La réflexion est de Socràte, HisU EccL, III
de Fantique beauté : « On a voulu nous l'enlever, cette langue hellénique, en nous considérant comme des usurpateurs du bien d*autrui ; il ne restait plus qu'à nous priver sous le même prétexte des arts de la Grèce M » On sait l'attitude fîère des deux plus célèbres rhéteurs chrétiens à Rome et à Athènes, Victorinus et Prohaeresius, qui descendirent aussitôt de leurs chaires, bien que Julien eût fait offrir à Prohaeresius la faveur exceptionnelle de continuer son enseignement sans être contraint d'abjurer^. On sait aussi Tillusion naïve que se firent deux autres professeurs, le grammairien etle rhéteur Apollinaire. Ils crurent à la possibilité de conjurer les désastreux effets de Fordonnance, en mettant en vers grecs, sous forme d'épopée ou de tragédie, et en prose, sous forme de dialogues, la Bible et FÉvangile, afin de remplacer pour les étudiants chrétiens Homère, Eschyle et Platon. Ce monument d'une bonne volonté méritoire, mais d'une surprenante infatuation littéraire, ne survécut pas à la crise qui en avait été l'occasion. A l'époque où Socrate écrivit son Histoire ecclésiastique ^ les œuvres des deux ApoUinaires n'étaient plus dans aucune main : l'intelligent historien, heureux de voir la littérature antique redevenue partie intégrante de l'enseignement chrétien, rend grâces à la Providence de l'inutilité de leur tentative ^.
1. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 100. 3. EcNAPE, Vitx sophist.^ Prohacres.; saint Jérôme, Chron.\ saint Augustin, Confess.f VUI, 5, 10.