pieces furent ecrites au lendemain de la defaite de Maxence, prouve jusqu'a Fevidence que, a ceLte date, la conversion de Constantin au chrislianisme etait deja un fait accompli*.
On remarquera que, dans celte premiere periode, n'apparait point cliez Constantin une hate indiscrele a se m^ler des affaires ecclesiastiques et a prendre le role d' «ev6que du dehors », comme il so definira plus tard. Sans doute, on eprouve quelque surprise a voir ce converti de la veille, qui n'est pas m6me catechumene , convoquer des conciles, rendre des decisions dans des causes deja jugees par eux; mais ses propos et ses actes montrent qu'il n'agit ainsi que de guerre lasse , force , en quelque sorte, par les donatistes, qui, apres avoir demande a 6tre juges par des eveques, re-
i. Voir Duchesne, le Dossier du Donatisme, dans Melanges d'arcUeologie el dhisloire de VEcole franqaise de Rome, 1890, p. 589- CfjO. Of. les observations de Boissier, Acad, des Inscriptions, 28 nov. 1890.
avec celuide Milan : il enlre dans plus de detail, prevoit plus de cas : on sent que la main qui I'a ecrit est devenue tout a fait libre.
Avec une liberte beaucoup plus extraordinaire, Constantin, dans sa proclamation aux Orientaux \ raconte la persecution de Diocletien, ses prop res victoires, et trace le programme de sa politique. Sur la persecution, c'est vraiment un temoin qu'on ecoute, puisqu'il en passa la plus grande partie a la cour de Nicomedie. Quand il rappelle Voltrocite des edits , le courage des martyrs , la nature meme se troublant de leurs souffrances, on croirait entendre Eusebe ; quand il montre le cMtiment des persecuteurs , il semble qu'on lise Lactance : mais au mouvement de la pensee, au son a la fois pieux et dominateur du langage, a Taccent triomphal des paroles, on reconnait Constantin seul : il n'est pas d'ecrit de lui qui garde aussi evidente la marque de son authenticite. C'est a la fois un chant de victoire et un hymne de reconnaissance au Dieu dont Constantin, a la t^te de ses armees, a porte « le signe » en tout lieu. Mais le nouveau succes qui rend le prince chretien seul maitre de 1' Empire ne lui fait pas abandonner la tolerance religieuse. En deux endroits de sa proclamation, il en renouvelle I'engagement en termes formels.