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CHAPITRE QUATRIÈME

LA DERNIÈRE PERSÉCUTION. — l'ÉDIT DE MILAN.

g 1. — De l'établissement de la tétrarchie à TabdicatioB de Dioclétien (292-305).

La paix religieuse eût probablement été maintenue, si Dioclétien était demeuré seul empereur. Ce qu'on sait de son caractère et ce qu'on connaît de son entourage intime permet de le supposer. Mais un juste sentiment des nécessités du temps ramena vite à se choisir des collègues.

Attentif à la leçon donnée naguère par la période dite des trente tyrans, Dioclétien comprenait qu'une division hiérarchique et régulière de l'Empire serait le seul moyen de l'empêcher de se fractionner de nouveau. En s'obstinant k lui conserver l'unité apparente, on courrait le risque de le voir plus ou moins tôt se rompre en débris, soit au gré d'ambitions révolutionnaires, soit par les nécessités de la défense locale, soit même en vertu de l'instinct national qui s'agitait déjà confusément au sein des divers peuples soumis à l'hégémonie de Rome. A vrai dire, dans le monde romain pressé de tous côtés par les Barbares, Rome n'était plus qu'un centre historique. L'autorité effective

ne s'exercerait désormais qu'à la condition de se rapprocher des frontières et de se faire multiple comme elles. C'est ce qu'avait commencé Dioclétien dès 285, s'adjoignant Maximien Hercule en qualité de César, puis d'Auguste, et le préposant à la garde de l'Occident, tandis que lui-même se réservait l'Orient. Il acheva de réaliser en 292^ cette pensée prévoyante, et crut perfectionner le système par l'établissement de la tétrarchie, qui divisait encore les fonctions et subordonnait, avec le titre de César, en Occident Constance Chlore à Maximien Hercule, dans l'Europe orientale Maximin Galère à Dioclétien. Sous l'autorité directe du premier des Augustes devait rester l'Asie, avec ses dépendances naturelles, l'Egypte, qui en était comme le prolongement, la Thrace, qui assurait ses communications avec l'Europe; le second rassemblait sous son sceptre l'Italie, l'Afrique, et probablement l'Espagne. Auxiliaire de celui-ci, Constance Chlore recevait la Gaule et la Bretagne ; dans l'orbite de Dioclétien devait se mouvoir Galère, souverain des provinces danubiennes.

Galère fut l'instigateur de la reprise des hostilités contre l'Église.

On vit alors Finfluence qu'un esprit grossier,

1. Ou 293; voir la note de Goyau, Chronologie de V Empire romain, 1891, p. 346, note 6. Pour les dates, et la nature des rapports entre Dioclétien et Haximien Hercule, tenir compte des vues nouvelles exposées par Otto Seeck, JHe Ehrebung des Maximian zum Augustin (dans Commentationes Woelfinianae, Leipzig, 1891).

mais énergique et tenace, acquiert facilement sur une nature plus distinguée, par cela même moins entière dans ses opinions. Le portrait que tracent de Galère les auteurs païens et chrétiens — Aurelius Victor aussi bien que Lactance — montre un rude soldat, un bon général, barbare d'origine et de mœurs, alliant, comme beaucoup de ses pareils, à la violence du tempérament Tastuce la plus déliée, et sachant, sans Favoir appris, manier les hommes. Par instinct naturel comme par tradition de famille il haïssait les chrétiens. Il n'essaya pas de déterminer tout de suite Dioclétien à les persécuter. Mais il s'avança vers ce but, d'une marche calculée. Sous prétexte de raffermir la discipline militaire, il obtint de son collègue, sur lequel des victoires récentes lui donnaient de Tascendant, l'autorisation de rétablir dans l'armée, pour tous les officiers, l'obligation de prendre part aux sacrifices. A cette mesure résistèrent beaucoup de chrétiens, qui furent cassés de leurs grades. Une épuration générale suivit. Elle atteignit jusqu'aux soldats, qui pouvaient être privés de leurs droits à la vétérance. Quelques refus plus énergiques furent punis par le supplice. Mais le sang, dit Eusèbe, coula peu, même dans les provinces soumises directement à l'autorité de Galère ^ Il y eut,

1. Eusèbe, Hist, EccU, YIII, 1, 4, 18; Chron. (Yoir Micne. Patr, Graec.yi, XUI, col. 305, note i). — Acta S, Julii^ dans RuI!Iârt, p. 616; Acta SS. Marciani et Nicandri^ ibid., p. 618.

si Ton en croit des pièces hagiographiques, un petit nombre d'exécutions dans les États de Maximien Hercule ^ Les pays gouvernés par Constance Chlore n'en virent probablement aucune^. Dioclétien, en Asie, se contenta d'exclure de Farmée et des milices palatines les officiers et les soldats qui professaient le christianisme : mais il s'abstint de toute violence '.

Le premier pas était fait, cependant : il sera facile ensuite d'entraîner plus loin la volonté encore hésitante de l'empereur. Si Lactance est bien renseigné, Galère mit dans ce but tout en œuvre, insinuations, menaces, assemblées de fonctionnaires gagnés d'avance à ses desseins. Constantin, alors à la cour, racontera plus tard que le coup décisif fut porté par l'oracle d'Apollon à Milet, qui, en termes ambigus,. mais suffisamment clairs, dénonça les chrétiens. Dioclétien, en consentant à la persécution, voulut au moins qu'elle ne fût pas sanglante. Il fit raser la cathédrale de Nicomédie, et, le 24 février 303, afficher dans cette ville un édit ordonnant : !• la cessation des assemblées chrétiennes; 2* la destruction des églises;

i. Acta S. Marcelli centurionii, dans Rcinart, p. 313. — Prudence, Péri Stephanôn, I (si le martyre d'Emeterius et Chelidonius se rapporte à cette phase de la persécution).

2. Si, comme nous le pensons, TEspagne et la Mauritanie, auxquelles se rapportent les pièces citées à la note précédente, étaient du domaine d'Hercule, ainsi que l'affirme LACTincB, De mort, pers,^ 8.

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