I. Ep. t
f. Voir les passages cités par sahit Ctaille, Adv. Julianum IV 8. Ep. f».
en la tentant, la pensée précise de Julien ? Le désir de s'attacher les Juifs et d'honorer leur Dieu fut-il son seul mobile ? Il en eut probablement d'autres. En rappelant les Juifs dans Jérusalem, en faisant de nouveau de celle-ci leur ville sainte, qu'elle avait cessé d'être depuis Titus et surtout depuis Hadrien, il rendait au judaïsme un centre autour duquel se rallieraient peu à peu ses éléments épars. Par là il substituait, dans le culte d'Israël, le caractère national au caractère universel que lui avait donné la dispersion, et le réduisait à n'être plus que la religion d'un petit peuple de Palestine. Si peu inquiétant que le prosélytisme juif au dehors eût pu être pour l'hellénisme restauré, toute crainte de son influence sur les esprits cultivés serait écartée désormais. Le christianisme se trouvait luimême indirectement atteint. Il perdait en apparence sa base historique. Il cessait de pouvoir rattacher ses origines aux traditions d'Israël : qui lui reconnaîtrait désormais pour précurseur, à lui qui aspirait à la domination universelle, un culte aussi étroitement localisé ?
Mais Julien voulut apparemment porter au christianisme un coup plus direct. On connaît les prédictions évangéliques au sujet du temple de Jérusalem. « Il n'en restera pas pierre sur pierre, » dit Jésus-Christ à ses disciples ^ Julien avait certai-
i. Saint MATTUiEU,xxiv,2 saixtMarc, xiii â; saisît Luc, xxi, 6.
nement lu ces paroles. Il était familier avec les Évangiles , souvent cités dans les trop courts fragments qui nous restent de ses sept livres contre les chrétiens : une des citations qu'il fait de saint Matthieu^ ne précède précisément que de quelques versets le texte du même évangéliste relatif à la future et complète destruction du temple. Donner, sur ce point, un démenti à Jésus-Christ lui-même, montrer que sa prophétie n'est pas accomplie, ou plutôt empêcher soi-même cette prophétie de s'accomplir, quel triomphe pour Julien! Quel argument contre l'Évangile ! Quel désastre pour la cause du christianisme ! Les écrivains chrétiens n'hésitent pas à prêter à Julien ces pensées, et très probablement ils ne se trompent pas. On sait comment furent déjouées les espérances de l'empereur et des Juifs. Même en écartant comme empreint de partialité le témoignage des narrateurs chrétiens ^ , il reste une entreprise commencée à grands frais, sous la direction d'un haut magistrat, et soudain arrêtée par une force inconnue , dont tous les efforts des ingénieurs et des ouvriers ne purent venir à bout. Ammien Marcellin, un contemporain et un païen, rapporte que, pendant que l'on creusait lea fondations, des globes de feu sortirent de terre ^
1. Sawt Matthieu, xxiii, 27, dans saint Cyrille, contra Julianum^ X; Neumahn, Juliani imperatorts librorum contra christianos quaet supersuntf p. t25.
2. Saint Grégoire dk Naziauzb, Oratio V,3-7; saint Jean Chrysos- TOME, InMatth. homil. IV, 1; Adv. JudaeoSy V, H; Centra Judaeos^ et Qsntilcs, 16; Socratc, HI, 30;Soz hè»e, V, S2; Théodoret, n(,20-
12i LE CHRISTIANISME ET L'EMPIRE ROMAIN.
chassant les ouvriers , en consumantmême quelquesuns. Le projet dut être abandonnée Julien luimême , dans sa « lettre à un pontife, » avoue (sans donner de détails) avoir tenté de rebâtir le temple des Juifs, « en l'honneur du Dieu qu'on y adore, » et n'y avoir pas réussi '.
S 6. — Les actes de persécution.
Tous ces actes sont la préparation savante de la guerre au christianisme : il reste à voir cette guerre elle-même , et la part qu'y prit Julien.
Cinquante ans après Fédit de Milan , on ne pouvait renouveler les anciennes persécutions. Ni le rescrit de Trajan , autorisant contre les chrétiens les dénonciations individuelles, ni les édits ordonnant de les poursuivre d'office , n'eussent été applicables. Favorisée depuis un demi-siècle par les pouvoirs publics, qui se déclaraient pour elle lors même qu'ils luttaient aveuglément en faveur du schisme ou de Thérésie , l'Église était maintenant répandue partout. Dans certaines provinces, elle réunissait la majorité des habitants. Là où ses adhérents demeuraient la minorité, celle-ci était trop considérable pour être aisément violentée. On eût difficilement attendu de la population chré-