LES PRECURSEURS DE LA REFORMATION
Les temps dont nous avons à parler se rapprochent des nôtres; le sol devient de plus en plus vivant sous nos pas. Désormais nous ne rencontrerons plus dans le monde de l'Esprit un seul événement qui ne nous touche par quelque point. Continuons donc immuablement de nous maintenir dans cette région élevée où nous voyons se former les idées des peuples, leur génie, leur destinée et leurs orages. Nous cherchons la vérité, la beauté, la liberté morale ; que nous importe le reste ! Songeons
Le premier avertissement donné à l'Église romaine a été éclatant; ou l'appelle le schisme grec. Dès le neuvième siècle, il faut renoncer à 1" unité que l'on avait promise. Car il ne s'agit pas d'une révolte obscure; c'est toute une civilisation, la sœur aînée de l'Italie, la Grèce entière avec sa renommée, qui refuse de reconnaître la supériorité de l'évêque romain. La Grèce et l'Italie avaient formé une même unité religieuse dans l'antiquité; elles se séparent dans l'époque d'alliance. Le Panthéon païen les avait conciliées et le Vatican catholique les divise.
Si vous entrez au fond de ce schisme, vous trouvez, de la part des Grecs, cette pensée obstinée qu'ils ont travaillé plus que personne à constituer le dogme, et qu ils ne veulent déférer à aucun autre la pleine autorité sur ce qui est en grande partie leur œuvre. Révolte de l'orgueil, au moins autant que de la conscience! Il est certain que toute la terre de Grèce se soulevait à l'idée que sa langue, son génie disparaîtraient devant la parole et l'autorité de l'Italie. Athènes, toute convertie qu'elle était, ne put descendre à cette humilité; les villes d'Homère, qui avaient nourri tant de martyrs, n'allèrent pas jusqu'à se flageller dans leur gloire passée.
Je l'avoue volontiers ; plus je considère ce fameux
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schisme du neuvième siècle, moins je peux y trouver l'explosion d'une pensée impétueuse, d'une con\iction spontanée, qui s'élance sans calcul. Il me semble que la Grèce cherche elle-même une occasion de rupture, qu'elle essaie pendant plusieurs siècles, avec un rare esprit de politique, sur quel sujet elle pourra se brouilleravec les Latins sans se compromettre avec le ciel. A la fin elle v réussit; mais ces schismes volontaires, oîila diplomatie entrede moitié, font des docteurs, non des martyrs, des Photius, non des Luthers.
De cet esprit de calcul, mis dans le dogme à la place de l'inspiration spontanée, il ne me serait pas difficile de déduire toutes les destinées de l'Église grecque. Combien de fois, en parcourant la Morée, l'Attique, les Cyclades, je me suis obstiné vainement à chercher la Grèce moderne! Où était-elle? qu'avait-elle fait pendant cinq siècles? Au temps que Dante écrivait en Italie, quel poëme avait-elle composé? où étaient ses basiliques, ses monuments écrits? Je m'obstinais aies chercher de vallée en vallée; et la chimère de la Grèce byzantine me fuyait à chaque pas. Dans Mécène, Corynthe, Argos, Athènes 5 je trouvais quelques chapelles décrépites , formées de tronçons païens, véritables plagiats de
Le premier avertissement donné à l'Église romaine a été éclatant; on l'appelle le schisme grec. Dès le neuvième siècle, il faut renoncer à l'unité que l'on avait promise. Car il ne s'agit pas d'une révolte obscure; c'est toute une civilisation, la sœur aînée de l'Italie, la Grèce entière avec sa renommée, qui refuse de reconnaître la supériorité de l'évêque romain. La Grèce et l'Italie avaient formé une même unité religieuse dans l'antiquité; elles se séparent dans l'époque d'alliance. Le Panthéon païen les avait conciliées et le Vatican catholique les divise.
Si vous entrez au fond de ce schisme, vous trouvez, delà part des Grecs, cette pensée obstinée qu'ils ont travaillé plus que personne à constituer le dogme, et qu'ils ne veulent déférer à aucun autre la pleine autorité sur ce qui est en grande partie leur œuvre. Révolte de l'orgueil, au moins autant que de la conscience ! 11 est certain que toute la terre de Grèce se soulevait à l'idée que sa langue, son génie disparaîtraient devant la parole et l'autorité de l'Italie. Athènes, toute convertie qu'elle était, ne put descendre à cette humilité; les villes d'Homère, qui avaient nourri tant de martyrs, n'allèrent pas jusqu'à se flageller dans leur gloire passée.
Je l'avoue volontiers ; plus je considère ce fameux
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schisme du neuvième siècle, moins je peux y trouver l'explosion d'une pensée impétueuse, d'une conviction spontanée, qui s'élance sans calcul. Il me semble que la Grèce cherche elle-même une occasion de rupture, qu'elle essaie pendant plusieurs siècles, avec un rare esprit de politique, sur quel sujet elle pourra se brouiller avec les Latins sans se compromettre avec le ciel. A la tin elle y réussit; mais ces schismes volontaires, oîi la diplomatie entre de moitié, font des docteurs, non des martyrs, des Photius, non des Luthers.
De cet esprit de calcul, mis dans le dogme à la place de l'inspiration spontanée, il ne me serait pas difficile de déduire toutes les destinées de l'Église grecque. Combien de fois, en parcourant la Morée, l'Altique, les Cyclades, je me suis obstiné vainement à chercher la Grèce moderne! Oîi élait-elle? qu'avait-elle fait pendant cinq siècles? Au temps que Dante écrivait en Italie, quel poëme avait-elle composé? oi!i étaient ses basiliques, ses monuments écrits? Je m'obstinais k les chercher de vallée en vallée; et la chimère de la Grèce byzantine me fuyait à chaque pas. Dans Mécène, Corynthe, Argos, Athènes, je trouvais quelques chapelles décrépites, formées de tronçons païens, véritables plagiats de
marbre au pied des temples de Jupiter panhellénien. Le Christ semblait le vaincu, Jupiter le vainqueur. Où était l'écho de saint Basile et de saint Chrysostome? Depuis des siècles, les cigales seules emplissaient de leur voix l'Église déserte.
Ne connaissant pas la vraie raison de cette misère, j'accusais la nature d'être trop sensuelle, la mer trop païenne; plus tard, j'ai compris la vraie cause de ce qui n'était alors pour moi qu'un étonnement. La Grèce a fait un schisme, elle n'a pas eu l'audace de faire une révolution ; elleaosé assez pour se séparer, trop peu pour créer une époque nouvelle. Son enseignement est fait pour servir à toute la terre; elle a voulu rompre avec Rome, sans substituer une pensée plus vaste que celle de Rome. Contente de vivre à l'écart, ne pensant qu'à soi, elle a cru qu'il suffisait de se brouiller avec le reste du monde, que c'était là un assez beau projet, qu'elle n'était pas chargée de créer un nouveau foyer de vie pour les autres. Elle a porté dans la religion l'égoïsme politique, et c'est là ce quj Ta perdue. Après avoir fait un pas, le cœur lui a manqué pourcontinuer ; elle s'est cachée dans ses illustres murailles, et sa prudence s'est retournée contre elle.
Constanlinople est tombée le jour où , après s'être séparée de Rome, elle n'a pas eu l'ambi-
tion de devenir à sa place la capitale et l'âme de l'univers chrétien. De ce moment, on a vu que sa destinée était finie; elle l'a senti elle-même. A quoi bon cette immense cité, dont le cœur est si petit ! elle se replie, elle se retire, elle se tait; vous n'entendrez plus parler d'elle que pour apprendre sa ruine.
Si la Grèce est restée inerte, d'autre part tous les efforts de l'Église romaine pour l'envelopper ont été inutiles. Le sentiment de cette incapacité désespérait Grégoire VU ; il l'avoue dans ses lettres. Au milieu du quinzième siècle, le dernier effort fut tenté dans le concile de Florence; j'ai déjà dit combien il fut inutile. Voilà donc la Grèce et l'Italie brouillées sans aucun espoir de réconciliation. Mais ce qui a été impossible à l'Église et aux prêtres, l'art l'a consommé. Ce ne sont pas les prêtres qui ont répondu à la question d'alliance posée par le concile, ce sont les artistes; et dans ce peu de mots est
toute l'explication du génie de la renaissance.
L'œuvre qui a été au-dessus du pape et du concile, Raphaël et Michel-Ange l'accomplissent. Ils unissent l'àme d'Athènes à l'âme de Rome chrétienne. Vous ne distinguez plus l'une de l'autre, dans ces miracles de l'art nouveau. Oui, la Grèce et l'Italie, qu'une théologie inférieure divisait encore, com-
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mencent àse réconcilier dans un art plus élevé ; elles vivent, elles respirent ensemble, elles sont éternellement inséparables clans les monuments de ces grands hommes. Les figures qu'ils tracent sur les murailles du Vatican ne sont pas des caprices d'imagination. Emblèmes de Talliance future, ces formes donnent un corps au rêve que la papauté tenait déjà pour impossible.
Tel est le premier acte du schisme. L'Église romaine s'endurcit; et voici aussitôt qu'un autre avertissement commence; il vient des Alpes et de la Provence.
Rien no ressemble moins à la révolte de la Grèce; les docteurs ni les théories savantes ne sont pour rien dans cet éclat. Des peuplades misérables, des noms nouveaux, les Vaudois, les Albigeois, des prières dans les montagnes, le culte ramené, dit-on, à la croix de bois, une vague plainte sortie du cœur, voilà tout ce que l'on apprend sur cette Église nouvelle. Il sera aisé de l'étouffer, sans doute ; et en effet cette àme de colère que le catholicisme vient de puiser dans le Coran, il la déchaîne contre les Albigeois. Saint Dominique apporte avec lui la parole de l'Espagne; cette parole se change aussitôt eu glaive.
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Qu'est-ce que l'inquisition, si ce n'est un esprit de guerre, un génie tout musulman, qui s'enveloppe des dehors chrétiens? Cacher le cimeterre arabe dans l'Évangile, voilà le secret du saint Office de l'Espagne et des frères prêcheurs. Sous cette nouvelle forme, le catholicisme et l'islamisme s'unissent à leur insu pour écraser, chez les Albigeois, les obscurs précurseurs de la réforme. Il n'en fallait pas tant. Le génie précoce de la Provence est anéanti; on arrache à cette société sa langue, et il se fait u n rapide auto-da-fé d' une ci vilisation trop hardie. Tout disparaît, son génie, sa gloire prématurée ; son hérésie, son péché restent un mystère. Il semble que l'on ne pouvait fiiire davantage pour dissiper ce premier germe d'indépendance; et cependant quelque chose a été oublié : car voici ce qui arrive. Celte société avait une foule de poètes, la plupart se tournent contre les violences de l'Église; ils parlent avec un accent de fierté que l'on ne connaissait pas encore, en sorte que la poésie moderne naît dans ce que l'on appelle l'hérésie, La voix de ces hommes est perçante, elle traverse les Alpes; ce qu'il y a d'étonnant, cet accent de reproche, d'invectives, devient en moins d'un siècle le ton dominant des poètes en Italie; ils se chargent des funérailles de la Provence.
Étranges papistes que Dante, Pétrarque, Boccace! ouest l'outrage qu'ils n'adressent à l'Église! Dans cette grave Espagne, l'un des monuments les plus antiques de sa poésie est celui de l'archiprêtre de Hita, une parodie du culte et des ordres catholiques. Qu'est-ce que tout cela , sinon la réforme elle-même, s' agitant, se montrant s' annonçant sous les formes de lart? mais on ne la reconnaît pas. On pense que ces hommes se divertissent à imaginer des chimères. Le moyen de croire que ces menaces se réalisent? L'Église elle-même s'amuse de ces signes ; assise à son banquet de Balthazar, elle ne s'inquiète pas de ce qui s'écrit sur la muraille; alors le danger se rapproche d'un pas, et l'avertissement devient aussi clair que possible.
Les poètes n'ont pas été entendus, les docteurs vont parler. Ce que disaient, dans le langage de l'inspiration, les Dante et les Pétrarque, sera répété, expliqué, sous les formes de la logique, par les maîtres de la science, les Pierre d'Ailly, les Clémangis, les Gerson. Ils démontrent qu'en suivant le chemin où elle est, l'Église marche à sa ruine; ils se servent d'un langage rigoureux pour prouver scientifiquement la dégradation morale de l'ordre du clergé. L'imminence du péril fait que personne ne songe à
dissimuler le mal ; loin de là, j'admettrai, si Ton veut, que la peur l'exagère.
Au reste, le signe distinct de ces cahiers des notables de la chrétienté, au quinzième siècle, est la tristesse dont ils sont pleins, le manque d'espérance, la fatalité qui couvre l'avenir. Pour la première fois, vous entendez prononcer le nom de Réforme; il revient à chaque instant dans la bouche de ces hommes; mais ce mot dont ils n'entrevoient qu'à demi le sens, ne provoque pas chez eux l'espoir d'un ordre nouveau. Ils voudraient rentrer, se cloîtrer dans le passé ; le présent leur est insupportable, l'avenir les épouvante. Derniers témoins du moyen âge, ils souffrent de tous les maux des précurseurs, ne pouvant s'avouer clairement à eux-mêmes ni ce qu'ils repoussent, ni ce qu'ils désirent, ni ce qu'ils espèrent.
Pendant que ces esprits, par leurs souffrances mêmes, sont le plus grand signe de péril, que devient la papauté? Nous avons parlé impartialement de son époque de grandeur, nous avons le droit de parler de ce qui ressemble à sa ruine. Figurez- vous cette reine de l'unité, devenant, par une ironie d'en haut, la figure de la division. Le plus souvent, il y a tout ensemble trois papes ;
chacun a son conclave, ses conciles, son saint-siége, sa chrétienté ; ces papes se poursuivent, s'interdisent, se foudroient mutuellement; ils ne peuvent s'anéantir; ils renaissent les uns des autres comme le serpent de l'Apocalypse, en sorte que cequiavait été institué pour représenter l'unité immuable, en est venu à représenter l'anarchie impossible, monstrueuse; un même corps armé de trois têtes qui se dévorent.
Or ce spectacle no dure pas un moment ; il est donné pendant soixante-dix ans à toute l'Europe. Peu s'en faut que cette figure apocalyptique du désordre ne réussisse à s'éterniser; carie vertige de la papauté devient contagieux, il gagne la société temporelle. Je ne parle pas seulement de Charles VI, de Venceslas, de ces fous couronnés qui portent dans la royauté le désordre d'esprit du Saint-Siège. Il est certain que chaque nation de la chrétienté, prise à son tour de folie, se déchire elle-même à l'imitation^ de la papauté ; chaque peuple se donne alors plusieurs têtes, il y a, au même moment, cinq rois d'Aragon, trois rois de Naples, deux rois de France, deux roisd' Angleterre, deuxempereursd' Allemagne.
1 Cela avait déjà frappé, au temps de Pliilippe II, le grand sens de l'historien Zurita. « En lugar del unico pastor y iiniversal, aviatres, y en el poderio temporal del, nunca se passô tanto peligro, etc. » V. Anales de là Corona de Aragon, t. II, p. 458.
Si de l'ordre politi({ue on arrive à l'ordre moral, on voit que, dans le fond du cœur, chaque homme, au commencement du quinzième siècle, est luimême partagé comme le chef de l'Église. Le type d'anarchie qu'intronisent les papes avec éclat, se réalise fidèlement au fond de l'âme la plus cachée. Cela était nécessaire. Pour que la papauté pût être légitimement combattue au seizième siècle, il fallait, d'une part, qu'elle fût sourde aux avertissements les plus clairs, et que, de l'autre, elle créât elle-même, au fond des esprits, le principe qui devait la frapper.
Ce n'est pas encore assez; ce reste monstrueux de papauté peut se défendre; le nom de Grégoire yil en couvre les lambeaux. Il est temps que l'Église elle-même commence à le ruiner en montrant un pouvoir supérieur à celui du Saint-Siège. Ce fut l'œuvre des conciles de Pise et de Constance.
On vit alors clairement combien la blessure de l'Église était profonde, puisqu'à peine on osait y toucher. Ces assemblées se donnent un grand travail pour se démontrer que la source de l'autorité, la souveraineté plénière vient d'elle, que le Pape n'est que leur délégué. Elles le traînent à leur barre; en le destituant elles décapitent le catholicisme. Une œuvre commencée si audacieusement va
sans doute se poursuivre. Mais non; à peine ces assemblées se sont-elles prouvé à elles-mêmes leur puissance, qu'elles en sont effrayées. Leur responsabilité les accable, elles ne songent qu'à se démettre. Quand le monde attend une constitution nouvelle de la religion, c'est à peine si elles tracent à la hâte quelques articles sans vie. Chacun des membres, impatient d'en finir, demande la paix, la, paix, triste mot d'ordre du concile de Constance. Mais cette panique de l'esprit n'amènera qu'une trêve; on ne guérit pas les maux que l'on n'ose pas regarder en face.
Qu'a donc aperçu le concile, pour être saisi de cette terreur? Il a vu paraître devant lui deux hommes, Jean Huss et Jérôme de Prague, qui déconcertent toutes ses combinaisons; ces deux accusés sontauprès de lui, abeaucoup d'égards, les messagers de l'avenir.
Ne croyez pas, en effet, que Jean Huss ait été brûlé pour une idée particulière ; sa cause était beaucoup plus grande. 11 avait les mêmes croyances que le Concile; il rejetait, il approuvait les mêmes doctrines; et cependant il a été brûlé vif; pourquoi cela? Le voici: on ne demandait de lui qu'une seule chose, de s'abandonner à l'assemblée, c'est-à-dire d'en reconnaître la pleine et entière infaillibilité. Ce mot auraitpu le sauver, et il n'a pas voulu le prononcer ; il a
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mieux aimé mourir. Carco peu qu'on exigeait de lui, était l'abdication de sa conscience individuelle, l'abjuration de l'avenir. L'assemblée croyait avoir fait beaucoup en déplaçant le siège de l'infaillibilité, pour le transporter du Pape au Concile; et voici un inconnu, Jean Huss, qui, représentant un nouveau pouvoir, l'avènement de la conscience individuelle, ne reconnaît la dictature ni de l'un ni de l'autre. Le Concile, qui se faisait souverain, après avoir détrôné le Pape, se trouve lui-même détrôné par la simple parole de cet homme qui le nie ; on ne pouvait le laisser vivre*.
Entre l'assemblée et Jean Huss, c'est une question de pouvoir, de souveraineté. L'individu disparaîtrat-il, abdiquera-t-il devant le Concile, comme il disparaissait devant le Pape? Le monde ne veut-il qu'un changement de forme dans la dictature, ou bien la dictature a-t-elle cessé dans le royaume de l'esprit? Est-ce une réforme, est-ce une révolution qui se prépare?
L'héroïsme de Jean Huss montra ce que l'on soupçonnait à peine, qu'il venait de naître dans le monde moral une puissance invincible au Pape et au Concile. L'assemblée sentit qu'elle s'était brisée
' Il fallait qu'il mourût, dit Luther. Ipsum pcrire necesse erat.
pour toujours contre une autorité nouvelle^ et que le pouvoir qu'elle avait pris au Pape, Jean Huss le lui enlevait à elle-même. Il ne resta véritablement debout que le droit et la conscience de cet homme qu'on allait livrer au bûcher.
Depuis ce moment ces assemblées perdirent tout instinct novateur; elles avaient cru oser beaucoup; elles venaient d'apprendre qu'une révolution commençait là où elles ne voulaient qu'une transaction. Avant de se séparer, on jeta dans le Rhin les cendres tièdes de Jean Huss et de Jérôme de Prague; le Khin les rejeta sur sa rive; de ce limon naquit Luther.
Ainsi la vieille Église se brise par ses propres mains; la réformation n'est pas encore. Moment in-^ dicible de douleur et d'attente ! l'àme humaine reste à nu. De tous ces sentiments se forme en silence un livre unique au monde, Vlmitation de Jésus-Christ. Seul des ouvrages du moyen âge, il va également au cœur du catholique et au cœur du protestant. Car dans le moment où l'Église et le pape sont, pour ainsi dire, absents, l'âme chrétienne en protite pour parler à cœur ouvert sans intermédiaire au Dieu chrétien; c'est une conversation privée, intime, aux confins de deux mondes, entre le Dieu et le croyant de
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l'Évangile. Le sacerdoce, les Iraditions, la science accumulée des docteurs, tout ce que les siècles avaient amassé d'extérieur s'est englouti dans l'abîme; une époque a disparu. Il reste dans l'infini un cœur qui s'ouvre et qui crie.
Au fond, l'histoire de la religion se divise en trois époques. Dans la première, le peuple n'ose écouter la parole de Dieu ; il veut qu'elle lui soit transmise par un intermédiaire. Rappelez-vous les Juifs disant à Jeliovah : Parle à Moïse ; ne nous parle pas à nousmêmes, de peur que nous ne mourions au bruit de ta voix. Dans la catholicité du moyen âge, la même peur saisit les peuples, et c'est l'Église qui s'interpose entre leur conscience et le discours d'en haut. Ces peuples serfs n'osent ouvrir leurs oreilles au langage du ciel ; ils ont peur d'entendre une voix de tonnerre qui les brise ; le prêtre est chargé de leur en renvoyer seulement un écho affaibli- La grandeur du livre de \ Imitation de Jésus-Christ est de mettre fin à ces époques.
Ni Moïse, ni l'Église, ni les saints, ni les prophètes ne paraissent plus, ne s'élèvent plus pour servir de médiateur. L'âme humaine est émancipée. Qu'a-1-elle besoin de chaiger de sa prière un prêtre ou un docteur? elle s'élance et la porte elle-
même directement sans la protection des hiérarchies célestes. Ce n'est pas non plus le monologue d'Allah qui ne soufîre pas d'interruption; c'est un dialogue suivi entre le Créateur et la créature. Ils se trouvent, ils se rencontrent face à face dans les ruines de l'Église. D'un côté, le Christ du moyen âge descend de sa croix sanglante et s'incline vers la terre ; de l'autre , l'âme solitaire , le cœur du peuple se relève de la poussière ; le Dieu et l'homme font chacun un pas l'un vers l'autre. Ils ne se connaissaient plus, ne se parlaient plus que par ambassadeur; toujours un tiers avait surgi entre eux. Voilà, au contraire, qu'ils se retrouvent comme dans l'intimité de l'Éden ; l'homme,' chargé d'années, de douleurs, raconte sa longue vie à celui qu'il n'a plus entrevu depuis les scènes de la Genèse. L'ancienne conversation sous l'arbre de la science du bien et du mal est reprise après six mille années, à la porte de l'Église. Solitude, effusions, confidences rapides, au moment où le prêtre en se retirant laisse le Dieu et l'homme se toucher, se pénétrer, s'expliquer l'un à l'autre sans témoin.
Qui ne voit que le charme pénétrant de ce livre ' naît de cette intimité même après tant de paroles
officielles mises dans la bouche de l'Église? L'homme devient à lui-même son prêtre ; et il est directement enseigné, ordonné, baptisé de la vie nouvelle par son Dieu, qui est en même temps son docteur, son directeur, son confesseur. Ne sentez-vous pas que toute une révolution est cachée dans ce livre? Pour moi, je ne puis m'empêcher d'y reconnaître le souffle précurseur d'une ère nouvelle. Le génie de la réformation dans sa source la plus pure y est mêlé à l'obéissance antique. Que dira de plus le protestantisme contre le culte extérieur, les images, le joug stérile de la tradition? Comment fera-t-il pour mieux célébrer les rites du cœur?
N'est-il pas extraordinaire qu'il y ait dans le monde un livre qui fasse goûter au catholique l'esprit de la réforme sans la révolte, au protestant l'esprit du catholicisme- sans la servitude? Ce livre unit ceux que tous les autres séparent ; chacun y voit son rite et son Église : c'est le livre d'alliance au milieu de la guerre.
J'ai longtemps cherché à mon tour quel en est l'auteur ; je serais malheureux de l'avoir découvert, car il me semble qu'il y a quelque sens dans ce mystère. Au quinzième siècle, quand l'Europe va se déchirer en plusieurs sectes, un livre religieux
est jeté clans le monde; on ne sait d'où il vient; mais chacun prétend l'avoir écrit. La France, l'Allemagne, l'Italie y reconnaissent si bien le fond de leur pensée que toutes déclarent en être l'auteur. Ces peuples vont se poignarder pendant deux siècles pour des églises différentes ; en attendant, ils s'attribuent chacun la composition du même livre, c'està-dire le même idéal ; et ils protestent, en quelque sorte, parla, contre leurs propres fureurs. L'identité de la conscience moderne peut-elle être plus manifeste? ce livre est une promesse de réconciliation, à la veille de la bataille.
Dans les époques antérieures, les livres sacrés portaient le nom d'un homme et le sceau d'une église ; mais l'ouvrage sacré qui ouvre les temps modernes n'appartient à personne en particulier. Il ne porte le nom d'aucun prophète, d'aucun prêtre, et même d'aucun peuple. Il n"a reçu le sceau d'aucun clergé ! il appartient à tous. N'en cherchez plus l'auteur ; ce n'est pas l'œuvre de Gerson , ni d'A'Kempis, ni de l'Église de Rome ou de Byzance; c'est le fruit mystérieux des entrailles de l'humanité nouvelle.
Ainsi voilà un signe qui s'ajoute à tous les autres. Le monument chrétien le plus visiblement inspiré
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depuis l'Évangile, celui qui vient couronner la tradition, s'achève à l'insu de l'Église. Elle ne peutdire qui l'a reçu, quel homme, quel peuple; tout cela lui demeure parfaitement étranger. Cette conversation divine, entre son Dieu et l'inconnu, s'est fait entendre sous son om])re, et elle n'a rien entendu ; elle ignore de qui l'on veut parler. Il est vrai qu'elle n'est pas embarrassée de classer les révélations des morts; elle sait précisément à quel homme, à quel temps il faut rapporter les proverbes de Salomon, l'Apocalypse, la moindre desépîtres. Mais, à l'égard de cette parole encore tiède du christianisme vivant, ne lui demandez rien, elle n'a pas été mise dans le secret. Tout ce qu'elle peut dire, c'est qu'à un certain jour, un livre saint a été trouvé; au reste, ce n'est pas elle qui l'a écrit; il n'a pas passé par ses mains ; et que disons-nous de plus, quand nous prétendons qu'elle a cessé d'être l'interprète et la confidente unique du Dieu vivant?
Il restait une dernière épreuve à lui faire subir, et la plus grande de toutes, afin de savoir si, en perdant la trace des saints livres, elle a perdu aussi le sens des actions inspirées. L'histoire de Jeanne-d'Arc servira à cette épreuve; l'Église reverra de ses yeux la merveille des apôtres, et ne la reconnaîtra
pas. Ce qu'elle célèbre avec érudition clans les livres, elle le rencontrera dans la vie, et elle le maudira. Une parole qui transfigure une bergère, comme autrefois les pêcheurs de Galilée, les miracles retrouvés de l'âme, la force qui attirait les disciples, l'impuissance devenant invincible, tout un nouveau chapitre de l'Évangile se montre à l'Église, en chair, en vérité ; et, dans ces prodiges de l'esprit qui surmontent la nature, elle ne rôve que magie. Elle ne peut croire que l'âme toute seule émousse les épées. Ce qu'elle consent à glorifier dans ses cérémonies, dans les psaumes, dans le traité des Machabées, venant tout à coup à paraître vivant et présent, elle l'appelle vision, hallucination, sortilège. Quand les tisons s'allument, que l'esprit va être de nouveau crucifié, elle ne pousse pas un cri, elle ne déchire pas son voile ; au contraire, elle aide au bûcher. Sur ce nouveau calvaire de cette nouvelle passion , elle ne voit que sorcellerie. Alors, les épreuves furent consommées; il fut décidé que cette Église devait être frappée, que la France, ni le monde, ne lui appartiendraient désormais sans partage.
Vous le voyez, une longue patience a été exercée envers l'Église; l'orage n'est pas arrivé à l'im-
proviste. Avant do se séparer, l'esprit de vie a frappé maintes fois à la porte, et la porte ne s'est pas ouverte. L'âme ayant essayé vainement de toutes les voies pour rentrer dans l'enceinte de l'orthodoxie romaine, un changement était absolument inévitable, et il ne pouvait venir d'aucune des autorités constituées du catholicisme. Comment seraitil parti du Pape, lui qui avait pendant soixante-dix ans représenté l'anarchie au lieu de l'unité, et qui avait été désarmé par le Concile? comment la réforme serait-elle venue du Concile, lui qui n'avait rien osé faire, et qui s'était en toute hâte absorbé dans cette ombre de pape qu'il venait de créer? Le Concile et le Pape s'étant ainsi dépossédés l'un par l'autre, que restait-il? une révolution nécessaire.
L'autorité ancienne s'était elle-même détruite; le trône visible de Dieu restait vide; qui viendra l'occuper? un pouvoir nouveau, qui n'a encore été usé . par aucune concession, celui qu'a montré Jean Huss, la conscience de l'homme mise à la place de la couscience du clergé; et ce ne sera pas usurpation, puisque FÉglise, en se frappant, semblait être ellemême dans la conspiration.
Si la réformatiou eût éclaté plus tôt, on eût pu l'ap-
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peler révolte, hérésie, car les places étaient prises et occupées, par le Pape ou le Concile. Mais à l'heure où elle arrive, toux deux s'étant brisés l'un par l'autre, ont besoin d'un héritier; le Pape était dépossédé longtemps avant que Luther parût; il restait à remplir, non k usurper le siège de l'esprit ; et cela fait tout ensemble la légitimité de la réformation et de la Révolution française.
A quoi ont servi tant de bûchers, ceux de Jean Huss, de Jérôme de Prague, de Savonarole, de Jeanne d'Arc, qu'à allumer la pure flamme de l'avenir! Ceux qui jetaient ces cendres au vent semaient un siècle nouveau.
Nous nous plaignons aujourd'hui, si, par hasard, les hommes du passé essaient de faire une plaie cuisante à notre cœur ; nous nous plaignons, et nous devrions nous réjouir. Car c'est par la violence de ce dernier assaut du passé que nous devons mesurer l'essor de l'avenir. Le quinzième siècle enfante avec douleur la réforme; et nous, de cette nuit dans laquelle on voudrait nous replonger, croyons-nous qu'il ne doit rien sortir? Nuit sans ténèbres! Ne nous attristons pas si toute l'Europe fermente ; il doit arriver que pas un peuple, pas une ville, pas un hameau ne reste étranger à cet enfantement de la vie universelle.
Mais c'est là un spectacle douloureux, honteux pour la raison de l'homme ! — Et depuis quand a-t-il fait un pas sans le payer de quelque ennui? La naissance d'un ordre nouveau se fera-t-elle aujourd'hui sans souffrance? Le siècle qui s'approche, en arrivant au monde ne jettera-l-il pas aussi, comme tous les nouveau-nés, son cri de douleur? Non, cela ne se peut; nous n'échapperons pas à la loi de tous les temps précurseurs. Plus les hommes pensent nous rengager en arrière, plus nous sommes entraînés en avant par une force supérieure; et nos déchirements feront la paix de ceux qui viendront après nous.
DIXIEME LEÇON
Luther brise l'Église en la comparant à son idéal. — Comment cher les réformateurs l'esprit de servitude et l'esprit de liberté se concilient. — La réforme n'estoUe que négative? — Première pierre de fondation du monde moderne. — Un nouveau degré dans le monde de l'âme. — Causes de la tristesse du protestantisme. — L'homme ne peut plus accuser que lui-même. — La réforme et la Révolution française. — Condition actuelle du protestantisme. Si la Bible était enlevée à l'homme, serait-ce la fin des choses?
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DIXIÈME LEÇON
LA RKFORMATION.
La réformation suscite le plus souvent contre elle les croyants et les sceptiques ; les uns l'accusent de révolte, les autres de timidité. Lorsque les philosophes veulent se donner pour un moment le plaisir de l'orlhodoxie, ils foudroient à leur tour le schisme (jui a l)risé 1" unité du monde moderne. Je ne les imiterai pas en cela; et, d'autre part,- pour que personne ne se mépremie sur ma pensée, je «lirai, tout d'abord, que je ne suis pas protestant, et que je ne suppose pas que notre pays soit appelé k le devenir.
Rien de ])lus saisissant dans l'histoire que la
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minière dont est frappée TÉglise au seizième siècle; elle se bâtit son monument de triomphe dans Saint-Pierre; elle s'orne d'avance pour un jubilé. Quelle est donc la fôle qui se prépare? Les plus grands artistes du monde travaillent jour et nuit pour cette grande journée. Avec une sérénité sublime, Raphaël décore les salles du Vatican pour des noces éternelles. Michel-Ange, dans le dôme de Saint- Pierre, met la tiare sur le front de l'Église visible; tout est prêt. Qu'eussent fait alors ces hommes, si quelqu'un leur eût dit : « Laissez là cette pompe ; l'Église que vous venez de parer pour un siècle de fêtes va être déchirée ; la moitié du monde est au moment de lui échapper ; un pauvre moine lui otera en peu de jours plusieurs peuples ; vous la faites triomphante, il fallait au contraire la revêtir de deuil. » Sans doute ils n'eussent pas cru ces paroles; mais leurs œuvres devaient rester et sourire éternellement comme une sublime ironie de la Providence. A véritablement parler, l'Église n'ajamais manqué de réformateurs. De siècle en siècle apparaissent des hommes qui, frappés de la décadence de l'Esprit, créent une société nouvelle pour servir de modèle à l'ancienne. Saint Benoît, saint Bernard, saint François, saint Dominique, en fondant l'un après l'autre des ordres et des institutions, travaillent à réparer
la vie à mesure qu'elle menace de disparaître. Pendant quelque temps, chacun de ces ordres donne une impulsion au catholicisme ; puis eux-mêmes, atteints du mal qu'ils combattent, ils s'arrêtent, ils dégénèrent; on ne les reconnaît plus, il faut (ju'ils soient remplacés par d'autres. Comme ils ne changent rien au fond des choses, ils retombetit tous inévitablement dans les mêmes défaillances et périssent du même vice. Ce qui montre combien le remède est inefficace, c'est la nécessité où l'on est de le réitérer. Les ordres, par leurs rapides déclins, en s'amoncelant les uns sur les autres, étouffent de plus en plus l'essor de l'âme; en sorte que chacune de ces institutions, après avoir donné un moment de vie à l'Église, ne sert plus, le lendemain, qu'à l'embarrasser de sa mort. Toutes ces tentatives, qui n'atteignent que la surface, s' altérant promptement elles-mêmes, augmentent le danger. La réforme d'hier, est aujourd'hui corruption.
Fatalité étrange! De siècle en siècle, les réformateurs, pour se soustraire aux atteintes du temps, aux entreprises du monde, s'enfoncent de plus en plus dans la solitude ; ils bâtissent autour de leurs monastères d'épaisses murailles, ils ne laissent qu'une porte pour communiquer avec l'Église ; et, après quelque temps, sans que l'on sache comment, les voilà enva
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his par tout ce qu'ils voulaient fuir, le monde, la routine, l'inertie de l'âme !
Si l'esprit devait être renouvelé, que restait-il donc à faire? puisque tous les lieux déserts avaient été tentés sans succès, que les plus hautes murailles n'avaient servi de rien, il ne restait plus qu'une chose à essayer, qui était de rompre les communications avec l'Église visible, renoncer pour un moment à toute la tradition, mourir à tout le passé, ne conserver dans ce naufrage volontaire qu'un livre, se dépouiller, non de son manteau ou de ses sandales, comme les ordres mendiants, mais de quinze cents ans de souvenirs. Puisqu'une fatalité de corruption s'attachait aux réformes tentées dans l'intérieur de l'Église, il fallait que l'Esprit se vît quelque temps seul avec lui-môme, sans aucune forme; le salut de la vie morale était à ce prix. D'un côté, le corps matériel de TÉglise dans sa maison de pierre ; de l'autre, l'àme, toute seule, surgissant d'un sépulcre qui se brise. Cette séparation est une sorte de mort, mais une mort qui peut enfanter l'avenir.
Quel est, dans la chrétienté, le peuple qui entrera le premier dans cet isolement? Les nations du midi de l'Europe ont souvent ébranlé leurs églises; mais, dans leurs colères mêmes, on sent un fond immuable d'obéissance; elles s'irritent, elles accusent, elles