‹ Le christianisme et l'empire romain: de Néron à Théodose (volume 2)Chapitre 92 sur 164 · Ibid · texte numérisé non relu

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LE CHRTSTIANISME £T L'EMPIRE ROMAIN. t8i

sa charge episcopale. M^me alors, cependant, sa conscience et ses instincts de gouvernement se reveillaient : non seulement il ne metlra jamais celte menace a execution, mais encore, ecrivant au con- \

cile de Tyr, qui avait d^libere sous la pression astucieuse et violente des ennemis d'Athanase, il ]

laissera uno derniere fois echapper la plainte du 1

fidele scandalise de voir la discorde la oCi devrait ^tre Tunion. « Je ne comprends rien, dit-il, a toutes les clioses que vous avez decidees dans votre assemblee au milieu de tant de troubles et d'orages. Je crains que la verite ne disparaisse dans ces violences... Vous ne nierez point que je sois un fidele serviteur de Dieu, puisque c'est gr^ce au culte que je lui rends que la paix regno sur la terre, et que son nom est beni m^me par les Barbares qui auparavant ignoraient la verite. Ces Barbares devraient bien nous servir a nous de modeles, car, par la crainte qu'ils ont de notre pouvoir, ils observent la loi de Dieu, tandis que nous, qui professons plut6t que nous n'observons la sainte foi de I'figlise, on dirait que nous ne faisons jamais que les choses qu'inspirent la haine et la discorde et qui tendent a la mine du genre humain ^ . »

Ainsi parlait encore Constantin, avec un sincere accent de souffrance, un an avant sa mort, et pen de mois avant le bapt6me tardif qui I'introduira

i. SocHATE, I, 31 ; Sozom£:ne, II, 18.

LB CnHISTIANISME. tl

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enfin au sein de cette Eglise par lui servie et iyrannisee tour a tour, mais loujoups passionnement aimee.Un sens catholique Ires remarquable, et qui en une certaine mesure compensait ou corrigeait ses erreups, lui faisait hair dans I'Eglise jusqu'a Tombre d'une division. L'unite, tel lui semblait en ^tre le caractere divin. S'il oublia plus d'une fois la tolerance religieuse, ce fut a I'occasion de Chretiens juges rebelles a cette unite. Respectant I'existence du cultepaien, qu'il injurie parfois, qu'il g^ne meme dans certains de ses actes, mais dont il garantit au moins les libertes essentielles, il reserve ses rigueurs aux heretiques ou a ceux qu*il estime tels. 11 les poursuit moins encore pour executer a leur egard les decisions des conciles que pour se contenter soi-meme et remplir la mission dont il se croit investi. De la, en plus de nomb reuses mesures de detail, une loi gen^rale de 331, interdisant les secies de toute denomination, proscrivant leurs livres, bannissant leurs chefs, confisquant leurs eglises et defendant leurs assemblees^ Comment, cependant, Constantin put-il concilier une telle legislation avec la liberie des culles promise solennellement a plusieurs reprises ? II n'en coAterait pas de reconnaitre une contradiction ou un manque de parole chez un prince capricieux et absolu, qui, dans les dernieres annees de son r^gne, ne souffrait plus guere de frein

1. EusEBE, De vita Const. y HI, 64-65; Sozomene, Hist. Eccl., II,

a sa volenti. Cependant I'explication , croyonsnous, est plus simple. Quand on examine de prds les actes et les paroles de Constanlin, on reconnait que la liberte religieuse devait seulement appartenir, dans sa pcnsee, au paganisme d'une part, a I'Eglise catholique de I'autre. Peses un k un, les termes des edits de 313 et de 323 laissent peu de doute a ce sujet. Ce que Constantin avait voulu etablir, ce n'etait pas la liberte religieuse telle que I'entendent les modernes, c'etait une sorte de modus s>wendi entre deux puissances longtemps en guerre, le paganisme pris dans son ensemble et I'Eglise catholique, a ses yeux seule forme legitime du christianisme. Les diverses denominations heretiques restaient en dehors des promesses, ne pouvaient invoquer la tolerance officielle, et dependaient du bon plaisir imperial. Constantin s'etait interdit de fermer un temple, mais se croyait tout droit de confisquer ou de detruire, sans manquer a ses engagements, une chapelle de valentiniens, de marcionites, de cataphryges ou m^me de novatiens.

§ 3. — Constant et Constance.

Que deviendra la politique religieuse inaugur^e par Constantin ? et comment les relations entre le paganisme et le christianisme se poursuivront-elles sous ses successeurs?

1»« LE CHRISTIANISMK ET L^EMPIRE ROMAIX.

Trois ans apres la mort da premier emperear chr<^tieii, la reponse a cette qnestion n'etait plus doatease. Le syst^me si simple en apparence, passablemcnt ondoyant et contradictoire dans la pratique, acccpte cependant de tons, gr^ce anqnel il avait pa tenir pendant un qnart de siecle la balance a pen pres egale entre denx cultes rivaax, vcnait de reccvoir nne premiere atteinte. « Que la superstition cesse, — dit une loi de 341, signee des deux Augustes Constant et Constance, — que la folic des sacrifices soit abolie ; car quiconque, contrairemcnt k I'ordonnance de notre divin pere, aura oso celebrer des sacrifices, en recevra le ch&tinient*. « On a remarqu^ le soin avec lequel les deux empereurs invoquent a Tappuide ces mesures rigoureuscs les intentions conformes de Constantin. lis vont jusqu'k alleguer un acte formel de celui-ci. Les Codes n'en ont point garde trace. Les pidcos auihentiques qui sont restees de Constantin nnnonccnt toutes, comme on I'a vu, une politique di(T(3rcnlc. Faut-il croire que dans les dernieres nnndos do son r6gne Constantin I'avait repudiee, au point do proscrire le culte pai'en, malgre tant de promessos de lo tolerer^? Ou dans Tallusion faite par SOS ills a une loi du grand empereur convient-

i, Cado rA*<0(J., XVI, X, 8.

a. Voir <laiis ro sens Tillemont, Hist, des Empereurs j t. IV, p. ^H ; OiiASTKi., Hisf. de la destruction du paganisme en Orient, p. 71; Sr.nrLT/.K, Oeschichte des Cntergangs des griechich-romischen IhiiicnthumSfU 1^ p. W».

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il de voir le souvenir altere, grossi, generalise apres coup des lois qu'il porta reellement contre la divination et les sacrifices secrets, ou des mesures transitoires qu'il prit en Orient apres la defaite de Licinius * ? Probablement la reponse restera toujours incertaine : mais Thypothese que nous venons d'indiquer n'est point invraisemblable. Les enfants de Constantin semblent avoir ete enclins a lui prater leurs propres intentions. C'est ainsi que dans le louable but de preparer le retour d'Athanase exile, Constantin le Jeune allegua sans preuve, et contre toute probabilite, une resolution que la mort seule aurait emp^chd son pere d'accomplir^. La loi de Constant et de Constance ne pouvait manquer de plaire a certains Chretiens. Meme en Occident, ou le paganisme avait encore tant de racines, elle eveilla des esperances prematurees. L'accueil que lui firent les esprits impatients semble prouver qu'elle inaugurait une politique nouvelle, et marquait un pas decisif dans une voie ou Constantin etait a peine entr^. Dans son curieux livre, ecrit entre 343 et 350, Firmicus Maternus acclame les deux empereurs comme les destructeurs des temples et des dieux. « Vos lois, leur dit-il, ont

1. Dans ce sens, La Bastie, Mem. sur le souverain pontifical des empereurs romainst dans Afem. de VAcad. des Inscriplions, t. XV, 1743, p. 100; Beugnot, Hist, de la deslr. du paganisme en Occident, 1. 1, p. 100.; A. DE Broglie, VEglise et V Empire romain au IV* siecle, t. I, p. 402 et suiv.

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