‹ Le Christianisme et l'Empire romain de Néron a ThéodoseChapitre 45 sur 176 · Acta proconsularia S, Cyprianifi; dansRuiNART, p · texte numérisé non relu

Acta proconsularia S, Cyprianifi; dansRuiNART, p

3. La relegatio ou bannissement n'entraînait pas ordinairement {excepté pour les chrétiens) la perte totale des biens, qui était la

prenait pas la première place dans les calculs des persécuteurs. Il en est autrement sous Valérien. Pour aider la détresse, alors très grande, du trésor public, l'empereur se prépare à mettre la main sur les biens des chrétiens. Même avant Fouverture officielle de la persécution, on le voit s'inquiéter de la fortune de fidèles venus de Grèce à Rome, et signalés à Tattention de sa police par l'abondance de leurs aumônes ^ D'accessoire la confiscation passe au rang de peine principale dans l'édit de 258. On y lit que les sénateurs, nobles ou chevaliers qui professent le christianisme commenceront par être dépouillés de leurs biens, puis, s'ils persistent à être chrétiens, encourront la décapitation. De même pour les Césariens : non seulement ceux qui confesseront la foi dans l'avenir, mais, par un effet rétroactif, ceux qui l'ont confessée dans l'une des persécutions précédentes perdront leur fortune, qui sera acquise au fisc. Dans sa hâte d'acquérir les richesses des chrétiens, l'empereur, contrairement à tous les précédents comme à toute logique, confisque d'abord, sauf à punir ensuite. On comprend qu'il n'ait pas mis moins d'empressement à s'approprier le patrimoine collectif de l'Église. Un reste de respect pour la religion des tombeaux, si puissante

conséquence des seules peines capitales. Voir Digeste^ XLVI, xxii, 1, 4.

\. Actes des martyrs grecs, publiés par De Rossi, Roma soUerranea, t. lii, p. 202, 305.

à Rome, l'empêche d'adjuger au fisc les terrains funéraires des chrétiens : il se contente de les mettre sous séquestre. Maisles autres propriétés communes, comme les édifices consacrés aux réunions du culte, sont saisies, quelques-unes peut-être vendues au profit du trésor ^ Plus encore sans doute que les immeubles, les richesses mobilières de la communauté chrétienne paraissent de bonne prise. L'histoire de saint Laurent est trop caractéristique pour avoir été de tout point inventée. Ce premier diacre, administrateur du temporel de l'Église romaine, est mandé devant le préfet après le martyre de saint Sixte. On le somme de livrer les trésors confiés à sa garde. Il accepte, et, au jour fixé, présente au magistrat une troupe de pauvres ^, recrutée parmi les quinze cents indigents que nourrissait quotidiennement l'Église de Rome '. On ne pouvait dire plus clairement que les cotisations mensuelles et les aumônes versées dans la caisse ecclésiastique n'y séjournaient pas, et se répandaient tout de suite sur les misérables. C'est ce qu'exprimait plus simplement saint Gyprien, écrivant dans le même temps que l'Église ne faisait pas d'économies, et que tout

1. On verra plus loin la distiDCtion entre les cimetières et les autres « lieux religieux » des chrétiens» faite par Fédit de restitution de Gallien; Eosèbe, Hist. EccL, Vil, 13.

2. Saint Ambroise, 0//., I, 41 ; II, 28 ; Prudence, Péri Steph,, II.

3. Saint Corneille, dans Eusèbe, Hist, EccLy IV, 43, 11. — Cf. De Rossi, De origine, historiaf indicibus ecrinii et biblioihecae sedis apostolicae, P*zu, xxiv.

LE CURISTUNISME. 1

ilO LE CHRISTIANISME ET L'EMPIUE ROMAIN.

ce qu'elle recevait s'en allait aux orphelins et aux veuves ^ Valérien s'était trompé, quand il avait cru que les biens des associations chrétiennes lui seraient une proie fructueuse. Il trouvait des immeubles inaliénables, comme les cimetières, ou d'une vente difficile, comme les oratoires, les chapelles : les réserves mobilières sur lesquelles tl comptait n'existaient pas. Mais à défaut de la fortune de l'Église, qui déjoua les espérances du persécuteur, celle des riches chrétiens, visée spécialement par un de ses édits, dédommagea peut-être son avidité^.

S 6. — La paix de Gallien.

Le règne de Valérien se termina par une catastrophe, dans laquelle les chrétiens virent un châtiment providentiel. Fait prisonnier par les Perses, le prince persécuteur mourut captif, presque esclave, après avoir servi de jouet à ses vainqueurs. Gallien lui succéda (260). Celui-ci, suivant probablement les conseils de l'impératrice Salonine, dont la sympathie pour les chrétiens était allée peut-être jusqu'à embrasser leur foi, mit fin à la persécution. Il le fit d'une manière insolite. Jusque-là, plusieurs persé-

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