Eusebe, De vita Const., II, 48-GO
Dans le premier, Constantin s'adresse a Dieu meme. « Je veux, dit-il, que ton peuple vive en paix et en concorde, pour le commun avantage du genre humain. Que ceux qui sont encore impliques dans I'erreur de la gentilitc jouissent joyeusement de la m^me paix et du meme repos que les fideles. Cette reprise des bons rapports mutuels pourra beaucoup pour ramener les hommes dans la voie droite. Que personne, done, ne fasse de mal a personne. Que chacun suive I'opinion qu'il prefere. II faut que ceux qui pensent bien soient persuades que ceux-la seuls vivront dans la justice et la purete, que tu as toim^me appeles a Tobservation de tes saintes lois. Quant a ceux qui s'y soustraient, qu'ils conservent, tant qu'ils voudront, les temples du mensonge. Nous, nous gardens la splendide demeure de la verite, que tu nous as donnee lors de notre naissance (spirituelle). Et nous souhaitons aux autres de vivre heureux, par I'effet de I'union et de la concorde de tons \ »
Le second passage, qui sert de conclusion a tout I'ecrit, devoile jusqu'au fond la pensee de Constantin. « Que personne ne cherche querelle a un autre a cause de ses opinions. Mais que chacun se serve de ce qu'il sait pour aider son prochain, et, si cela n'est pas possible, le laisse
i. EusEBE) De vita Const, y II, S6*
en paix. Car autre chose est d'accepter volontairement le combat pour une croyance immortelle, autre chose del'imposer par la violence et les supplices. J'ai parle plus longuement que le dessein de ma clemence ne I'exigeait, parce que je ne voulais rien dissimuler de ma foi , et aussi parce que plusieurs, me dit-on, assurent que les rites et les ceremonies de I'erreur, et toute la puissance des tenebres, vont etre entierement abolis. Cast ce que j'aurais certainement conseille a tous les hommes; mais, pour leur malheur, Tobstination de Terreur est encore trop enracinee dans I'^me de quelques-uns*. »
Au lendemain de la victoire sur Licinius, Constantin rappelle ainsi les principes proclames apres la defaite de Maxence. Cependant le langag-e differe, et le ton de I'edit et de la proclamation aux Orientaux ne ressemble aucunement a celui de Tedit de Milan. C'est qu'en 313 Constantin, d'une part, avait pour coUegue et m^me pour coUaborateur Licinius, demeure paien; d'autre part, il se sentait trop pen affermi encore par sa victoire r^cente pour laisser dans un acte ofliciel percer ses plus intimes sentiments. Comme I'ont montre d'autres pieces , contemporaines ou a peu pres de I'edit de Milan, il etait des lors tr6s attache au christianisme : mais, s'il se laissait voir ainsi, en
i. EusEBE, De vita Const,, H, 60,
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LE CHRISTIANISME ET LEMPIRE ROMAIN. t7^
toute franchise, aux Chretiens, il n'eiit point encore os^ ou voulu s'adresser du memo style a tons les habitants de TEmpire. Maintenant il parle dans unedit public le m^me langage que dans une lettre a un ev^que ou a un concile. La neutralite officielle a disparu m^me de ses discours aux paiens. II leur dit que son plus grand d^sir serait de voir tons ses sujets embrasser le christianisme. S'il respecte la conscience des infideles, c'est en deplorant leur <r obstination y>, II les autorise a conserver leurs rites et leurs ceremonies, mais appelle ceux-ci « les rites et les ceremonies de I'erreur », Foeuvre de « la puissance des tenebres ». II leur laisse le droit de frequenter leurs temples , mais il oppose a ces « temples du mensonge 3) la « splendide demeure de la verite ».
Dans une autre pi6ce, qu'il est difficile de dater, mais qui se rapporte vraisemblablement a ce temps, les expressions de Constantin parlant du culte pa'ien sont plus dures encore, et vont presque jusqu'a rinjure : mais la m^me promesse de liberte se retro uve. II s'agit du discours « a I'assemblee des saints ^ » sorte de conference ou de declamation comme Constantin, au rapport d'Eus^be, en recitait quelquefois ^, Le langage plus ^pre s*explique par ce fait, que le discours etait destine, comme
1. Oratio Constantini ad sanctorum costum; Migne, Patr. Gr. t. XX, col. i233-1315.