‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 12 sur 70 · ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET SCRIPTUR AIRES · texte numérisé non relu

ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET SCRIPTUR AIRES

L'étude de lEcriture est toujours influencée par un allégorisme uniforme : Arnobe le Jeune et Arator, Apringius de Beja et Juste dUrgel lattestent éloquemment. Peut-être les excès de cette méthode ontils déterminé une réaction : il nest pas impossible que l'évèquede Capoue, Victor, ait compris quel intérèt s'attachait à la comparaison des diverses versions de la Bible : et l'on peut affirmer que Cassiodore et Junilius s'en rendaient très nettement compte : ils ont écrit tous deux une sorte d'introduction méthodique à l'étude de l'Ecriture Sainte '.

Analytiques, des Topiques, des Catégories ; plusieurs traités sur l'î syllogisme ; enfin la Consolation de la phitosophie, composée en prison ; — un de musica, de institutione arifhmetica. des traductions de Ptolémée et d'Archimède. Ln sincérité du Chrislianisme de Boècc ne fait plus doute, non plus que l'influence du Néo-Platonisme sur son esprit. — Lire le texte PL. 63-64, ou éd. Brandt et Schepps. Voir Mtzsch : Las System des B... 1860. Berlin ; Bourquard : De J. M. S. Bcefhio... 1887. Paris ; trad. fr. de la Consolation... par Cottreau, 1889, Paris.

Claudien Mamert, prêtre de Vienne, écrit vers 460 un de statu animx sur la spiritualité de l'âme, PL. 53, ou éd Engelbrecht, 1885. Voir de la Broise : Cl. M. rita ejusque doctrina... 1890. Paris.

1 Victor de Capone a fait copier, et corrigé lui-même, un texte du Nouveau Testament, 546. Voir E. Ranke : Codex Fuldensis... 1S68. Lipsifo et infra.

Cassiodore 477-570, ami de Boèce et ministre de Théodoric, n'a jamais perdu sa faveur : il abandonne la vie publique au moment de la cbute des Goths. et fonde, vers 540, sur ses domaines, le monastère de Vivarium Calabre . Outre un recueil de lettres iVariae), une Chronique, une Histoire des Goths Cdont subsiste seul labrégé, fait par Jordanes,551 . unei/Z-s/oria Ecclesiastica d'après Socrate, Sozomène, Theodoret, des Cornplexiones in Psabnos. il a écrit un de anima et surtout les Institutiones divinarum el sœculariurn litterorum.

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Mais, comme il est naturel, c'est l'influence de saint Aug'ustin qui s'exerce sur les esprits avec le plus de puissance. Son ami Orose s'inspire de ses idées dans Thistoire générale qu'il écrit. C'est à son exemjîle que Paulin de Pella etEnnodius de Pavie bénissent Dieu dans le récit qu'ils font de leur existence. L'al)bé Kugippius réunit en un volume les pai;'es les plus remar([uables de son œuvre ^ Ses doctrines départagent les théologiens. Deux amis de saint Léon, Cassien de Marseille et Prosper d'Aquitaine, n'entendent pas de la même manière

Il a fait faire beaucoup de traductions latines par Epiphane et d'autres. Lire PL. 69-70, ou éd. Mommsen (Chronique, Variîp). Voir Olleris ; Cassiodorc... 1841, Paris; Franz : Cassidorius Senato7\ 1872, llreslau ; Minasi : Cassiodoro Senatore, 1895, Naples.

Junilius a étudié à Constantinople sous la direction de Paul le Perse : il a résumé l'enseignement de celui-ci, vers 551, dans ses Instituta rc(/ularia dii-inx legis, PL. 68.

' Orose de Braga, prêtre, s'est retiré à Ilippone vers 413 ; aprt's un voyage en Palesline, il y est revenu vers 418. Il a combattu les Pélagiens, et surtout composé les Historiarum adversum Paganns libri septem : il y montre les malheurs qui ont accablé Rome avant le Christianisme. Lire PL. 31, ou éd. Zangemêister, 1882. Voir Méjean : Paid Orose... 1862. Strasbourg ; Boissier : La fin dti ^lag. II, 398 ; Sauvage : de Orosio,

Paulin de Pella, le petit-fils d'Ausone, a vécu en Gaule dès l'âge de trois ans, en 379 ; et c'est en 459 qu'il écrit VpAicharisticon Deo sub cphemeridis tnex textu. Ed. Brandès 1888 ; voir Rocafort : de Paulini P. vita et carminé, 1890, Bordeaux. Sur Ennodius, dont je vise ici VEucharisticurn de vita sua, voir p. 20. n.

Eugippius est un africain qui s'est attaché à saint Séverin l'apùtre du Norlque : réfugié à Naples vers 492, il y écrit ses Excerpta ex operibus sancti Auguslini^ PL. 62. et C. V.

l'influence augustimenne o7

le concours du libre arbitre et de la grâce. Aux veux de Cassien, Dieu donne sa «rràce à l'homme en prévision de l'usage qu'il fera de sa liberté : car celle-ci est une force automone que le péché originel a ailaiblie, sans la tuer, et qui. aidée de la grâce, suffit à l'homme. Ace système semi-pélar/icn, Prosper oppose qu'on ne peut attribuer au libre arbitre l'initiative du salut, et qu'il est manifestement absurde de reconnaitre à Ihomme le pouvoir de se donner la vie divine. Un moment suspendue par le pape Célestin, la querelle se ranime tout dun coup de o23 à 529 : les moines scythes accusent depélagianisme Fauste de Riez et lancent contre lui le plus fort théologien de l'Afrique. Fulgence de Ruspe. Fauste reconnaît pourtant que l'a-uvre du salut est commencée en chacun par la grâce, mais c'est au libre arbitre qu'il attribue ensuite la responsabilité du succès final. 11 fallait en finir. Le concile d'Orange proclame la nécessité de la grâce prévenante et concomitante pour chaque acte de la vie surnaturelle y compris la foi . et pour la persévérance finale: il condamne ceux qui enseigneraient la prédestination au mal : il déclare que le péché originel atïaiblit et infirme notre nature, sans pourtant la frapper de mort : il n'enseigne rien touchant les rapports de la liberté et de la grâce, rien touchant les enfants morts sans baptême *. Une seule chose

1 Les chefs de l'anti-auguslinisme sont Cassien, sur lequel voir p.40n.,et Fauste, né en Bretagne, attiré comme Patrice par

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importail aux chrétiens qu'on ne peut pas dire vrai-

l'attrait de Lérins où il se fait moine en 430, où il devient abbé en 433 : en 452, il est élu évêque de Riez : exilé par l'arien Euric, en 47'?, il meurt très âgé, après 486. Il a combattu les Ariens dans le de Spiriw Sancto (longtemps attribué à Paschasius), dans Vadversus Arianos et Macedonianos ; il a voulu prouver, à la suite de ïertuUien et de saint Irénée, la yi-atérialitè de Vàme ; il a écrit des Sermons qvChfXxi utiliser Gésaire ; surtout il a écrit le de gratia Dei. Lire PL. 58 ; se méfier de l'édition d'Engelbrecht, 1891 [qui rattache à tort à Fauste les sermons du faux Eusèbe d'Emèse et ceux du Codex Durlacensis, en blocj. Voir Bergmann : Der handschrifilich hezcxigle Nachlass des Faustus... 1898, Leipzig. — Dans ses III, V et XIII Conférences, Gassien enseigne, à la suite de saint Jean Chrysostome [PG. 60, 476-478], que le péché originel est une simple peine, que Dieu A'eut réellement sauver Vuniversalité des hommes ; qui périt, périt par sa faute ; la volonté de Dieu et le secours de sa grâce se modèlent et se mesurent selon les appels que lui adresse l'Ame libre de chacun ; la grâce ne fait que féconder jxo?, pieux désirs, qui sont exclusivement le fait de notre volonté autonome. — Un disciple de Cassien, Vincent de Lérins, appuie son attaque : en un libelle très A-iolent, il ramène à IG propositions l'augustinisme strict ; puis, en 434, sous prétexte « de donner aux Catholiques un moyen de s'orienter sûrement vers le vrai quand une controverse s'élève », il montre, contre le prédestinatianisme do saint Augustin, que la théorie exacte doit se retrouver à toutes les époques, chez tous les fidèles, dans toutes les églises \Commonilorium , trad, Brunelière et de Labriolle, 1906, Blond. La valeur de ce texte a été grandement exagérée]. — Fauste ne nomme pas Augustin : ce sont les Prédestinatiens qu'il attaque, tantôt pour admettre la grâce prévenante, tantôt même pour la repousser.

Dès 43l, la papauté est intervenue {décrétale apostolici verba, PL. 50. 528), poussée par Prosper. Originaire d'Aquitaine, il se fixe à Rome en 440, quand son ami saint Léon devient pape ; peut-être lui a-t-il servi de secrétaire. Il meurt A^ers 460. Il a combattu les Lériniens avec beaucoup de pénétration, dans VEpistola ad liufinum, les Epigrammata^ les pro Augustino responsiones, le de gratia et libero arbilrio, PL. 51. — L'Augustinisme est défendu à Constantinople par Marins Mercator, Plus tard, il fait en Gaule, à Lérins même, une recrue fort active,

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ment qu'ait élucidée saint Augustin : chacun a-t-il pratiquement le pouvoir de faire son salut ? A cette

et influente, en la personne de Césaire. Pour C, le péché originel a condamné à la mort l'universalité des hommes : les enfants morts sans baptême sont damnés comme les infidèles ; Dieu àonuQ parfois la grâce qui sauve efflcacement. Ses idées, combattues au concile de Valence réuni et dominé par son rival levêque de Vienne, triomphent, avec l'appui de Rome, au concile d'Orange, 3 juillet 529. Toujours, du reste, il insiste avec le plus grand soin sur la nécessité de l'effort moral. — Le rôle ecclésiastique de Fulgence, 468-533, fut moins considérable ; mais il semble avoir été à ce moment le plus distingué théoricien de l'augustinisme. Moine, abbé, évêque de Ruspe, il a visité Rome, puis a été exilé en Sardaigne. Il a écrit un Contra Fanstum, le de retnissione peccatorurn. le de verif.ate 2)râsdestlnationis : il damne aussi les enfants morts sans baptême.

Voir, outre les histoires des dogmes et les encyclopédies, Jacquin : La qxestion de la prédestination aiix\^ et w^ siècles. Revue d'histoire ecclésiastique, 1904, 1906, 1907 ; Iloch : Lehre des J. Cassianus von Natur und Gnade. 1895. Fribourg ; Worter : Beitrilge zu^^ Borjm. Gesch. des Semi-pelacj, 1898-1900, 2 vol. Paderborn ; Koch : Faustus von B., 1895, Stuttgard ; Valentin ; Saint Prosper d'Aquitaine, 1900, Toulouse; Lejay : le rôle thcologique de Césaire d'Arles, Revue d'hist. et litt. rel. 1905-1906 ; Morin, dans la Revue Rénédictine, depuis 1894 ; résumé dans Malnory, p. 143. — (Sur le mystérieux Pr<3?fZg5a"na«>./ ,9, A'oir von Schubert : Der sogeiiannte Prsed. Ein Beitrag sur Geschichte des Pelagianîsmus. Leipzig, 1903. Le livre a dû être écrit vers 432-440, à Rome, par un disciple de Julien d'Eclane. qui voulait tromper le pape en lui présentant comme doctrine de saint Augustin un pélagianisme déguisé, et surtout Morin, dans la Revue Bénédictine, 1909. 419 : pour celui-ci Arnobe le jeune est un moine romain qui écrivit au v^ siècle un Commentaire des Psaumes, PL. 53, 327, le Conflictus avec Sérapion, le Prsedestinatus, et le traité adressé ad Gregoriam in pâlot io constitutani).

Pour Jacquin, un l oment vint où Prosper abandonna Augustin : il expliqua la prédestination des damnés à la réprobation par la prescience qu'avait Dieu de leurs fautes futures. Xe terme de Semi Pélagien, courant à partir de 1610, est né à la fin du xvie siècle, lors du Baïanismel.

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question, le concile répondait par Taffirmative. Il s'abstenait sur le reste '.

Les révolutions des v'' et vi'" siècles avaient obligé l'Eglise à changer son point d'appui : à défaut de l'empire, elle avait choisi les cités ; elle s'était localisée sans perdre son unité. Et cette adaptation de l'organisme ecclésiastique avait ainsi permis à la vie chrétienne de continuer de fleurir dans l'élite occidentale.

Le Christianisme s'enracinait dans la conscience des foules en même temps (|ue dans la conscience de l'élite.

Malgré l'eirort de saint Martin et de ses émules, elles semblaient encore très incertaines, vers l'an 400, les conquêtes populaires de l'Evangile- ! Les cultes introduits par la conquête romaine restaient toujours vivaces ^ ; ceux que l'invasion celtique

* Ces décisions furent sanctionnées le 25 janvier 531 par réglise de Rome.

2 Voir tome IV, p. 121-127.

^ Voir lois contre le Pa.iranisme de 399, 408, 409, 435, et celle de Childebert, PL. 71. 1159; an temps de S. Grégoire missions encouFagées par Gennadius ; au temps de Gélase 496, en pleine Rome, on célèbre encore les Lupercales |Thiel : Epist. vont, posit. l. 598] .

En plein vie siècle, il y a encore des prêtres municipaux: voir l'inscription du llaraine chrétien Astius Mustelus, de 526, en Afrique, C.l.L.VIII, 10516. Salvien accuse les chrétiens d'Afri-

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