i ?ns
.Û'Ji;.. ^i
ÏU-: '-
ivQ —
.«•mm
si» aofq
sb àjio
CINQUIEME LEÇON
DE LA CITÉ DE DIEU ET DE LA CITE DE l'hOMME.
Je conçois un ouvrage dont pas une ligne n'existe encore. Il consisterait à établir les rapports du dogme chrétien avec les formes politiques et sociales du monde moderne.
D'autres ont montré les ressemblances nécessaires entre les systèmes de philosophie et les diverses formes de goiivernement depuis l'antiquité; ils ont établi une loi d'analogie entre lascolastique et la féodalité, la philosophie de Descartes et la monarchie moderne, l'éclectisme et la charte de la Restauration. Reste à
Î08 DE LA CITÉ DP: DIFX'
voir cûmmentcbaque développomeiU du dogme s'est rétléchi dans l'histoire et dans la société.
Presque toujours les penseurs se contentent de dire que le christianisme, n'étant fait que pour les cieux, ne peut se réaliser dans les institutions; que, seulement à l'approche de la Révolution française l'homme s'est avisé de faire descendre la loi divine dans la loi humaine. Pour moi, je pense que ce qui a été décidé pour le dogme se réalise tôt ou tard dans les faits, que le travail des quatre premiers siècles du christianisme est l'idéal, le plan sur lequel se développent tous les siècles qui ont suivi; je crois fermement que celui qui connaîtrait, dans ses détails, la formation du dogme, connaîtrait dans son esprit la formation de l'histoire civile et politique. L'humanité moderne est faite comme l'antique, à l'image de son Dieu; il n'est rien dans cet idéal suprême que nous ne devions prétendre réaliser un jour dans les institutions et les lois. Tout ceci va s'expliquer par un exemple.
La divinité de Jésus Christ reconnue par le concile de Nicée , une nouvelle question se présente, et tout le monde s'en préoccupe au quatrième et au cinquième siècle. Quel est le problème qui tient ainsi la terre en suspens? Rien ne vous paraîtra
ET DE LA Cnii DE L'HOMME. i()«)
peut-être plus subtil; et, pourtant, Tavenir social de dix siècles est dans ce mot. Demandez aux diacres, aux évoques, aux peuples chrétiens de Byzance, de Chalcédoine, aux catéchumènes des déserts, quelle idée occupe et trouble leur esprit : ce n'est pas l'approche des Barbares; non, la menace des massacres ne les réveille pas, tant ils sont absorbés par la nécessité de pousser jusqu'au bout la logique chrétienne. Si Jésus-Christ est Dieu-Homme, voici la question que l'esprit humain se pose aussitôt : ce Dieu-Homme a-t-il une double nature, une double volonté, l'une divine, l'autre humaine? N'oubliez pas que tout l'univers tremble sous les pas des Barbares; chaque jour ils font un pas; on entend déjà leurs clameurs; et pourtant, l'humanité chrétienne ne peut se détacher des questions qui viennent de s'élever; elle ferme l'oreille à tout autre bruit; elle dit, la première, en l'étendant au monde , ce mot de la Convention : « Périsse l'univers, plutôt qu'un principe. » Les Pères écrivent dans la solitude, les conciles se rassemblent au bruit de la terre ébranlée; et àla fin, le monde occidental décide qu'il y a dans le Christ deux natures, deux volontés, que la première est de Dieu, la seconde de l'homme. Il était temps que la question fût résolue ; le moment d'à-
ilO DE IX CITÉ DE DIEU
près, les Barbares viennent clore toute discussion. Elle n'est pas, il semble, destituée de grandeur, cette persistance de l'esprit humain à suivre la logique des idées divines, au milieu du renversement, des États. 11 fallait bien que les hommes qui s'obstinaient, sous le bélier, à résoudre ces questions, pressentissent au moins de quelle importance elles seraient dans l'avenir. Vous êtes tentés d'abord de croire qu'ils n'ont ajouté qu'un trait nouveau , une idée à la figure de Jésus-Christ : mais cette idée, s'in^ carnant dans l'histoire, va porter pendant mille ans tout le monde social.
En effet, sitôt que le concile a établi deux natures et deux volontés dans le Dieu chrétien, il arrive que le monde social, se formant sur ce plan, se partage en (Jeux volontés , en deux natures, l'une divine, qui est l'Église, l'autn; humaine qui est l'État. Voilà la constitution du genre humain profondément changée par cette seule déclaration qui, tout à l'heure, paraissait stérile. Qu'est-ce que le moyen âge, sinon l'application sociale de ce dogme ? pénétrez-en un moment l'esprit, et toute l'histoire civile, pohtique se déroule devant vous.
L'antiquité cesse, le jour où se brise l'unité de i'empereur et du pontife. Deux volontés, deux na-
ET DE LA CITÉ DE L'HOMME. Hl
tures surgissent du cœur du genre humain et en 'deviennent les mobiles. Elles s'appellent, selon le cours des temps, 'Ronie et Çonstantinople, l'Église et l'Etat, le Pape et l'Empereur, Léon et Attila, Grégoire Vli' et Henri IV, Pie Vil et Napoléon. D'abord ces deux volontés s'entendent comme dans l'enfance du Christ; elles n'en forment proprement qu'une seule; pendant lès premiers siècles on ne les distingue pas. Puis l'âme du genre humain se déchire comme celle du Christ dans le jardin des Oliviers; c'est une agonie qui dure des siècles. L'empire tombe à sfènoux au onzième siècle devant le pape (lu nioyen âge; il dit : Mon père ! éloignez de moi ce calice! mais ce cahce, on' né l'éloigné que pour un moment des lèvres du genre humain. Môme aujourd'hui, il reparaît; et cette division profonde instituée à l'origine, continue ; elle éclate encore au moment oii jeparle dans les affaires civiles et politiques de tous les peuples qui l'ont admise dans le principe deleur relÏGfion.
Ce peu de mots suffisent pour montrer les dogmes sous un esprit nouveau. Comment n'être pas frappé de cette logique' souveraine qui établit, k l'origine de l'histoire moderne, un certain nombre d'idées divines, lesquelles deviennent aussitôt la