‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 105 sur 176 · SuCRATi, HisL EccUf · texte numérisé non relu

SuCRATi, HisL EccUf

à créer pour eux une législation spéciale. Son édit sur renseignement public en est la preuve. Aucun acte, peut-être, ne fait moins d'honneur àla mémoire de Julien. Tous les partis l'ont sévèrement jugé, aussi bien les chrétiens que la fraction honnête et. modérée de Topinion païenne. Ammien Marcellin, écho fidèle de celle-ci, le qualifie de « barbare » et le voue à « un éternel silence *. » Le chrétien Socrate y voit un véritable « acte de persécution, » destiné à interdire à ses coreligionnaires « Tétude des humanités ^. » Sozomène le résume en disant que Julien défendit aux enfants chrétiens de lire les auteurs grecs et de fréquenter les écoles tenues par les païens ^. Saint Augustin dit que Julien fit défense aux chrétiens « d'enseigner et d'apprendre les belles-lettres *. » En termes probablement plus exacts ^, Ammien Marcellin rapporte que Julien ferma renseignement public aux rhéteurs et aux grammairiens qui ne pratiqueraient pas le culte des dieux *. C'est apparemment la portée de la loi du 17 juin 362, qui soumet à l'approbation de Tempereur toute nomination de professeurs publics ' ;

1. AifMiE:« Marcelli.'v, XXII, iO. — f . Socrate, Hist. Eccl, III, 12. — 3. Sozomène, Hist. EccL, V, 18.— 4. Saikt Augustin, De civ. Dei^ XVJII, 5«. — ». A moins de supposer, comme l'ont fait Bidez ci Cumont (Recherches sur la tradition manuscrite des lettres de Vempereur Julien, p. 14, note 4), qu'une troisième loi interdit aux chrétiens la fréquentation des écoles où se donnait l'enseignement classique, loi dont deux fragments seraient conservés par saint Grégoibe de Nazia>ze, Oratio IV, 103, et Socrate, III, 23. — 6. ÀHii ien BIarcellin, XXV, 4. — 7. Code Théoiosien, XIII,1II, 5.

mais c'est surtout le sens de Fédit général qui la suivit, pièce longue et dififuse, moins incohérente cependant que beaucoup de productions de son auteur ^ Libre aux instituteurs chrétiens d'expliquer dansTËglise « Matthieu ou Luc ; » mais qu'ils n'enseignent plus à leurs auditeurs, soit comme rhéteurs , soit comme grammairiens, soit comme sophistes, pour les formera Téloquence, ou à la morale, ou à la science politique, aucun des classiques païens, les poètes Homère ou Hésiode, les historiens Hérodote ou Thucydide, les orateurs Démosthène, Isocrate ou Lysias. On remarquera, dans les exemples cités par Julien, la tendance exclusivement grecque de son esprit, qui le porte à ne nommer ici aucun écrivain latin.

Le motif allégué pour cette défense, c'est la pensée, si superficielle qu'on a peine à la croire sincère, qu'il est déloyal à un maître de commenter devant ses élèves un livre où il est question de dieux auxquels lui-même ne croit pas. Ramené à un principe aussi étroit, l'esprit humain serait exclu de toute culture étendue, sans qu'il lui fût licite de demander aux littératures étrangères les secrets du style, aux philosophies lointaines ceux de la pensée, aux vieux annalistes la science de Thistoire, aux lois des anciens peuples les règles du droit comparé. Tout progrès intellectuel s'arrêterait du même coup, et menacerait de se heurter contre un mur. Ce mur serait la religion, devenue

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